Annoncée le 16 janvier dernier, la réforme de l’éducation prioritaire entend offrir plus de moyens à certains établissements ZEP, les plus sensibles, ce qui laisseraient les autres sur le carreau. Syndicats et enseignants craignent un abandon de leur collège ou lycée. Ils manifestaient la semaine dernière à Paris. Ambiance.

Ce jeudi 13 février à 14h00, la place  Saint-Michel grouille de monde. Près de 1 500 personnes, professeurs, élèves et syndicats, sont au rendez-vous pour manifester. « Menteur, voleur », « Ta réforme, c’est nous qui la Peillon, voleur rends-nous nos heures. » Ce jour là, le ton est donné. Professeurs et élèves sont révoltés. Ils scandent les slogans préparés en se dirigeant vers le ministère, rue de Grenelle.

La raison ? La réforme de l’éducation prioritaire que l’actuel ministre de l’Education, Vincent Peillon, a présenté le 16 janvier dernier lors d’une conférence de presse. Ce projet, destiné aux établissements ZEP, a pour ambition de réduire les inégalités scolaires en constituant un « socle commun de connaissances, de compétences et de culture ». Pour cela, 100 millions d’euros supplémentaires doivent être débloqués pour ces écoles dès la rentrée 2014.

Au premier abord, la réforme a tout pour plaire. Le SNES l’a même saluée. Plusieurs changements qui faciliteraient l’enseignement dans ces écoles ont été annoncés. Parmi eux, celui de la décharge horaire. Le ministre promet de donner aux enseignants des heures libres qui permettraient aux professeurs de recevoir les parents ou de mettre en place des moyens d’apprentissage efficaces qui répondent aux besoins des élèves en difficulté. De plus, une augmentation de la prime des enseignants est prévue, ce qui encouragerait vivement les jeunes professeurs à rester et par conséquent, conserver les équipes éducatives d’une année à l’autre.

En réalité, cette réforme ne concernerait que les établissements rebaptisés REP+. Le ministre fait donc abstraction de la majorité des collèges et lycées. En quelques chiffres, seuls 6 collèges sur 60, pour l’académie de Créteil et un collège sur 35, pour celle de Paris, bénéficieraient des subventions. Pourtant, le ministre avait promis de n’oublier aucun établissement ZEP.

À la question « comment sont choisis les collèges REP+  » personne ne répond. Personne ne sait y répondre en fait. Le manque de transparence des critères de sélection, s’ils existent, exaspère et frustre les enseignants. Ce qu’ils jugent le plus inquiétant, c’est le nombre d’heures qui seront sectionnées. Les conséquences seront multiples : le nombre d’élèves ne cessera d’augmenter puisque des classes seront supprimées, à cause du manque de professeurs, les demi-groupes ne seront plus qu’un lointain souvenir et les options disparaîtront.

Un peu plus tôt dans la semaine, certains élus du 93 se sont même adressé au ministre de l’Education par l’intermédiaire d’une lettre, notamment signée par Claude Bartolone, qui dévoilait leurs inquiétudes quant à ces mesures. Le gouvernement qui avait fait de la jeunesse sa priorité semble avoir oublié ses promesses. Cette réforme, censée être une « rupture historique » pour l’éducation prioritaire ne fera qu’empirer la situation et creuser les écarts entre les élèves issus de milieux défavorisés et les autres. Après le mariage pour tous, on pourrait peut-être essayer la réforme pour tous ?

Wassila Belkadi

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