Pas moins de 265 000 élèves sortiraient du circuit scolaire sans formation ni diplôme chaque année en France. Quand la place au fond de la classe à côté du radiateur occasionne le décrochage, un accompagnement scolaire annexe peut éviter aux élèves en difficulté e décrocher. Rencontre avec Ayachi, 12 ans, qui est a doublé sa moyenne.

Selon le rapport de l’inspection générale de l’Education nationale rendu public le 13 janvier 2014, « Le traitement de la grande difficulté au cours de la scolarité obligatoire » n’a pas de définition mais le point en commun des élèves est de connaître l’échec scolaire. En France le collège est ainsi le « maillon faible » de l’éducation nationale. Il y est aussi souligné que l’échec scolaire touche plus particulièrement les élèves de milieu modeste. L’étape est déterminante entre la sortie de l’école primaire et l’entrée au collège, c’est là où tout se joue. Les lacunes accumulées en primaire tendent à s’accentuer au collège et finissent par donner des élèves « décrocheurs ». Alors que François Hollande a promis de réduire de moitié le pourcentage d’élèves décrocheurs, les parents utilisent les autres moyens qui sont mis à leur disposition. Il peut s’agir de l’aide au devoir, des cours à domicile ou de l’accompagnement scolaire dans des structures dédiées. C’est le cas d’Ayachi, un jeune collégien qui a « décroché » dès son entrée en 6e.

Ayachi a 12 ans et est actuellement en 5e au collège Colette à Sartrouville (78). A son entrée en 6e, Ayachi cumule de nombreuses lacunes. L’an dernier, il voit ainsi sa moyenne générale plonger à 06/20. Au cours de l’année, ses notes chutent et avec l’accumulation de ses lacunes, Ayachi abandonne et n’écoute plus en classe. « L’année dernière je ne comprenais rien, donc en classe je rigolais, je faisais plein de bêtises. Ce que je ne savais pas, c’est que j’accumulais les difficultés. »  Sa mère lui trouve alors une professeure a domicile, expérience qui tourne à l’échec. « Avec la prof à domicile ça n’avait pas marché car j’avais accumulé trop de lacunes. J’ai continué à faire des bêtises. Comme je ne comprenais rien aux cours, je me disais qu’il valait mieux que je rigole avec mes amis que d’écrire le cours et d’écouter le professeur. »

Le déclic s’opère quand sa mère découvre un prospectus de l’association d’accompagnement scolaire ECD. « Ma mère est partie voir à la boîte aux lettres et elle a trouvé le prospectus. Elle m’en a parlé et on a vu ensemble. Et ensuite, elle m’a inscrit. J’étais heureux car je me suis dit que ma moyenne allait plutôt progresser » raconte Ayachi.

Par la suite, après avoir passé les étapes de sélection basée sur les trois derniers bulletins et une sélection sur entretien pour évaluer sa motivation, Ayachi intègre le programme. Son intégration s’est faite de justesse comme l’explique le jeune garçon « On a dû remplir une fiche de préinscription, et on avait besoin de nos trois bulletins de nos précédentes classes. Pour moi c’était la sixième. Ensuite j’étais avec les élèves, il y a eu une sélection, et comme moi l’année dernière j’étais un peu…même beaucoup agité, je faisais beaucoup de bêtises, on a dû choisir si je devais être inscrit ou pas. Et au final j’ai été inscrit. » L’élève ainsi dit « agité » l’année précédente, s’est montré « participant » et « très motivé » pour accéder à ce programme de la dernière chance.

En septembre, Ayachi commence un accompagnement scolaire suivi durant la semaine, après les cours et le samedi matin, ainsi que les vacances scolaires (une semaine sur deux). Des cours de mathématiques, de français, d’histoire-géographie, d’anglais, de physique-chimie et de SVT lui sont dispensés par des intervenants diplômés et expérimentés (master BAC +5). Avec 14 heures de cours supplémentaires par semaine, ce programme peut sembler assez lourd pour un jeune collégien mais cela finit par porter ses fruits. Aujourd’hui, sa moyenne générale s’élève à 12/20 et Ayachi espère atteindre une moyenne de 15/20 à la fin de l’année, voire plus. « Dès que je suis rentrée à l’association j’ai commencé à intégrer une méthodologie. On a appris une nouvelle méthode de travail. Pour augmenter ma moyenne, j’ai dû réviser tous les jours mes leçons. J’ai fais mes devoirs. Ce n’était pas le cas l’année dernière. Et quand j’avais besoin de quelque chose, je le demandais au professeur. Il m’expliquait avec des mots simples. Et je comprenais beaucoup mieux », explique Ayachi. Aujourd’hui c’est une véritable métamorphose qu’Ayachi a subi, aussi bien dans son écoute que son comportement en classe et dans sa motivation à travailler. Et pour cause, l’association est en partenariat avec son collège qui la tient informée du moindre changement de comportement. « Un élève qui ne respecte pas la charte est rappelé à l’ordre. L’élève a signé une charte d’assiduité et de bon comportement. En outre il s’engage à être sérieux et motivé tout au long de l’année. De ce fait nous ne tolérons aucun écart de conduite. On a établi des liens avec les collèges et des liens très étroits avec les parents, ce qui nous permet d’assurer un suivi renforcé de l’élève« , explique Mohamed Guirrati, le vice-président de l’association.

L’accompagnement ne s’arrête pas là, puisque l’association a mis en place un système de parrainage pour les élèves les plus méritant. C’est le cas pour Ayachi qui a pour parrain David Carmier, magistrat mais aussi maire-adjoint de Sartrouville depuis peu. Un exemple pour le jeune garçon qui ouvre l’horizon de son ambition. Alors qu’auparavant, Ayachi n’avait aucune perspective d’avenir, aujourd’hui son objectif est de venir ingénieur informatique. Ses parents, analphabètes, soutiennent leur enfant dans cette étape vers la réussite scolaire.

L’accompagnement scolaire se différencie de l’aide aux devoirs lambda, semble-t-il. Mohamed Guirrati explique que « les professeurs sont salariés et sont donc là tous les jours avec des obligations de résultats. » Les classes sont composées de 8 élèves maximum, ce qui, sans doute, permet de porter plus d’attention à chaque élève. Financé par la municipalité, l’Etat (par le biais de la préfecture des Yvelines) et le Conseil général (via les contrats aidés), cette association d’un nouveau genre permet d’aider 50 élèves cette année. Son accès est avant tout destiné aux familles les plus modestes avec une faible participation financière par an.

Si Ayachi a réussi cette métamorphose par l’intermédiaire d’un programme adapté, elle vient aussi avant tout de son investissement grâce auquel il a réussi à rattraper ses lacunes, qu’il laisse aujourd’hui loin derrière lui.

Chahira Bakhtaoui

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