Depuis combien de temps pratiques-tu la boxe ? Ça va faire la quatrième année que j’en fais, presque même cinq pour le pied-poing (savate, kickboxing) et pour la boxe française, ça fait deux ans. Fais-tu de la compétition ? Je suis finaliste du championnat Ile-de-France de boxe française (depuis, Didier, au centre de la photo, a remporté le championnat).

Qu’est-ce ça représente, pour toi, la boxe ?

J’ai commencé le sport depuis tout petit. J’ai fait de tout de l’athlétisme, du judo, de la boxe anglaise, du sol (grapping) et ensuite je me suis mis au pied-poing, mais j’étais toujours blessé, ce qui fait que je ne boxais jamais en compétition, je boxais beaucoup à la salle. Un jour Moussa-Frank Canon, mon entraîneur, m’a proposé de boxer en boxe française. Je l’ai pris comme un défi, je me suis dit pourquoi pas, surtout que la boxe française est un sport que les gens n’aiment pas trop, pas parce que c’est un « vilain » sport, au contraire, c’est un très beau sport, mais parce que c’est assez compliqué, c’est difficile, c’est technique, et par rapport à la tenue vestimentaire…

Quoi ? C’est le collant qui ne plaît pas ?

Voilà c’est le collant qui plaît pas.

Comme dans Hancock, ça fait « pédé » ?

Pour certaine personne, c’est trop moulant, quoi, trop près du corps, trop serré.

Et toi, tu en penses quoi ?

Moi ? Je passe dessus. C’est vrai qu’au début je me disais, non, c’est pas possible, je peux pas porter cette tenue. Et ensuite je me suis dis qu’à la base c’est pas la tenue, c’est le sport que j’ai aimé. C’est vraiment difficile, la boxe française, la savate, la savate boxe, faut passer le gant jaune, il y a plusieurs épreuves avant de pouvoir boxer et c’est vraiment technique. Par exemple, si le fouetté n’est pas bien armé, on est pénalisé, c’est pas comme en kick.

Est-ce que tu gagnes de l’argent ?

Non, on gagne une médaille ou une ceinture, comme tous ceux qui font de la boxe en amateur. On gagne rien du tout, sauf s’il y a des galas.

Tu as quel âge au fait ?

Tu as essayé plein de sports différents, est-ce que tu vas t’arrêter à la boxe ou essayer d’autres choses ?

Maintenant je donne des cours et j’entraîne, ça prend du temps. Peut-être que l’année prochaine je ferai encore des combats en boxe française, pourquoi pas, mais bon, je me laisse encore deux ans pour tout arrêter et me consacrer à l’enseignement : pour les femmes, pour les compétiteurs kick et pour les jeunes.

A côté de ça, est-ce que tu travailles ?

Je suis en train de passer des diplômes pour être éducateur sportif, donc je suis en formation et à côté je suis beaucoup dans la sécurité et l’événementiel.

La boxe est complémentaire de cette activité dans la sécurité ?

Oui et non. Ça me permet de me tenir en bonne santé, en forme, mais je ne fais pas de sport de combat pour le pratiquer dans la vie de tous les jours. Je suis vraiment contre ça. Quand je le pratique, c’est sur un ring et c’est pour moi. Plus jeune, j’étais bagarreur, mais avec l’âge, lorsque tu pratiques un sport de combat, tu comprends que ça peut être dangereux aussi et qu’il faut savoir se maîtriser.

Tu es revenu à la raison ?

Oui.

Mais quand tu étais bagarreur, tu pratiquais déjà des sports, tu étais un peu une arme sur pied ?

On peut dire ça. En tout cas, j’aime pas cette période-là. Souvent c’est parce qu’on ne connaît pas de défaite, alors on pense « j’suis fort, j’fais des entrainements donc je me bats… » Mais ça, c’est vraiment quand j’étais jeune. Passé un certain âge, on devient plus sage, on se rend compte que finalement, se battre dans la rue, ça rime à rien du tout, parce que tu peux blesser quelqu’un et c’est pas le but du sport, en fait.

Est-ce que tu as pris des défaites, puisque tu dis que quand on prend des défaites et des coups, ça fait réfléchir ?

En combat, effectivement, j’ai pris des défaites. Mon premier combat en boxe française c’était un combat, un vrai défi : j’ai eu un mois pour me préparer, j’avais jamais fait de boxe française auparavant et je me suis donné à fond. Je me suis entrainé tous les jours, intensif. Comme j’étais meilleur en boxe anglaise, le jour du combat j’ai fais plus de l’anglaise, ça été plus de la rage que la boxe. J’ai perdu par rapport à ça, ça m’a donné à réfléchir. C’est bien d’avoir la volonté et l’énergie mais il faut la technique, boxer intelligemment, avec la tête.

Dans ton entourage, on sait que tu fais de la boxe, qu’est-ce qu’ils en pensent ?

Mon petit frère aussi est boxeur, il est champion de France en kick, il a fait de l’anglaise aussi. C’est vrai qu’on est une famille assez sportive. Ma mère n’était pas athlète mais elle garde la forme, mon père aime beaucoup le sport, mais avec l’âge il n’en fait plus trop. Les sports de combat, ma mère n’adhère pas vraiment, bon après, comme toutes les mères, elle a pas envie de voir son fils avec un bleu, je la comprends un petit peu. Au début elle voulait pas, et puis avec le temps elle a accepté, enfin elle a été obligée de faire avec. Un autre des mes frères fait du patchak, c’est un sport indonésien, c’est plus du self-défense. Après il y a un autre petit qui fait du football, et les autres sont encore trop petits. J’ai une petite sœur qui veut faire du basket et une autre, du football féminin.

Quand on est jeune, on pense plus au foot ou au basket, avec tous les matchs de NBA et de foot diffusés. Pourquoi d’après toi la boxe française est moins en vue ?

C’est vrai que pour certaine personne c’est un sport violent. La boxe française est restée un sport fermé et qui vient après la boxe anglaise, mais elle est représentée au JO. Je pense que c’est la France qui n’est pas ouverte. C’est vraiment les Français qui sont dans ce truc-là.

Est-ce que tu penses que c’est plus « Mamadou » ou des « Mourad » qui font de la boxe, toutes disciplines confondues, que des « Jean-Baptiste » et des « Stanislas », comme on dit ?

Au début, quand j’ai commencé les sports pied-poing et même l’anglaise, c’était plus les Noirs et les Arabes, vraiment les jeunes de cités en fait qui en faisaient, parce qu’on disait que pour ce sport-là il fallait être vaillant. Quand j’ai commencé dans les salles, c’était donc plus des Noirs et des Arabes, et les Blancs, c’était vraiment ceux qui avaient grandi avec nous, et ensuite ça s’est ouvert un peu plus. Les gens sont venus, originaires de partout : les Hindous, les Chinois, de partout en fait, de tous les milieux, des enfants du 16e, de la banlieue, c’est ouvert à tout le monde.

Est-ce que tu as une copine ?

Je suis célibataire aujourd’hui. Ma copine était fascinée parce qu’elle trouvait ça très masculin et pour elle il fallait être courageux pour faire de la boxe. D’autres me le disent : « Didier, t’es assez calme, et quand on te voit dans la salle, sur un sac ou sur le ring, c’est totalement différent. » Je me transforme, les gens me disent que c’est impressionnant.

Où es-tu né ?

En Côté d’Ivoire.

Et comment tu as atterri dans ce club de Romainville ?

J’ai fait toute ma scolarité en France. Je suis plus qu’un Gitan, j’ai tourné un peu partout : Sarcelles, Ternes à Paris dans le 17e, Boulogne-Billancourt, Bobigny, Romainville, mais le plus de temps que j’ai passé, c’est à Romainville. J’ai rencontré Frank à Romainville. J’avais été dans d’autres clubs avant. Ici, c’était vraiment différent, parce que dans certains clubs, quand on commence à avoir de vrais champions, qui sont vraiment connus je veux dire, c’est plus la même ambiance, les entraîneurs vont vraiment faire attention à ceu- là et les autres se sentent délaissés. Donc on essaie de trouver un club où on sera bien accueilli. Et quand je suis arrivé chez Moussa, le premier contact s’est super bien passé. Il m’a encouragé, il m’a dit : « Vas-y, lance toi. » C’est quelqu’un à qui je fais vraiment confiance. Il m’a dit : « Voilà, essaie la boxe française, tu verras c’est super bien. » Eh ben j’y suis. L’avantage que j’ai aujourd’hui en faisant de la boxe française c’est que quand je me trouve dans un autre sport, par exemple la kickboxing, je suis super à l’aise, parce que la technique je peux la transposer en kick, pour les déplacements, les débordements.

Est-ce que tu as un message à transmettre par rapport à la boxe ?

Toutes les boxes aident à beaucoup de choses dans la vie, pas forcément à se battre dans la rue. Ça aide à avoir confiance en soi, tout le monde peut pratiquer. La preuve, j’entraîne des filles qui ont commencé cette année, elles sont aussi motivées que des garçons qui en font depuis cinq ans. Elles ont vraiment aimé, elles ont vu que c’était différent de ce qu’on avait pu leur dire.

Est-ce que tu penses que des mamans peuvent venir en faire ?

Oui, pourquoi pas. Le cours sera différent, pas un cours de compétiteur, pas vraiment appuyé, mais un cours technique, on va travailler les bases, le cardio et ça va permettre de se défouler.

Propos recueillis par Juliette Joachim

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Juliette Joachim

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