Un silence d’aumônerie. Des personnes en rangs d’oignons, assises. Tournées dans la même direction. Concentrées. Une majorité de personnes d’un certain âge à âge certain. Une minorité de jeunes adultes. Un seul qui se barre, c’est tout. Une ambiance studieuse se dégage de la première journée de cours donnée à l’Université populaire de Bondy le 1er octobre avec le mathématicien Benoît Rittaud comme intervenant. Il interroge : « A quoi servent les mathématiques ? »

Vaste sujet, qui réjouit ! « J’aime les maths, les chiffres, j’ai fait un bac scientifique. L’histoire des mathématiques, je ne la connais pas. Dans ma scolarité, je n’ai fait qu’appliquer des chiffres, alors là, ça me plaît », déclare Reynold, un Bondynois de 41 ans qui a un peu de temps libre en ce moment. Le cours démontre à quel point les mathématiques se cachent derrière notre vie de tous les jours et interfèrent dans de nombreux domaines : pratique « comment faire une ligne droite? » ; religieux « comment trouver la date de Pâques ? » ; astronomique, physique, technologiques, guerrier, artistique, littéraire (exemple, avec le livre « La disparition » de Perec)…

Benoît Rittaud, enseignant chercheur, débute son cours en soulignant que « pour beaucoup de personnes, les mathématiques se résument à leur seule scolarité, malheureusement ». J’acquiesce intérieurement, me rappelant mes incompréhensions diverses, variées et constantes tout au long de mon année de terminale S (6 en maths au bac), quand ma prof, enthousiaste, répétait qu’on allait jouer avec les fonctions, perspective qui me plongeait dans un profond désarroi.

Comme moi, Monique, 68 ans, Bondynoise à la retraite, apprécie le discours nouveau. Elle prend des cours « inter-âges » à la Sorbonne. « Mais à Paris c’est payant, explique-t-elle. Je me suis inscrite au module « mathématiques » parce que j’ai passé un baccalauréat scientifique dans les années 50 et parce que je suis intéressée par tout ce qui est scientifique. Dans le cadre professionnel, j’ai fait pas mal de statistiques. J’aime ce dispositif d’université populaire, cette approche nouvelle. »

Franck, 45 ans, accouru de Val-de-Fontenay (94) : « Je suis venu pour m’instruire, pour la connaissance, la sagesse. Je suis curieux. » La fin du cours est rappelée à Benoît Rittaud qui, emporté par sa passion, n’a pas vu l’heure passer. Les élèves non plus. Certains poursuivent la discussion avec lui, à son « pupitre ». Les impressions du professeur : « Ça s’est très bien passé, le public était très attentif, il ne papotait pas et ça c’est plutôt bon signe. »

Autre cours, le lendemain, dispensé par Céline Scemama, maître de conférences en esthétique du cinéma : « Je suis ravie d’inaugurer cette université populaire. J’espère que l’aventure sera aussi belle pour vous que pour moi », dit-elle à ses « élèves ». Ceux-ci sont encore plus nombreux qu’au cours de sciences. Le sous-sol de la bibliothèque municipale de Bondy est quasiment comble pour cette introduction de deux heures à l’analyse de films.

Patricia, 43 ans, enseignante en CE1 à Bondy : « Je voulais changer un peu, je fais beaucoup de choses avec les enfants. Je veux faire des activités pour moi aussi maintenant que ma fille est un peu plus grande. J’aurais bien choisi d’autres modules mais par manque de temps, je ne peux pas. Je veux une ouverture sur quelque chose que je ne connais pas trop. Je ne vais pas souvent au cinéma. J’aimerais aussi me lier avec des personnes qui sont intéressées par le module cinéma ».

Justine, 20 ans, est étudiante en histoire de l’art, elle habite Le Blanc-Mesnil : « J’ai su l’existence de cette université populaire en lisant Le Parisien. J’adore le cinéma et je me suis inscrite ici plutôt qu’à Paris-La Sorbonne où les cours auraient été payants. J’aimerais que les cours m’apprennent à analyser les films. Au départ, je voulais être critique de cinéma mais en me renseignant, j’ai appris qu’il fallait faire une école de journalisme et moi je ne suis que l’actualité artistique. Maintenant, je veux faire policière dans le trafic des œuvres d’art. »

Annette et Monique, respectivement 56 et 60 ans, Bondynoises et retraitées, sont là « pour s’instruire, rencontrer des gens. Tout ce qui est culturel nous intéresse. » Monique ajoute qu’elle « ne se sent pas toujours à l’aise dans la critique de films et Céline Scemama m’avait séduite lors d’une réunion ». Un participant a concédé qu’à l’analyse du documentaire de Maurice Pialat « L’amour existe » (1961), il avait bu « du petit lait ». Vivement les prochains cours.

Stéphanie Varet

Stéphanie Varet

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