Aujourd’hui je me lève à 9h30. C’est le dernier jour des vacances, j’ai décidé de ne pas trop faire la grasse matinée pour en profiter au maximum. Une heure plus tard je suis prête pour aller retrouver des copains au parc de  la Villette. On organise un pique-nique, voyez-vous, pour enterrer les vacances comme il se doit, histoire de nous revoir en petit comité avant la rentrée de demain. Il fait beau. Rarement le ciel n’a été aussi bleu en juillet ou encore en août. Une belle mort pour  mes vacances, elles agonisent en pleine splendeur, dans la lumière d’un matin calme. Les copains jouent au foot, nous les filles on refait le monde en papotant. Rire c’est bon.

Nous sommes assis sur l’herbe,  un coca light à la main. Le soleil sur les épaules, on se sent comme libre. Nous ne payons pas d’impôt et aucun devoir de math ne nous vole encore notre jeunesse en cette veille de rentrée : nous sommes les seigneurs de la création ! Toute l’après-midi, un étrange petit sourire à la bouche je regarde mes amis jouer au ballon ou siffler leur boisson gazeuse, 17h00 est arrivé si vite…

Déjà les premières contraintes, on ne doit pas rentrer trop tard, demain on commence tôt. Tout est prêt à la maison: le sac, la trousse et la tenue vestimentaire dans les moindres détails. Il est 21h30, mes yeux se ferment, c’est parti pour un voyage au pays des rêves, en pensant à la journée qui m’attend demain, j’ai déjà fait le deuil des mes vacances, ma journée a été si douce, ma vie est parfaite,  j’attends la rentrée le sourire aux lèvres.

Driiiiiiiinnnng !!!! Mon réveil sonne pour la 4ème fois, je ne fais que le repousser depuis tout à l’heure mais stop, il est temps de se lever et d’abandonner cette couette si confortable. J’ai fait un rêve spécial cette nuit, il était étrange et parfait à la fois. C’était le dernier jour des vacances et tout était cool. J’étais au parc avec plein d’amis, je n’étais pas du tout stressée et je m’étais couchée à 21h30. Bizarre… Enfin bon, revenons à la réalité, il est déjà 10h45 et j’ai un tas de choses qui m’attendent aujourd’hui: debout!

En me lavant les dents je réalise que j’avais bien rêvé mon dernier jour de vacances au parc.  Ma dernière grasse matinée enterrée, 24 heures avant mon retour au lycée, je vais passer , en fait, la journée à moisir comme un gros rat chez moi entre quatre murs et non entourée d’amis de l’amitié vraie, ma vie c’est pas l’Amérique. Pas le temps pour se miner le moral, je me prépare, déjà une bonne chose de faite. 12 millions d’autres écoliers font les mêmes gestes que moi, sauf que je rentre mardi, le lendemain, j’ai 24 heures de plus qu’eux pour préparer ma rentrée comme il se doit.

Mon sac ouvre la bouche comme un petit oisillon affamé, il réclame sa pitance pour demain : des livres qui pèsent 256 kilos, un cahier de brouillon pour prendre des notes et ma trousse complète. Ah ma carte de lycée !! Mais ou est-ce que je l’ai cachée déjà !?!!! Je retourne ma chambre, puis celle de mes parents, pour la trouver au bout d’une demi-heure, elle était bien dans ma chambre, je l’avais glissée dans un dossier. Sans elle impossible de rentrer dans mon lycée bunker.

Mon sac enfin bouclé, je descends au salon, il est déjà 12h15. Je me cale sur mon canapé, télécommande en main, avec ma meilleure amie: ma couette bien sûr. Et dire que c’est la dernière fois que je regarde la télé à cette heure-ci, un lundi. La semaine prochaine, je serais sûrement en plein cours de physique-chimie, à des années-lumière de mes chaussons et de mon canapé. Oui, chaque instant est précieux aujourd’hui, il se savoure autant qu’une bonne glace Häagen Dazs vanille noix de pecan  par 35 degrés à l’ombre.

J’abandonne bientôt la télévision pour aller préparer mes fringues de demain. J’ai plusieurs idées en tête. Au bout d’un quart d’heure toute l’armoire est à terre. Je finis par opter pour une tunique blanche. Il faut maintenant ranger tout ce chantier, ça me prend trois quart d’heure. Il est 14h00.

L’après-midi commence seulement. Tout est enfin prêt malgré ces quelques petits contretemps. Que faire, que faire. Je décide de me lancer dans un moelleux au chocolat, c’est le dernier jour faisons nous plaisir, et puis toute la maison est partie au charbon, un moelleux au choco ça ne se refuse jamais. Tout commence bien puis j’oublie qu’il manque plein de choses dans les placards. Ma mère était censée faire les courses cet après-midi. Je me rends compte qu’il n’y a plus de farine, au secours ! Un gâteau sans farine n’est pas un gâteau ! Trop tard j’ai déjà cassé mes œufs et mon chocolat est déjà fondu. Ne me voyant pas faire une omelette au chocolat, j’abandonne ma cuisine, je mets mes chaussures et me voilà partie pour le Franprix qui est au bout de la rue. Ça m’apprendra, ma mère me le dit toujours «avant de te lancer dans un plat, vérifie d’abord que tu as tous les ingrédients». Règle qui s’applique aussi pour une rentrée scolaire.

Enfin bon, mon paquet de farine en main, je suis à la caisse. Encore une demie heure de perdue, j’ai l’impression de perdre constamment mon temps aujourd’hui, un précieux temps de liberté. Mon gâteau est enfourné. Il est 15h40.

Pendant la cuisson j’appelle une copine. Elle est en stress total pour demain. Je découvre alors que le stress c’est encore plus communicatif que le rire. Il est 16h15 et mon ventre commence à faire des loopings. Mon gâteau !!!!! Je raccroche en speed en espérant qu’il n’ait pas cramé, après toutes ces péripéties il ne manquerait plus que ça. Ouf, c’était juste ! Encore 1 minute de plus et c’était cuit, c’est le cas de le dire.

Maintenant que tout est prêt, que je commence à m’ennuyer, le stress s’installe. Il fallait bien que ça arrive au bout d’un moment.  A 19h00, ma copine me rappelle en pleurs, elle a dépassé le stade du stress. Elle a peur de tomber dans une classe pourrie, avec des profs qu’elle n’apprécie pas vraiment. Ce n’est pas très réconfortant, j’essaie de la rassurer comme je peux mais étant donné que je suis moi-même assez anxieuse ce n’est pas si évident que ça.

Après avoir mangé, seule dans ma chambre j’imagine plein de catastrophes : et si je ratais mon bus, et si une tornade s’abattait sur ma maison, et si et si. En fait j’ai surtout peur de ne pas me réveiller. J’ai le rythme des vacances et demain c’est à 6h40 que je me lève, et non à 10h45 comme ce matin. Si je n’entends pas mon réveil, je rate ma rentrée. Il faut que j’arrête de m’inventer autant de soucis, je vais finir par me porter la poisse toute seule. A 23h00, mes yeux restent désespérément ouverts. Je recommence avec ma hantise de ne pas me réveiller, ça n’arrange rien à la situation. J’avais fait un beau rêve la veille, si seulement il avait pu s’exaucer, pour une fois…

SARAH ICHOU

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