Dans la série folklore au lycée d’Evry (91) : le blocus du vendredi 16 avril au petit matin. Une semaine et demie après l’annonce de la « rétention de notes », un grand nombre d’élèves ont organisé un blocus, vendredi : le dernier jour avant les vacances. L’information est arrivée via les sms et nombre de personnes ont cru que c’était une blague.

A 8h05, la grande allée du lycée était blindée, tout le monde s’entassait, se poussait. Les plus courageux ont tenté de forcer le cordon pour aller « à l’école », mais ils ont vite rebroussé chemin devant le visage en colère des résistants, des « rebelles », les organisateurs de cette protestation.

Certains, soucieux de ne pas voir une absence de plus inscrite à leur carnet, par peur des représailles (parents sévères, convocations des parents au lycée, etc.), d’autres qui souhaitaient tous simplement étudier, ou ceux venus de loin et qui ne comptaient pas rester dehors après une heure de trajet, tous ceux-là ont trouvé un moyen de contourner le cordon : en passant par le parking des professeurs, ouvert exceptionnellement.

Mais très vite cependant, ces élèves ont regretté leur choix et ont finalement préféré, comme le reste de leurs camarades, sécher les cours, à cause de la pénurie d’élèves dans les classes et dans le lycée. De plus, les professeurs se sont joués d’eux… En effet, plutôt que de donner cours aux présents, ils ont vivement rejoint la salle des professeurs, pour y boire un petit café, y discuter tranquillement. Ils revenaient de temps en temps menacer les élèves de ne pas bouger de la classe, car sinon ce serait l’absence d’office. « C’est pas un truc de ouf ! » disaient les élèves. Et ni une ni deux, ceux qui avaient pénétré dans l’établissement par le parking des professeurs ont tenté de faire le chemin inverse.

Arrivés au portail, on leur a refusé la sortie. « Vous ne sortez pas ! leur a signifié la surveillante. – Pourquoi ? ont-ils demandé – Pour votre sécurité. – Dehors c’est chez nous, pas de panique, on est très bien assurés. » Mais la vaillante surveillante ne voulait rien entendre, alors les élèves ont dû user de mille et un stratagèmes pour pouvoir sortir. La construction du lycée n’étant pas complètement finie, j’ai vu des élèves sauter par dessus les grilles du gymnase, tentant de s’échapper. On aurait dit un « Prison Break » du 9-1.

A l’extérieur, les plus costauds avaient ramené des grosses poubelles pour bloquer l’entrée de façon plus marquantes qu’avec des cris. Des rumeurs couraient comme quoi, quelqu’un aurait été agressé parce qu’il voulait entrer dans le lycée. La rumeur a été démentie après coup. Les terminales avaient des haut-parleurs dans lesquels ils criaient des slogans inaudibles. La police est venue, un peu passive devant cette foule. La police n’a rien fait. Si ce n’est sortir de leurs voitures avec des matraques. Je n’y ai pas plus prêté attention.

Lorsqu’on pose la question « pourquoi vous faites le blocus ? » à des résistants, ils répondent : « Ben ! Pour pas aller en cours. – LOL. » Dans ce cas, si tu ne veux pas aller en cours, reste chez toi coco, et comme ça on en parle plus. C’était un peu le flou au niveau des intentions des organisateurs. La plupart des élèves participant à la barricade étaient ni pour ni contre, ils ne pigeaient pas vraiment le but de ce blocus, ils voulaient juste profiter du monde, de la foule, comme dans une immense récré qui dure. Bien que la rétention de notes saoule tout le monde, je doute que nous, lycéens, puissions faire bouger les choses.

Silvia Sélima Angenor

Silvia Sélima Angenor

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