« Je vais vous présenter aux différentes personnes ici présentes ! Ce sont des représentants d’universités ou d’écoles québécoises venues ici pour recruter des jeunes étudiants. » Les paroles de Sandra Etienne, directrice de développement chez Trace TV, sont engageantes. Elle me dirige alors vers Stéphanie Dion, membre de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), un rassemblement de 17 universités et écoles québécoises (14 francophones et 3 anglophones).

« C’est une première, explique Stéphanie Dion. Nous sommes déjà allés à la rencontre d’autres régions françaises mais jamais de la banlieue parisienne. C’est Sandra Etienne qui nous a mis la puce à l’oreille. Quand elle nous a soumis cette idée, nous nous sommes que c’était super et nous avons foncé. A nous d’aller vers les étudiants ! »

Douze établissements, dont l’université de Montréal, sont représentés ce jour-là à l’université Paris XIII de Villetaneuse, dans le but d’amener à eux des étudiants français pour 6 à 12 mois. C’est un peu comme un échange Erasmus « spécial Québec », avec reconnaissance réciproque des diplômes. L’une des originalités est que l’on peut étudier dans ces facs sans être attaché à une fac française. « La seule condition pour pouvoir participer au projet est d’être titulaire du baccalauréat français. Ensuite, les étudiants sont sélectionnés sur dossier scolaire. » Elle me précise bien « bac français » car au Québec, le baccalauréat équivaut à une licence. Elle poursuit : « C’est une bonne expérience. Les formations québécoises sont reconnues mondialement, il n’y a pas de classement des établissements, chez nous. » Et dire qu’en France, le gouvernement veut justement instaurer des classements…

Céline a 21 ans et entre elle et le Québec, c’est une histoire d’amour : « J’aime beaucoup ce pays, j’aimerais y faire mes études pour améliorer mon anglais tout en restant dans une culture française. Pour moi, c’est aussi une manière d’échapper au système universitaire français qui ne me convient plus, dans le sens où les facs françaises ne dispensent pas la formation que je rêve de faire! Là-bas, ils ont ce qu’on appelle la « maîtrise d’adaptation scolaire », qui permet d’être professeur auprès de personnes ayant une déficience intellectuelle. Et ce qui reste du CAPES, ici, ne m’intéresse pas. »

Sandra Etienne se félicite de la coopération franco-québécoise : « Le courant est très bien passé avec les facs québécoises. Mes interlocuteurs d’outre-Atlantique ne se sont pas posé de questions quand je leur ai soumis le projet. Ils sont beaucoup plus ouverts qu’ici. Le Québec est près des Etats-Unis, alors l’ouverture, ils connaissent. Ce qui est aussi bon à savoir, c’est que partir étudier au Québec dans une école spécialisée est moins cher que des études équivalentes en France. Il faut prévoir entre 8000 et 12 000 euros pour vivre et étudier une année entière alors que le prix seul d’une école de commerce à Paris est de 8000 euros. » En effet, le programme n’est pas gratuit, mais il est possible d’obtenir des aides (renseignements disponibles sur le site Internet*).

« J’ai proposé ce projet pour la banlieue parisienne parce que je suis pour l’égalité des chances à égalité de compétences, ajoute Sandra Etienne. En banlieue, les étudiants ou futurs étudiants ne bénéficient pas des mêmes informations que ceux de Paris intra-muros, je trouve ça scandaleux. Rares sont ceux qui viennent expliquer aux étudiants de banlieue ce à quoi ils peuvent prétendre dans le cadre de leur formation. Il faut donner sa chance à tout le monde. Ce qui me touche, c’est qu’aujourd’hui, beaucoup d’étudiants se sont déplacés pour s’informer, certains sont même venus lorsque nous nous sommes réunis à Paris V, par peur que nous venions pas à Paris XIII, c’est fou ! »

Ndembo Boueya

*Pour les intéressées, il est encore possible de s’inscrire sur www.universitesquebecoises.ca jusqu’en mars. 

Légende photo : Université de Laval, au Québec.

Ndembo Boueya

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