Ceux qui ne connaissent pas réellement les banlieues et qui ne se basent que sur des « ouï dire » ont tendance à penser que les élèves issus des lycées ZEP sont indisciplinés et n’ont aucun intérêt pour les études. Par conséquent, ils pensent que les professeurs eux-mêmes ne font rien pour les aider et les encourager à entreprendre des études supérieures. Pourquoi se casser la tête ? Les élèves les moins doués suivront un apprentissage et les plus méritants pourront aller en fac, faire quelques années d’études pour le prestige et en sortir sans trop savoir quoi faire de leur diplôme nouvellement acquis.

Il y a quelques semaines, la conseillère d’orientation est justement venue dans notre lycée de Fameck nous aider à nous orienter. Elle a parlé des BTS, des facs envisageables, et s’est contentée de mentionner brièvement les classes prépas. Et encore, parce que notre professeur a posé la question, sinon elle n’y aurait pas songé. C’est comme si les élèves issus des ZEP avaient déjà un parcours décidé, comme si au fond, on n’avait pas, nous, l’embarras du choix. Or, les élèves des ZEP méritent d’avoir le choix et d’être encouragés et soutenus. Et c’est ce que font, malgré ce que l’on pourrait croire, nos professeurs.

L’année dernière, Sciences Po ou classes prépas n’étaient simplement pas envisageables pour certaines d’entres nous. C’était inimaginable ! Pourtant, certains professeurs nous ont encouragés à ne pas restreindre nos ambitions, et nous ont poussés à nous inscrire au projet Science Po.

<< De toutes les conseillères d’orientations que j’ai pu rencontrer, jamais aucune ne m’a parlé de Sciences Po ou de classes prépas. Le discours était plutôt « Tu es bonne élève ? Tu aimes l’Histoire ? Je pense qu’une fac d’Histoire devrait être appropriée >>, témoigne Jamila*. Pourquoi devrait-on se contenter du minimum si nos capacités nous permettent plus ?

C’est à partir de cette question que nous avons voulu avoir l’avis de notre professeur de philosophie, M. Zanco. Pour lui, le professeur connaît bien ses élèves, leur potentiel, leurs résultats. C’est donc de son devoir de pousser ces élèves vers les filières auxquelles ils n’auraient pas pensé, par manque de confiance, et de les faire se surpasser pour pouvoir atteindre des objectifs toujours plus élevés. Rien que le fait d’ouvrir les yeux aux élèves sur tous les choix possibles, même les plus prestigieux, peut leur redonner courage et envie de se battre pour réussir.

Ce n’est pas un rêve d’accéder à de grandes écoles. Hier, nous n’étions que trois élèves juste assez douées pour n’attendre de la vie que d’avoir la possibilité de décrocher un petit diplôme… Aujourd’hui, nous savons que nous pouvons espérer beaucoup plus. Dans la vie, rien n’est impossible, même si on vient d’une banlieue. Aucune barrière, et surtout pas sociale, ne peut et ne doit nous empêcher de réaliser nos rêves, les seules barrières sont celles que nous nous imposons, à force de croire ces préjugés qui forment notre quotidien.

 

*prénom modifié à la demande

 

Céline Jacky et Delphine Sbabo

Fameck

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