Quand j’étudiais l’Histoire à la Fac je me disais naïvement « ça serait vraiment chouette si j’enseignais un jour à Jean Renoir, mon ancien lycée ». Cette savoureuse pensée est une réalité quotidienne pour Akim, un jeune Bondynois de 25 ans officiant actuellement comme professeur d’Histoire-géographie dans le lycée de notre ville.

« J’avais pas demandé Bondy, quand mon affectation est tombée j’ai été étonné, puis je me suis dis : tiens je vais revoir mes anciens profs ». Voila deux ans qu’Akim a brillamment obtenu son Capes, pensez donc : 16/20 à la dissertation d’Histoire alors que l’admissibilité était à 6,5. Sa première année en tant que professeur stagiaire s’est déroulée au collège Victor Hugo d’Aulnay-sous-Bois, une ZEP avec un grand Z. Les débuts de prof sont généralement marqués par la déception, un trop grand décalage existant entre l’idée qu’on se faisait du métier et sa réalité, pas pour Akim : « La première année ? Géniale j’ai adoré, on me disait que ça serait dur mais j’étais bien entouré. J’appréciais les élèves, il m’appréciaient, tout s’est vraiment bien déroulé ». Du coup notre jeune enseignant a demandé une affectation dans l’établissement où il a fait son stage, mais le rectorat en a décidé autrement, Akim fera sa rentrée à la maison mère, Jean Renoir son vieux lycée, « La boucle est bouclée, certains professeurs m’ont reconnu, c’est l’étonnement qui a prévalu dans leur réaction, c’est pas tous les jours qu’on voit un ancien élève devenir prof, m’ont-ils avoué ».

Ce jeune Bondynois parle avec enthousiasme de son métier : « j’ai appris beaucoup de choses, comment gérer une classe difficile entre autres, chaque jour est un apprentissage du métier, c’est jamais statique, c’est ce que j’aime ».

Interrogé sur son premier jour de cours il affirma avoir été un peu stressé : « la peur de mal faire, mais les gamins aussi ont des appréhensions  le jour de la rentrée, on se teste. Au final l’année dernière s’est super bien passée, certes il y a quelques problèmes avec les plus turbulents, mais tout est question de respect. Respectez moi et je vous respecterai. je sais pas si c’est le mot magique en tout cas ça fonctionne. »

Akim a grandi à la cité des fleurs (Bondy centre) où il vit encore « des élèves croisés dans la cour me connaissent déjà, d’autant plus que j’étais animateur au centre social George Brassens durant mes quelques années d’études. Sinon le lycée n’as pas trop changé je retrouve mes habitudes, j’ai quand même l’impression que la convention science po apporte un plus à l’ambiance générale. »

Pour finir je proposai à cet historien local (son mémoire de maîtrise porte sur Bondy) de dresser une liste succincte des joies et peines du métier. « Parmi les avantages j’ai du temps libre que je n’avais pas pendant mes études, j’aime la relation que j’ai avec les jeunes, la rémunération est correcte, je transmets des connaissances et des compétences qui me semblent utiles. Pour les désavantages, un professeur doit toujours se remettre en question, rien n’est jamais acquis d’avance et ça peut être stressant, celui qui ne fait pas ce travail sur lui-même ne peut aspirer à être un bon enseignant. Certains diront qu’ils préparent les cours une fois et puis qu’ils ne les touchent plus d’une année sur l’autre, moi je m’adapte à chaque classe, à chaque cas. Et puis dans les inconvénients, les cours qu’on fait ne sont pas toujours parfaits, parfois on a été trop exigeant d’où la remise en question nécessaire pour exercer ce métier. »

Non, Akim n’a pas été muté au village des schtroumpfs, la passion qu’il a pour son métier est allée toujours croissant même en bouffant de la ZEP.

Idir Hocini

Idir Hocini

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