Réunies par une intersyndicale et le collectif « Touche pas à ma ZEP », environ 400 personnes des lycées de l’éducation prioritaire, selon les organisateurs, ont défilé dans les rues de Paris pour exiger un statut clair avec une liste de lycées classés. Reportage.

Place Edmond Michelet, devant le centre Georges Pompidou, à Paris, des centaines de professeurs et d’élèves sont rassemblés autour des banderoles « Touche pas à ma ZEP » dans la cacophonie de slogans plus ou moins inspirés. « Champagne, couscous et ZEP pour tous ! », reste le tube de cette manifestation organisée pour la première fois par une intersyndicale nationale (SNES-FSU, SNUEP-FSU, CGT, Educ’action, FO et Sud Educ) et le collectif « Touche pas à ma ZEP ». Ce dernier réunit les représentants de 88 lycées en zone prioritaire de tout le pays

Comme lors de la mobilisation du 17 novembre, les manifestants réclament le maintien, dans la durée, des moyens supplémentaires dont ils bénéficient. Ils veulent également une carte précise et élargie des lycées relevant de l’éducation prioritaire et un véritable statut pour ces établissements. Si l’éducation prioritaire, qui date de plus de trente ans, a bien été remise à plat sous le mandat de François Hollande en 2014 et 2015, cette réforme n’a concerné que les écoles et les collèges. Fini l’acronyme ZEP, désormais, il y a les établissements REP pour réseau d’éducation prioritaire et REP + pour les établissements les plus défavorisés.

De nouvelles promesses … pour le prochain quinquennat socialiste

Mardi 15 novembre, devant les députés, Najat Vallaud-Belkacem avait déclaré que la réforme de l’éducation prioritaire serait étendue aux lycées « lors du prochain quinquennat que nous effectuerons ». « Une blague », selon David, professeur de Mathématiques au lycée Guy-de-Maupassant de Colombes (Hauts-de-Seine). Mais une blague qui ne le fait pas du tout rire. « Cette farce a bien fait glousser à l’Assemblée. Nous, on ne plaisante pas avec l’éducation de nos enfants », poursuit-il.

CybEDZ1XEAAbRruCe lundi, veille de la manifestation, en réponse à la mobilisation et à l’inquiétude, la ministre de l’Éducation nationale a annoncé « la dotation exceptionnelle de 450 emplois à la rentrée 2017 pour les lycées et lycées professionnels les plus défavorisés ». Pour Maxime, professeur dans un lycée de la Courneuve (Seine-Saint-Denis), « cela prouve que la mobilisation commence à payer mais c’est insuffisant. Où ces postes seront-ils déployés exactement? Notre combat continue jusqu’à ce que nous ayons les garanties de maintien des moyens consacrés aux établissements les plus en difficulté ». La ministre explique dans son communiqué que « ces emplois permettront d’abaisser le nombre d’élèves par classe et d’améliorer le nombre d’adultes dans les établissements ». Les enseignants mobilisés n’en sont pas convaincus comme Alexandre Mares, professeur au lycée Jean-Jaurès à Argenteuil (Val d’Oise). « Ces 450 emplois ne compenseront pas l’augmentation des effectifs dans nos lycées ». La hausse démographique des établissements du second degré notamment en Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne et Seine-et-Marne lui donne raison. C’est l’académie de Créteil elle-même qui le précise dans son projet académique 2016-2019 en ligne.  Le collectif est aussi perplexe sur la formule « les plus défavorisés ». De quels établissements précisément s’agit-il ? Quels sont les critères pour établir quels établissements sont concernés? Les membres du collectif Touche pas à ma zep demande que ces critères soient transparents.

Réforme de l’éducation prioritaire : « les lycées ont été oubliés »

Les lycées appartenant à l’éducation prioritaire « ont été oubliés« , déplore Thomas, professeur de mathématiques et de sciences à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne). « Ceux qui sont placés en zone d’éducation prioritaire sont pourtant fortement défavorisés », précise-t-il alors que le cortège avance vers la place de la République.

Présents également dans le défilé des lycéens comme Moussa, élève de terminale du lycée Mozart à Blanc-Mesnil qui ne décolère pas. Son établissement, non classé en zone prioritaire, a été élu meilleur lycée public de France par Le Parisien. Une première place que le lycée risque de perdre selon lui. « Cette année nous avons une classe terminale S qui prépare le bac alors que le prof de mathématiques, absent depuis la rentrée, n’est toujours pas remplacé ».

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Kevin, professeur d’économie au lycée Rostand de Villepinte en Seine-Saint-Denis

Pour Kevin, professeur d’économie au lycée Rostand de Villepinte en Seine-Saint-Denis, « la réduction d’effectif en classe a un réel impact sur les résultats des élèves ». Alexandre, professeur de français, détourne un des thèmes qui agitent le débat public aujourd’hui. « Notre seule identité nationale c’est l’éducation nationale! »

Nouvelle journée de mobilisation

La manifestation n’a pas autant mobilisé que le 17 novembre. Près de 400 personnes ont défilé dans les rues de Paris aujourd’hui selon le collectif « Touche pas à ma ZEP ». « Mais il faut attendre les chiffres de province« , précise Alexandre Mares. La mobilisation était nationale : des enseignants à Marseille, Rouen, Lille organisaient au même moment un rassemblement. « Nos amis de Dreux et Creil nous ont rejoints à Paris ce matin », ajoute Alexandre Mares.

Le cortège arrive place de la République. Midi approche et il fait toujours aussi froid. Après quelques prises de parole, les organisateurs invitent les manifestants à la Bourse du Travail pour une assemblée générale. A la clôture de cette dernière, une journée de mobilisation est décidée. Pour le 3 janvier prochain, jour de rentrée.

Idir HOCINI

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