8.20: Le directeur de l’école Rostand, Denis Defaix, ouvre lui-même les portes de l’établissement à ses trois cents élèves: « Etre visible, créer un lien entre l’école et les familles est primordial pour que s’instaure une relation de confiance ». Mission accomplie, puisque les émeutes n’ont fait qu’une seule victime: l’épouvantail du potager. Un potager à Bondy?!? L’école a obtenu le prix départemental du concours « Ecole fleurie » pour la création de deux potagers dans sa cour de récréation.

 

Pour les CM2 (10ans) de la classe d’Ingrid Lemaire (photo), « la pire des punitions était d’être privés de jardinage ». Sur les vingt-cinq élèves, huit possèdent un jardin, mais qu’une seule élève jouit d’un potager. C’est dire si les 23 variétés de légumes cultivés à partir de graines tenaient du miracle. La classe parle ainsi librement et avec les yeux brillants de fumier de crottin, de compost, de semis, mais personne ne croit le directeur lorsqu’il avoue qu’il y a 50 ans, sur le site de l’école, broutaient les vaches!

 

Si très peu d’élèves fréquentent le Parc de Bondy (qui redeviendra peut-être, grâce aux plantations de l’an dernier, le fameux Bois de Bondy), que font-ils de leur temps libre? Le week-end dernier, cinq élèves ont quitté la banlieue: quatre à Paris (deux sont montés sur la Tour Eiffel pour la première fois!) et un seul à la campagne. Ceux qui sont restés en ville n’ont pas tous joué su leur console, ni « zoné » dans les rues. La classe comprend un footballeur, un volleyeur, trois danseuses, une altiste, un clarinettiste, un tennisman, un basketteur et quatre nageurs. Si vous leur dites « modèles », ils vous parlent du footballeur Ronaldino, du tennisman Nadal et du basketteur Tony Parker, des séries « Charmed », « Les Jumelles s’en mêlent » et « Buffy contre les vampires », de Lorie et Britney Spears, des rappeurs de 50 cents et Snoop Dog et… de Harry Potter, qu’ils verront avec l’école cette semaine. Bondy ne fait pas exception. Si vous leur dites « République », ils vous répondent: « Chirac, Elysée, Sarkozy, dominicaine, Mairie, Bush, sénateur », quelque chose de lointain. Si vous leur dites « journaliste », ils éclatent de rire et y vont tous de leur petite histoire. « Je leur ai dit que ça servait à rien de brûler des voitures ». « Moi, que les casseurs faisaient ça pour se rendre intéressants et gagner la compétition avec les autres cités ». « A Pantin, une fois, l’Hôtel du Parc avait brûlé, alors il y avait pleins de journalistes ». « Pendant les émeutes, j’avais vu un caméraman faire plusieurs fois le tour du quartier de Blanqui à la recherche de quelque chose ». « Moi, j’ai vu France 2 qui cherchait un guide ». Même si les émeutes ont partiellement épargné Bondy, elles ont manifestement marqué les jeunes. 

 

Une dernière chose. En cette période de l’Avent, les CM2  osent demander au « Maire Noël »: « Plus de distractions, des espaces verts et… plus de policiers! »

 

 

 

Par Blaise Hofmann

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Blaise Hofmann

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