D’habitude, les manifestations se font dans la rue ou devant les établissements. Cette fois-ci, c’est dans le réfectoire de l’école élémentaire Benoit-Malon au Kremlin-Bicêtre qu’a eu lieu jeudi 15 mars la « Nuit des écoles ». Ce mouvement protestataire se veut être une réaction à l’annonce des fermeture de classes d’écoles élémentaires et maternelles dans le 94.

Au même moment, d’autres nuits du même type avaient lieu dans d’autres écoles du Val-de-Marne. Au total, ce sont 96 fermetures fermes de classes et 70 conditionnelles qui sont prévues, d’après les chiffres transmis par l’inspection académique de Créteil.

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L’ambiance à la cantine est conviviale. Les parents d’élèves discutent, échangent autour de boissons et de mignardises tandis que les enfants s’amusent autour. Mais ce n’est pas un soir comme les autres. Le groupe scolaire Benoit-Malon réunit deux écoles élémentaires (A et B) et une école maternelle enregistrant au total 680 élèves. Dans le Val-De-Marne, le groupe est l’un des plus touchés par ces fermetures de classes. En effet, trois classes devront fermer à la rentrée 2018.

Dans la même ville du Kremlin-Bicêtre, une autre fermeture de classe devrait également toucher l’école élémentaire Suzanne-Buisson et une autre aura bel et bien lieu à l’école élémentaire Charles-Péguy. Des fermetures confirmées par la mairie du Kremlin-Bicêtre et l’inspection académique de Créteil. « La nouvelle reforme du ministère de l’Éducation souhaite augmenter les classes REP et REP + dans le Val-de-Marne. Ces classes nécessitent un suivi avec deux enseignants. Or, au lieu de recruter, ils suppriment des classes et récupèrent nos professeurs », affirme, indigné, Nicolas Broux, directeur de l’école élémentaire A de Benoit-Malon.

Occupation d’école par parents, élèves et instituteurs jeudi 15 mars – Page Facebook « Education 94 – S’informer, Agir en 2018 !

Moyens humains, temps de décharge et mixité sociale au menu des revendications

Pas question pour les parents d’élèves et les professeurs de blâmer cette nouvelle reforme qu’ils trouvent à l’unanimité salutaire. Ce qu’ils reprochent, « c’est le manque de stratégie« , pénalisant ainsi des écoles, des professeurs et des élèves. « Ils déshabillent Paul pour habiller Jacques. On va se retrouver avec des classes submergées et des professeurs dépassés », confie Véronique Franche, mère d’élève. Les revendications des parents sont simples : effectif maximum de 24 élèves par classe. Mais les inquiétudes sont fortes. « Pour la rentrée prochaine, les classes de maternelles tourneraient à 32 élèves« , s’alarme le directeur, Nicolas Broux.

La seconde revendication est le maintien du temps de décharge du personnel enseignant, qui avec ces fermetures, passerait de deux à une journée par semaine. Or, ces temps sont essentiels pour la gestion administrative des écoles, témoignent instituteurs et directions. Enfin, dernière revendication et pas des moindres : le maintien d’une mixité sociale. « Nous sommes dans un des quartiers les plus pauvres du Kremlin-Bicêtre. Nous tenons à avoir un suivi des plus encadrés avec nos élèves. Nous voulons maintenir une égalité des chances grâce a notre mixité sociale« , insiste le directeur d’école. Le quartier est classé « politique de la ville » et s’insère dans un Contrat Urbain de Cohésion Sociale. La crainte : que la nouvelle carte scolaire incite des familles à scolariser leurs enfants dans d’autres établissements faute de places ou de personnels. « Il y a ici des familles de militaires, de fonctionnaires, des familles provenant de logements sociaux bref des familles avec des profils sociaux différents« , confie Gaëlle Genot parent d’élève élue qui redoute un déséquilibre socioéducatif pénalisant les établissements et donc les élèves.

On ne déshabille pas Paul pour habiller Jacques

Une situation qui met également en colère la municipalité. « Avec ces conditions de travail inadmissibles, l’école de la République ne répondra plus à sa vocation qui est l’apprentissage des savoirs fondamentaux dans des conditions optimales« , craint Zohra Sougmi, adjointe au maire du Kremlin-Bicêtre en charge de l’éducation qui, elle aussi, regrette que la réforme en REP et REP + soit finalement contre-productive. « La réforme ne répondra peut être pas à sa volonté première puisque la réussite scolaire va être tirée vers le bas ».

L’inspection académique de Créteil réfute les affirmations des parents et instituteurs mobilisés. « Contrairement à ce qui est dit, on ne déshabille pas Paul pour habiller Jacques. On est le plus juste possible. Notre travail est de faire des prévisions sur la répartition des écoles. Nous essayons de faire au mieux. C’est un vrai travail de dentelle » précisant que « 176 postes en plus sont prévus sur l’académie de Créteil à la rentrée prochaine ». L’inspection académique qui tient à préciser selon ses chiffres que « seulement une dizaine de nuits d’occupation sur plus de 600 écoles dans le 94 » ont été comptabilisés. Manière de minimiser l’impact de la contestation.

Instituteurs et parents d’élèves main dans la main lors de la manifestation et de la grève du 22 mars – Page Facebook « Education 94 – S’informer, Agir en 2018 !

Une mobilisation qui se poursuit

Pourtant, cela fait déjà un mois et demi que parents et personnel éducatif du Val-de-Marne se mobilisents. Déjà, des instituteurs se sont mis en grève à trois reprises les 9 février, 13 et 22 mars. Les parents d’élèves aussi multiplient les actions avec, par exemple, l’occupation des bureaux des directions. « Nous avons également mis en place la journée sans cartable vendredi 16 mars. Le principe étant que les enfants viennent en classe sans leurs matériel d’étude« , explique Gaëlle Genot, une parent d’élève élue. Le 22 mars, c’est une action « école déserte » qui a été organisée à l’école maternelle Benoit Malon : elle consiste tout simplement à ne pas amener ses enfants à l’école. Ce mardi 27 mars, une réunion est également prévue pour préparer la suite de la mobilisation après les vacances de Pâques. Mais les parents promettent des actions ponctuelles jusque là comme d’autres journées « école déserte » et « sans cartable ». Une page Facebook a d’ailleurs été créée pour discuter des actions à venir dans le département.

Reste que les inquiétudes sont fortes devant l’augmentation des effectifs scolaires à venir sur la ville du Kremlin-Bicêtre. Selon les chiffres transmis par la mairie, 150 logements doivent être livrés entre août et octobre 2018, une soixantaine rien qu’à proximité des écoles Benoît Malon, Péguy et Buisson. « Ça devient de la folie ! Le ministère de l’Education nationale ne prend pas en compte ces livraisons de logements qui viendront balayer les prévisions pour la rentrée 2018« , affirme Zohra Sougmi.

Ce mercredi 28 mars, les parents prévoient de se rendre ensemble, à vélo, devant le Centre national des Arts et métiers où auront lieu, dès ce mardi, les Assises de la maternelle en présence du président de la République.

Ferial LATRECHE

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