Un jeune homme s’arrête devant le rassemblement de parents d’élèves et d’enseignants, lit les revendications sur les pancartes et lâche : « Ah ouais c’est pas normal, ils ne nous respectent pas ». Depuis la rentrée, le collège Michelet à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) attend toujours un·e professeur·e d’Allemand pour la section bilingue, un·e assistant·e social·e et un·e infirmier·e scolaire.

Comment mettre en place un protocole sanitaire sans pôle médico-social ?

A grand renfort de pancartes et banderoles, enseignants et parents d’élèves se sont réunis ce jeudi matin devant le collège. « Le département a été particulièrement frappé par la crise sanitaire », rappelle Mélanie Mermoz de la ​​Fédération des parents d’élèves (FCPE). L’absence d’un pôle médico-social au collège pose donc un certain nombre de problématiques. Comment mettre en place la politique de vaccination ? Comment instaurer les protocoles d’accueil individualisé ? La crise a également fragilisé nombre de familles économiquement, sans assistant·e social·e, comment repérer et accompagner les familles en difficulté ?

Nos élèves n’ont pas eu accès aux cours d’éducation à la sexualité, là aussi il y a une rupture d’égalité.

L’infirmière scolaire en place jusqu’à présent au collège Michelet avait environ 1 500 élèves à sa charge, son emploi du temps se divisant entre l’école primaire et la maternelle voisine. Dans ce contexte, comment imaginer la mise en œuvre de politique de prévention, avec ou sans le Covid. « On parle beaucoup de violences sexuelles mais ici nos élèves n’ont pas eu accès aux cours d’éducation à la sexualité, là aussi il y a une rupture d’égalité », déplore Lucas, professeur de mathématiques dans l’établissement. Trois séances annuelles sont pourtant prévues au collège et au lycée.

Les professeurs ne sont jamais remplacés, il y a des absences et j’ai peur que ça influe sur les résultats de mon fils.

Malgré le Covid, une médecine scolaire à la peine en Seine-Saint-Denis, particulièrement touchée

Cette situation n’est pas propre au collège Michelet. Sur le département de la Seine-Saint-Denis, des dizaines d’établissements se retrouvent sans infirmier·e·s scolaires. L’épidémie connaît certes une décrue mais le taux d’incidence reste plus élevé dans le département (92 pour 100 000 habitants) qu’ailleurs (57 pour 100 000 habitants au niveau national).

Tous ici en ont conscience, le problème vient aussi de la difficulté à recruter. La profession d’infirmier·e scolaire connaît un désamour certain du fait de sa précarité et de conditions de travail dégradées. D’après un sondage réalisé par le syndicat majoritaire des des infirmier·e·s de l’Éducation nationale, 2 infirmier·e sur 3 se déclarent en souffrance au travail et 66 % pensent à quitter la profession. D’autres postes sont aussi en souffrance comme ceux des accompagnant·e·s des élèves en situation de handicap (AESH) dont le salaire en toute fin de carrière plafonne à… 1 700 € brut par mois.

Une vingtaine de professeurs et parents d’élèves, accompagnés du député Eric Coquerel, étaient réunis devant le collège Michelet ce matin pour réclamer un·e professeur·e d’Allemand, un·e assistant·e social·e et un·e infirmier·e scolaire. 

Des parents inquiets pour la réussite de leur enfant

Chez les parents d’élèves, la colère liée à l’absence ou le non-remplacement de professeur·e·s domine largement. Nadia, mère d’un élève de 5e, exprime ses craintes : « Les professeurs ne sont jamais remplacés, il y a des absences et j’ai peur que ça influe sur les résultats de mon fils ». Khadija vient d’inscrire son fils dans l’établissement, elle découvre la situation désabusée, « il y a plein de problèmes dans tous les collèges de Saint-Ouen ».

Las de paroles et de promesses, les parents d’élèves comptent désormais faire le décompte de tous les cours qui n’ont pas lieu et ne sont pas remplacés dans tous les collèges de la ville. Les parents d’élèves et les enseignants envisagent de déposer un recours en indemnisation devant le tribunal administratif pour rupture d’égalité.

On a des profs absents dans tous les collèges, on ressent une certaine injustice.

« En tant que parent nous ne voulons plus être baladés avec des promesses ou des explications sur la complexité de la gestion. Nous demandons au rectorat et à l’éducation nationale, de faire leur travail », explicite Lidwine, parent d’élève.

Là encore, la situation n’est pas anecdotique. En 2019, la FCPE estimait que les collégiens de Seine-Saint-Denis perdaient chaque année 100 à 150 heures de cours, soit 20% du volume d’heures prévues. L’incompréhension est redoublée par le fait que certaines de ces absences auraient pu être anticipées. « La professeure d’Allemand est en congé martenité, on savait depuis mai dernier qu’elle ne serait pas là à la rentrée », précise le professeur de mathématiques.

« On a des profs absents dans tous les collèges, on ressent une certaine injustice. A côté, on agit sur tous les leviers qu’on peut actionner maintenant ce serait bien que l’Etat agisse un peu », tance l’adjointe à l’éducation de la mairie de Saint-Ouen, Héloïse Claudé. A l’instar du député de Seine-Saint-Denis aussi présent, Eric Coquerel, elle a interpellé le rectorat sur le sujet, « on le fait systématiquement ».

Si la priorité de M. Blanquer c’est l’éducation, qu’il mette l’argent sur la table.

Si les effets d’annonces de se multiplient, l’adjointe à l’Éducation fait part d’une « sensation de saupoudrage » avec des dispositifs qui souvent « restent au stade embryonnaire » . Exemple : un plan de soutien scolaire aux élèves dont les études auraient été affectées par la crise sanitaire. « On nous a annoncé ce dispositif et l’arrivée 138 personnes, mais même si ça va au bout ça reviendra à une demi journée par semaine et par lycée ! ». Et de rappeler une revendication préalable : « Des enseignants formés devant chaque élèves, toute l’année et des postes pourvus ».  Pour Héloïse Claudé, la situation est claire : « C’est simple, si la priorité de M. Blanquer c’est l’éducation, qu’il mette l’argent sur la table ».

Héléna Berkaoui

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