La municipalité de Romainville a décidé d’appliquer la réforme des rythmes scolaires dès la rentrée scolaire 2013. Un décret national qui peine à être mis en place de manière cohérente dans cette commune de Seine-Saint-Denis.

La réforme des rythmes scolaires à Romainville ne fait pas que des heureux. Instaurée dès septembre 2013 dans cette commune – comme dans 6 000 autres en France, l’application de la réforme semble plus compliquée que prévue. De nombreux parents sont mécontents de la mise en pratique. « Les enfants sont perdus, ils ne savent jamais ce qu’ils vont faire, ils se sentent trimballés », se plaint cette mère d’un petit garçon en école primaire qui préfère rester anonyme, « vous comprenez, le sujet est sensible ». « Je ressens une réelle inquiétude chez mon fils, explique cette maman. Avant jamais mon fils ne m’avait dit qu’il ne voulait plus aller à l’école… » Toujours selon cette mère, « il y a de nombreuses aberrations. Les animateurs rentrent dans l’école sans être contrôlés, les enfants vont faire des activités à l’extérieur sans que les parents en soient avertis… », se plaint-elle.

La liste des dysfonctionnements semble en effet plutôt longue, ce que confirme Stéphane Dupré, président du conseil local de la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (FCPE) centre de Romainville. « La FCPE n’est pas contre la réforme mais on s’était positionné pour le report à la rentrée 2014, le temps de mieux s’organiser », explique-t-il. « Nous reprochons notamment les rythmes eux-mêmes qui sont très critiqués, même par les spécialistes. Les enfants n’ont jamais les mêmes horaires dans la semaine, le rythme de l’enfant n’est pas pris en compte. Aucune différence n’est faite par exemple entre les enfants de maternelle et de l’élémentaire. »

« Des moments chaotiques, d’excitation et de désorganisation »

En ce qui concerne proprement Romainville, la FCPE dénonce un manque de locaux, de sécurité et de cohérence globale de l’organisation. « Certains élèves font leurs activités dans les couloirs de leur école ou dans les escaliers. Les créneaux-horaires ne sont pas toujours adaptés aux activités car ne prennent pas en compte le temps de déplacement dans les salles de sport par exemple. Au final, les enfants passent leur temps à courir », regrette Stéphane Dupré.

Ce que l’organisation de parents d’élèves déplore surtout, c’est le manque de concertation dans la mise en place des mesures dans les écoles de Romainville. « Je pense que certaines propositions auraient mérité débat », assure la FCPE, soulignant les difficultés de dialogue avec la mairie qui est en charge de la mise en place de ces temps d’activités hors temps scolaires.

Même son de cloche au sein du Syndicat National unitaire des Instituteurs et Professeurs des écoles (SNUipp), « du côté des enseignants, on a eu le sentiment que tout était imposé sans concertation », observe Charlotte Pavez, secrétaire de la section de Romainville. « Nous n’avons pas eu de préparation pour la passation entre les temps scolaires et les activités, pas de présentation des animateurs », regrette l’enseignante. Un flou qui contribue à la désorientation des élèves, « ce sont des moments chaotiques, d’excitation et de désorganisation », décrit-elle.

La modification des horaires et leur irrégularité est aussi critiquée par les professeurs, « tout le monde se trompe. C’est compliqué pour mettre en place des rituels, des rythmes ». Les enfants sont un peu perdus, parfois stressés. Les conséquences se font aussi sentir sur l’attention et le travail : « on remarque qu’on avance beaucoup moins vite, les enfants manquent de concentration et sont plus fatigués », regrette Charlotte Pavez qui évalue le retard sur les programmes à trois semaines environ. « Peut-être qu’une activité au lieu de deux mais plus réfléchie et choisie par les enfants serait plus profitable », soulève l’enseignante. Actuellement, les enfants de Romainville ont trois heures d’activités par semaine organisées en deux séances d’une heure trente. Les élèves sont inscrits de manière aléatoire aux ateliers (sport, théâtre, origami, anglais, initiation à la musique…) sur des cycles de 6-7 semaines.

Une réforme critiquée à l’échelle nationale

Plus largement, FCPE et SNUipp s’accordent pour dire que certains aspects nationaux de la réforme méritent d’être questionnés. La possibilité de choisir, d’assister ou non aux ateliers pour les élèves a parfois pour conséquence d’en pousser certains dans la rue. L’école n’étant plus responsable des enfants après 15 heures. D’autres n’ont pas le choix que de participer aux temps extrascolaires, les parents ne pouvant récupérer leurs enfants aussi tôt dans l’après-midi. Surtout, les syndicats dénoncent une loi creusant les inégalités sur le territoire. Les mairies ayant des budgets et des moyens inégaux, les ateliers proposés sont inévitablement à échelle d’intérêt et de qualité variables.

A Romainville, si les débuts ont été laborieux et les échanges entre enseignants, parents et municipalité compliqués, la situation semble peu à peu se dénouer et montrer des signes positifs. Plusieurs réunions ont récemment eu lieu, permettant à chacune des parties d’expliquer ses questionnements et ses difficultés face à cette réforme. L’ouverture d’un dialogue devrait permettre une nette amélioration en cette rentrée de janvier. Plusieurs mesures concrètes sont prévues : le port de badges pour les animateurs pour être mieux identifiés, la transmission aux enseignants des listes d’élèves participant aux ateliers, l’organisation de rencontres entre animateurs et enseignants.  « Nous souhaitons une mise à plat totale pour la rentrée de septembre, rappelle Stéphane Dupré. Mais d’ici là, il y a les élections municipales et nous restons vigilants. »

Charlotte Cosset

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