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Le paysage montagneux du Kirghizistan a conquis les banlieusards. Ce pays, situé entre le Kazakhstan et la Chine, est un endroit de rêve pour Samir Souadji. « Le Kirghizstan, c’est juste magnifique, c’est un pays où il y a plus de 80 ethnies. On a fait de la randonnée tout en rencontrant plus d’une vingtaine de ces peuples, car on a exploré de nombreuses régions », raconte le directeur de l’association Apart.  

Son association, il l’a créée de ses propres mains il y a 20 ans avec un leitmotiv simple. « On n’a rien sans rien. Au lieu d’aller toquer à la porte de la mairie pour demander des aides, on se structure pour nos propres projets », présente Samir Souadji. L’éducateur accompagne aujourd’hui les jeunes dans leurs projets de vie ou d’insertion professionnelle, grâce à la randonnée. « On ne fait pas de montagne pour faire de la montagne, mais pour développer des compétences comme la confiance en soi. Ce sont des valeurs qui permettent d’être un bon soldat dans une entreprise, comme le montre les 100 % de réussite sur le placement de nos jeunes suite à ces programmes. »

Quand tu vas là-bas, tu vis réellement comme les Kirghizes. C’est le tourisme qui s’adapte au pays et non l’inverse

Nadir Dendoune, « notre montagnard de la banlieue » comme aime le rappeler Samir, est le parrain de l’association. « Une suite logique », décrit-il, car il veut défendre son département sur son terrain de jeu qu’est la montagne. De son côté, Zacharia s’est rapproché de l’association grâce à des randonnées organisées le dimanche à Fontainebleau. Ces sorties régulières ont permis à l’étudiant de 21 ans, originaire de Nanterre, de s’initier à ce sport avant de se lancer dans l’expédition ambitieuse du Kirghizistan. Ce pays est pour lui « authentique ». « Quand tu vas là-bas, tu vis réellement comme les Kirghizes. C’est le tourisme qui s’adapte au pays et non l’inverse. »

Leur expédition fait partie du dispositif Apart outdoor lancé en 2015 pour tous les jeunes d’Île-de-France. « On est parti avec six garçons, explique Nadir. Malheureusement, aucune fille n’a candidaté pour ce projet-là, mais ne croyez pas qu’on parte qu’avec des gars, on accueille tout le monde, nous ! », lance-t-il, tout en mentionnant l’expédition 100 % féminine organisée au Kilimandjaro.

Un voyage à la fois sportif et culturel

L’objectif a été d’offrir la possibilité à ces jeunes de complètement décrocher avec le monde qu’ils connaissent. Au-delà de l’expédition, l’expérience a été culturelle. « On a eu un bon équilibre entre la marche et la découverte du pays, car on s’acclimatait en haute altitude tout en passant du temps avec les populations locales », explique Nadir.

Les jeunes ont réussi à complètement se dépasser, ils ont des capacités surprenantes

Le groupe a parcouru le pays en atteignant des altitudes de plus en plus importantes. Pour réussir un sommet comme le mont Uchitel (4.540 m), qui nécessite de grimper 5 000 mètres de dénivelé pour 20 heures de marche, l’acclimatation est centrale. Ils dormaient donc dans des refuges ou chez l’habitant en haute montagne tout en multipliant les rencontres avec les différents Kirghizes. L’ascension finale a ensuite éprouvé leurs limites physiques, explique Samir. « On n’était plus sur un chemin de sentier, mais directement sur les cailloux, les rochers. Les jeunes ont réussi à complètement se dépasser, ils ont des capacités surprenantes. » Finalement, 4 jeunes sur 6 sont arrivés en haut, deux n’étaient pas totalement prêts pour gravir le sommet en toute sécurité.

Malgré sa préparation, la dernière partie de l’ascension du Mont Uchitel a été compliquée pour Zacharia. « On est parti à quatre heures du matin, on avait de la neige jusqu’aux genoux. On commence l’ascension avec les lampes torches, on ne voyait pas grand-chose et les températures oscillaient entre -10 et -20 degrés », relate le jeune. À cet instant précis, il doute de lui-même, il n’est pas sûr d’arriver là-haut. « J’ai regardé le dernier message que ma mère m’a envoyé, elle me disait : “Tu vas le faire mon fils”. Ça m’a donné du courage. À ce moment-là, c’est le mental qui joue. J’ai pu arriver jusqu’au sommet en explosant de joie. C’était une communion tous ensemble qui restera gravé à vie dans ma mémoire. »

« Les gens de banlieues ne sont absolument pas représentés en montagne »

Samir Souadji a commencé à s’intéresser à la randonnée avec son job d’éducateur. « En emmenant des jeunes en séjours de montagne, j’ai compris que quand tu vis dans un quartier et que tu vois que du béton, ça t’ouvre l’esprit de te confronter à la nature. Ça te permet de décrocher de ton écosystème pour en pénétrer un autre. J’ai donc décidé que ça allait être un outil de travail. »

Aller dans un pays comme le Kirghizistan, ça ouvre le regard des jeunes, ça les décloisonne

Il a retrouvé cet intérêt au Kirghizistan, où il a été marqué par l’ouverture d’esprit des habitants. « C’est complètement différent de la France sur la question de la religion. On subit ici des discriminations alors que ce n’est même pas un sujet là-bas. Ils arrivent à tous vivre ensemble sans s’imposer de cadre. Le vivre-ensemble, la cohabitation, ce sont des valeurs de la montagne. Au sein des quartiers, les discriminations existent aussi entre nous. Les rebeus, les renois trainent souvent ensemble et aller dans un pays comme le Kirghizistan, où le vivre-ensemble est parfaitement positif, ça ouvre le regard des jeunes, ça les décloisonne. »

Il est vrai que la pratique du sport de montagne n’est pas du tout répandue dans les quartiers populaires. « Cet été, à Chamonix-Mont-Blanc, on était les seuls rebeus, les seuls renois. Les gens de banlieues ne sont absolument pas représentés en montagne », raconte Samir. Une expérience qui fait penser à la vidéo postée sur X, d’un homme d’origine magrébine, qui avait provoqué une vague d’insultes racistes.

Pour finir, Zacharia résume cette expérience en trois mots : « solidarité, authenticité et transmission de valeurs » tout en remerciant du fond du cœur Nadir et Samir pour ce voyage.

Lilian Nowak

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