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Les saisons se suivent et se ressemblent pour les arbitres de Ligue 1 comme dans le football amateur. Le coup de sifflet final du championnat est l’occasion pour les hommes en jaune et noir de recharger les batteries et de ranger une tenue régulièrement malmenée sur le terrain.

La Ligue 1 est un championnat en voie de développement. Pour en faire le point culminant du football mondial, les investisseurs venus de l’étranger, qu’ils soient qataris ou russes, n’hésitent pas à faire des folies sur le marché des transferts en proposant des ponts d’or à des joueurs et entraîneurs de renommée internationale. Un pari osé mais réussi par ces milliardaires au vu du spectacle produit ces derniers mois par le Paris-Saint-Germain en Ligue 1 et Monaco en Ligue 2. Comme attendu, les Zlatan Ibrahimovic ou Thiago Silva n’ont pas tardé à se mettre en évidence.

Mais ils ne sont pas les seuls hommes du rectangle vert à avoir fait parler d’eux. Pour la énième saison, le corps arbitral a été au cœur de plus d’un scandale. L’un des derniers en date : l’expulsion du brésilien Thiago Silva, en mai dernier, pour avoir touché Alexandre Castro lors d’un PSG -Valenciennes d’un très bon esprit, avant ce fait de jeu. Navrant, surtout qu’une semaine plus tôt, le club de la capitale, opposé à Evian-Thonon-Gaillard, était tombé sur un Olivier Thual des grands soirs, capable à lui seul de renvoyer 4 hommes aux vestiaires en l’espace de quelques minutes.

Habitués à défrayer la chronique, les arbitres français ont touché le fond en cette fin de saison. À leur décharge, ils ne sont pas épargnés par les intimidations dont joueurs et entraîneurs sont habitués. À la moindre décision litigieuse, l’arbitre est immédiatement mis sous pression par le camp « défavorisé ». Alexandre Castro, devenu ennemi public numéro 1 à Paris, en a fait les frais en recevant un coup d’épaule aussi violent que stupide de la part du directeur sportif Leonardo. Résultat des courses, la commission lui inflige 9 mois de suspension pour ce geste et M. Castro reçoit des menaces de mort…

Le genre de cercle vicieux dont on se passerait bien ! Les maux de l’arbitrage dans l’hexagone ont tout d’un feuilleton sans fin tant la réconciliation entre joueurs et hommes au sifflet semble, dans le football d’aujourd’hui chimérique. Pas la peine de traverser le pays pour se rendre compte du fléau : toutes les deux semaines, je passe mon dimanche après-midi au Stade Jean Bouin du Blanc-Mesnil pour encourager l’équipe locale de football.

Si l’un des derniers match auquel j’ai assisté s’est bien fini pour le BMSF (2-1 contre Meaux en DH), l’arbitre a vécu la situation différemment… Accusé d’avoir offert la victoire sur un plateau aux locaux, il a été pris pour cible par les perdants du jour dès le coup de sifflet final. Invectivé, insulté et presque agressé physiquement il n’a pu quitter le terrain qu’après l’intervention des dirigeants du Blanc-Mesnil. Autant dire que le football amateur n’est pas le mieux placé pour rattraper le manque de tendresse du football professionnel avec le corps arbitral.

Cette « arbitrophobie » chronique se répand même dans les cours de récréation. Je l’ai appris à mes dépens à l’occasion d’un tournoi de foot que j’organisais au sein du collège dans lequel je travaille. Soucieux de la bonne tenue des matchs je décide de me coller au sifflet… À mes risques et périls ! Toutes les parties jusqu’à la finale sont maîtrisées « fingers in the nose », mais le gros morceau arrive, le match qui va voir l’une des deux équipes triompher après un mois de compétition et l’autre échouer si près du but. Sur l’ouverture du score, l’équipe menée n’est pas satisfaite de mon arbitrage et me le fait savoir assez violemment. La suite n’est pas du tout à leur avantage et ces jeunes hauts comme trois pommes, du haut de leur 12-13 ans vont me faire porter le chapeau jusqu’au bout. L’un d’eux en oublie même que je ne suis pas que l’arbitre de ce tournoi, mais aussi un adulte du collège susceptible de le sanctionner à tout moment :

Moi : « Le ballon sur la ligne s’il te plaît ! »

Lui : « C’est bon casse-moi pas les c… , tu leur as rien dit aux autres ! »

Moi : « Tu parles à qui comme ça ? »

Lui : « Je te parle à toi, tu vas faire oiqu ? »

Après cet enfer, je m’empresse de ranger le sifflet parmi les objets indésirables dans mes tiroirs. Pas question d’en faire de même pour Olufémi Ajayi, arbitre des catégories jeunes (-15, -17, -19) sur les compétitions du week-end. Vêtu de jaune et noir depuis deux ans, il a appris progressivement à se débarrasser des contraintes d’un métier « pas facile » auquel il prend goût aujourd’hui: « Un arbitre doit se dire qu’il ne se trompe jamais. Même lorsqu’il prend les mauvaises décisions, il ne doit jamais laisser transparaître le doute sous peine de perdre le contrôle du match. Les week-ends où je ne suis pas convoqué pour un match je m’ennuie un peu surtout que mon petit frère est lui aussi arbitre », explique ce virtuose du sifflet.

La ministre des Sports , Valérie Fourneyron, est quant à elle entrée en jeu le 22 juin aux côtés de Noël Le Graet, président de la Fédération française de football, pour l’adoption d’une réforme de l’arbitrage avec comme grande nouveauté la création d’une commission fédérale de l’arbitrage. Peut-être les prémices d’une saison 2013-2014 sous le signe de la sérénité retrouvée pour les uns et les autres…

Nordine Benali

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