Trouver un logement dans une résidence étudiante à Paris relève de la loterie ou du miracle. Seulement 4000 chambres sont disponibles pour des dizaines de milliers de demandes. Yanisse a accompagné deux étudiante dans leur galère.

Après de nombreuses recherches, j’ai enfin trouvé un job été. Durant deux mois, j’ai été hôtesse d’accueil au CROUS (Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires) de Paris. Une expérience professionnelle riche en découvertes, qui m’a permis de voir une facette qui m’était alors étrangère : le logement étudiant. Des centaines, voire des milliers d’étudiants étrangers ou originaire de province, de banlieue, voir même de Paris, son à la recherche d’un logement étudiant, en résidence. Très vite, j’ai compris à quel point les logements du CROUS étaient prisés et que malheureusement il n’y en aura pas pour tout le monde.

Beaucoup d’étudiants, dans des situations délicates n’obtiennent pas de logement et les noms s’accumulent sur la fameuse « liste d’attente ». Ce qui signifie que leur demande n’est pas rejetée, car elle correspond aux critères d’accessibilité à un logement CROUS, mais que leur requête n’a pas abouti.  Une liste qui a plus souvent les allures fourre-tout et où les chances d’obtenir par la suite une affectation sont souvent très minces.

Les demandes de logement sur Paris sont tellement importantes, 4000 chambres disponibles intra-muros pour près de 325 000 étudiants, que les cas même les plus critiques deviennent alors ordinaires. En effet, on peut être boursier à l’échelon 6 (niveau le plus élevé), venir de la région parisienne ou de Perpignan et ne pas avoir de logement. Chaque décision d’affectation de logement résulte d’un choix cornélien. Jusqu’à quelle situation d’urgence un étudiant doit-il faire face pour avoir une chance d’acquérir un logement ?J’ai suivi le parcours de 2 jeunes filles qui ont le même âge, une situation différente, mais qui souhaitent une seule et même chose : obtenir un logement sur Paris.

Dina a 21 ans et vient de Bordeaux. Après un début de licence en langue arabe, elle souhaite poursuivre ses études à Paris : « j’ai commencé ma licence à l’université de bordeaux, mais mon niveau était trop élevée. Mon arrivée sur Paris me paraissait une évidence, en effet, Paris est la seule autre ville à proposer cette formation. Je pourrai enfin exploiter au maximum mon potentiel». Ses parents ne travaillent pas et Dina est boursière échelon 6. Pourtant, elle est sur « liste d’attente ». Elle a bien essayé de chercher dans le privé, mais les prix sont exorbitants : « C’est trop cher, il faut compter minimum 700 euros par mois ». Que faire ? Son seul espoir est le CROUS et son forum au logement qui a lieu début septembre.

Mais pour Imen, la situation semble être plus compliquée. Cette jeune étudiante en médecine de 21 ans vient de Paris. Ce qui semble assez paradoxal d’effectuer une demande de logement sur Paris quand on y vit. Cependant, la demande d’Imen est totalement justifiée. En effet, depuis l’arrêt de travail de sa mère, Imen a dû déménager, quittant le 17e pour le 19e arrondissement. Dans ce nouveau logement, elle doit partager sa chambre avec ses deux sœurs, une situation difficile quand on fait des études aussi ambitieuses. Elle finit par me dire : « J’ai raté mon année, mon problème de logement n’est pas la cause directe, mais il y a fortement contribué. Les études de médecine nécessitent un environnement favorable dont je n’ai pu bénéficier ».

Comment réussir lorsqu’on ne peut pas travailler librement dans sa chambre après 23 heures, quand les bibliothèques ferment ? Elle a cherché par ses propres moyens un studio, mais c’est à nouveau beaucoup trop cher. Quand elle finit par trouver une offre de logement, en réalité, les frais sont beaucoup plus élevés que prévu (coût de la caution considérable) ou certains accès du logement lui sont interdits, comme la cuisine. En effet, face à cette forte demande locative, les tromperies et offres douteuses prolifèrent. Beaucoup de propriétaires proposent des logements avec des conditions pour le moins suspectes : venir avec l’argent en liquide, ne pas déclarer la location ou encore louer des logements (si on peut encore appeler cela comme ça) non conformes à la loi, c’est-à-dire inférieurs à 9m².

Son seul espoir, comme beaucoup d’étudiants, c’est le forum du logement. Malheureusement, il est clair pour Imen qu’elle ne pourra aucunement bénéficier d’un logement du CROUS. En effet, les organisations lui ont fait comprendre que : « habiter à Paris et en plus n’être que boursière échelon 1 ne constituait pas une situation assez précaire et donc prioritaire pour acquérir un logement Crous ». Imen devra se débrouiller seule. Avec une demande forte et une offre si faible, la notion d’urgence prend alors une toute autre définition.

Au fur et à mesure, j’ai dû donc apprendre à m’endurcir, à prendre les choses avec beaucoup de recul. Ce n’est pas facile émotionnellement de gérer ces situations aussi critiques les unes que les autres. Se dégage alors une forme d’impuissance, une frustration de ne pas pouvoir les aider. Que peut-on faire ? J’ai beau leur dire : « Cherchez de votre côté, ne mettez pas tous vos espoirs dans le CROUS », je ne peux qu’imaginer le stress que ces étudiants vivent surtout lorsque l’on sait que l’écart d’un loyer entre un logement du Crous et dans le parc privé est immense.

Yannise Tchouankéa

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