« De l’argent, il y en a, dans les poches de Nicolas ! ». Ce mardi 20 mars, ensemble, enseignants et parents d’élèves d’Aubervilliers n’ont pas manqué de rebondir sur l’actualité, en évoquant le placement en garde à vue de Nicolas Sarkozy. Place du Président Herriot, devant l’Assemblée nationale, à grand renfort de tambours et de mégaphones, la soixantaine de manifestants a exprimé son souhait de voir plus de moyens alloués aux établissements scolaires de leur ville.

En tête de leurs revendications, figure le classement en réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP+) de tous les collèges. « Sur cinq collèges à Aubervilliers, trois sont classés en REP+, les collèges Diderot et Gabriel Péri ne le sont pas. Ils sont seulement en REP, alors qu’ils ont des conditions économiques et sociales équivalentes aux nôtres », déplore Fanny Bauquel, conseillère principale d’éducation (CPE) du collège Jean Moulin. Un classement en REP+ signifie plus de moyens humains et budgétaires alloués aux établissements concernés.

Des collèges en REP+, mais aussi des écoles primaires et des maternelles

Aubervilliers affiche un taux de pauvreté de 44,3% selon les derniers chiffres de l’Insee, bien supérieur à celui de l’ensemble du département de la Seine-Saint-Denis, qui s’élève déjà à 28,6%. En outre, la ville fait partie des 20 communes de France de plus de 20 000 habitants où l’écart entre le niveau de vie minimum des 10% les plus aisés et le niveau de vie maximum des 10% les plus pauvres est le plus faible, selon l’Observatoire des inégalités.

Autrement dit, on y observe une forme « d’égalité par le bas », précise ce même Observatoire. La revendication d’un classement en REP+ de l’ensemble des collèges d’Aubervilliers n’apparaît donc pas saugrenue. « Cela permettrait que les établissements autour soient aussi classées en REP+ », souligne Fanny Bauquel. Chaque collège bénéficiant de ce statut en fait effectivement profiter les écoles primaires et maternelles qui lui sont rattachées.

En 20 ans, j’ai vu le déshabillage des établissements de Seine-Saint-Denis

« À l’école, les enfants s’expriment parfois en dix langues différentes. Ils doivent d’abord apprendre à parler français. C’est donc une grosse charge de travail pour les enseignants« , estime Emmanuelle Jacob, mère d’une petite fille en maternelle à Aubervilliers. Et d’ajouter. « Les profs de Seine-Saint-Denis sont des super-héros. Mais ce n’est pas normal, on demande l’égalité de traitement ».

Le statut REP+ n’est pour autant pas suffisant aux yeux des manifestants. « Cela ne répond pas à toutes les questions. On a de moins en moins de moyens, avec des heures retirées pour les classes non francophones, pour les enfants handicapés », assure Séverine Labarre, professeure de français au collège Rosa-Luxembourg à Aubervilliers. « En 20 ans, j’ai vu le déshabillage des établissements de Seine-Saint-Denis », ajoute-t-elle du haut de son expérience, craie à la main pour inscrire des slogans au sol.

Demande de trois nouveaux collèges et d’un nouveau lycée

Autre revendication portée par les enseignants et les parents d’élèves : l’ouverture de nouveaux établissements pour faire face à la hausse démographique. « Il y a clairement un problème de places. Il faudrait huit collèges contre cinq actuellement« , considère Laurent Moity, parent d’élève membre de la fédération de parents d’élèves, la FCPE. Pour le moment, un sixième est en construction, rue Sadi-Carnot, qui doit ouvrir ses portes à la rentrée 2018. Les manifestants demandent aussi la création d’un cinquième lycée dans la ville.

Le problème du trop grand nombre d’élèves par classe revient régulièrement dans un contexte de violences comme nous le racontions dans notre enquête de décembre 2017« Il y a eu climat très tendu au collège Jean-Moulin, avec des incivilités, des dégradations, des bagarres. On manquait de CPE, qui étaient débordés et ne parvenaient pas à apaiser la situation », rapporte Yann, professeur de mathématiques dans ce collège d’environ 750 élèves qui a perdu un demi-poste de CPE à la rentrée dernière.

Une mobilisation toute la semaine

« On voit les conditions dans lesquelles travaillent les professeurs. On les soutient », précise Eric Muller, père d’une élève en classe de 4ème dans cet établissement. « Ma fille n’a eu qu’un mois de cours de français depuis septembre. Il y a de moins en moins de remplacements des professeurs absents« , regrette-t-il.

Solidaires, parents d’élèves et professeurs envisagent d’autres actions dans la semaine. Des blocages de collèges, une manifestation devant la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN), ou encore la formation d’un cortège lors de la manifestation du jeudi 22 mars. En attendant, ils reprennent en cœur, à l’adresse de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale : « Blanquer, Blanquer, le 9-3 est en colère !« 

Thomas CHENEL

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