Deviens le meilleur orateur de Seine-Saint-Denis » voici la devise de l’association Eloquentia. Pour relever ce défi, l’association propose depuis trois ans, six semaines de formation organisée autour de trois modules : exercice théâtral, entrainement à la plaidoirie, et travail autour de l’entretien d’embauche. L’ambition est noble « recréer du lien social par la parole, apprendre à réfléchir ensemble » explique Ibrahim, chargé de l’organisation du programme Eloquentia. Manque de budget, la formation n’est réservée qu’à une trentaine d’étudiants de Paris VIII alors que la demande s’élève à une centaine de candidats. Pour pallier cette contrainte, l’association propose des master class d’environ deux heures, ouverts à tous et assurés par l’ancien gagnant du concours.
Vêtu d’une redingote accessoirisée de la traditionnelle montre à gousset, Zakaria entame sa présentation dans un décor contrastant avec son élégance naturelle. L’amphithéâtre, à demi rempli, est à l’image de la réputation de l’université relativement altéré. Dans ce cadre où le mobilier y est précaire et instable, les étudiants s’installent dans le vacarme. Le tableau est détonant.
Dès les premiers instants de la présentation, Zakaria impose grâce à son éloquence oratoire, le silence. « L’orateur n’a jamais peur du silence, le silence est son allié. » L’effet est immédiat, et une sorte d’hypnose générale s’installe dans l’amphithéâtre décrépit. Dès les premiers conseils donnés, Zakaria met en place, pour la plus grande joie des étudiants en formation et au plus grand dam des néophytes, les ateliers pratiques. Commence alors les joutes verbales, sous le regard inquisiteur de l’ancien gagnant. L’exercice est jubilatoire pour les initiés. Face à la tribune, les non-initiés sont mis à nu. À la moindre hésitation, exprimée par un « euuuh » de la part des orateurs amateurs, les étudiants martèlent sur les tables. Les personnes désignées par « maître Zak » passent les uns après les autres devant le regard amusé des élèves. La difficulté est croissante, et l’exercice attendu de tous est la plaidoirie. Le sujet est lancé : « Pourquoi le vote des femmes est une ineptie ? » Voilà le type de challenge auquel s’attèlent les participants d’Eloquentia.
La raison principale pour laquelle les étudiants veulent suivre cette formation est la prise de confiance en soi. Kristina, en première année de Science-Politique et participante à la formation, confirme que « tu prends confiance en toi, tu t’améliores, paradoxalement ça m’a montré mes faiblesses, c’est un recul sur toi-même ». Sarah quant à elle non participante au concours, en première année de droit, confie qu’Eloquentia « est une super idée, surtout pour les talents refoulés qui veulent l’exprimer ».
À la différence des autres concours d’éloquence, Eloquentia assure un « climat sécurisant qu’il n’y a pas dans les autres concours » assure Zakaria, ayant lui-même eu l’occasion de participer à différentes formations. Ibrahim, étudiant à l’institut de géopolitique, affirme non sans fierté que « tu viens habillé comme tu veux, comme au Mac-Do un peu ». La principale difficulté de l’association est son manque de budget. La formation est cependant ouverte, depuis le début de l’année scolaire, au résidant du département. L’association refuse pour l’instant les fonds publics afin « d’éviter toute récupération, et les divers financements seront acceptés quand toute la machine sera lancée » affirme Ibrahim. Et depuis le début de l’année l’association parcourt les collèges du département afin de sensibiliser dès le plus jeune âge à la prise de parole. Le projet d’une application est même en cours. Recréer du lien social est aujourd’hui un enjeu crucial. La compétition parviendra-t-elle à révéler nos nouveaux talents ?
 
Pénélope Champault

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