Rayons noirs de monde, enfants qui chouinent pour le dernier cartable à la mode… Nul ne peut esquiver l’achat des fournitures scolaires. Mais le passage en caisse peut être violent.

Il y a dix ans déjà, je m’octroyais toute une après-midi pour préparer les cartables de mes petits frères. Etiquettes personnalisées sur tous les stylos, feutres et autres crayons de couleur, protèges-cahiers assortis à la couleur de ceux-ci. Tout devait être parfait. Même si j’avais pleinement conscience de l’obsolescence programmée de ces nouvelles fournitures qui disparaitraient dans de mystérieuses conditions selon une fréquence régulière. Dix ans après, rien n’a changé ou presque. L’achat des fournitures est toujours un moment que j’attends avec impatience, rempli de nouvelles promesses.

C’est donc avec un large sourire que je me suis rendue le weekend dernier dans une grande surface pour acheter le dernier cahier et le dernier agenda de toute ma scolarité. Entre temps, la crise est passée, mais si les rayons offrent un choix toujours aussi exhaustif, une bagarre plus silencieuse règne dans les étales.

« Maman je veux pas ces cahiers je veux des violets et Geoffrey des jaunes et j’en ai marre d’avoir toujours la même chose ». Geoffrey, adossé au linéaire, semble attendre las que l’orage passe. « Dans ce lot il y a un cahier jaune et un violet, comme ça tout le monde est content et tu réutiliseras ta trousse et ton cartable !  » « Quoi ? Mais je rentre en 6e ! »

Je ne peux plus faire mine de regarder la nouvelle gamme de cahiers Dora l’exploratrice, je décide finalement d’aller discuter avec la maman complètement dépassée. Au fil de la discussion, Christelle, maman d’un ado et de jumeaux, divorcée se confie. « La rentrée, c’est toujours un moment difficile, surtout quand on part en vacances avant. On veut se lâcher et profiter un peu pour bien attaquer l’année mais on se prend toujours une énorme claque une fois dans les rayons. Les prix augmentent sensiblement, mais ils continuent de nous dire que ça baisse. Mais on a pas besoin d’acheter des lots de 25 cahier, du coup on se retrouve quand même à payer plus ».

Son ex-mari fait un effort financier supplémentaire pour le mois de septembre, sinon « je ne s’en sortirait pas. Je suis à la limite pour avoir des aides extérieures. Le pire c’est qu’on ne veut pas dire non, mais parfois, on est bien obligés ! Léa et Geoffrey, les jumeaux, rentrent en 6e et veulent commencer à se différencier. Pour les deux, les dépenses s’élèvent à près de 200 euros avec les nouveaux sacs. J’en ai un troisième, ce qui me fait un total de 350 euros. J’en gagne 1000… »

Christelle s’y attendait et finit par me dire que ce mois maudis finit par passer tout doucement jusqu’aux fêtes de fin d’année. Elle préfère se serrer un peu la ceinture pour que ses enfants commencent l’année, au moins heureux d’aller en cours avec de toutes nouvelles affaires. « Ça les aidera peut être à se mettre dans le bain du travail tout de suite ».

Plus loin je croise des étudiants. Première année d’histoire pour l’un, première année de socio pour l’autre. « Un agenda, un quatre couleur, un organisateur, des feuilles blanches ! Fini les dizaine de cahiers du lycée. La fac, c’est la vie ! »

Je continue mes achats et les rayons ne désemplissent pas, c’est le grand rush de la rentrée pendant une semaine. A la caisse je regarde mon panier, il est bien vide comparé à celui de Christelle. Puis je me souviens, il y a dix ans, je rentrais en 6e. Je souris.

Jihed Ben

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