Un dernier jour d’école avant la fermeture. Ce vendredi, à cause d’un virus, d’une pandémie mondiale, les élèves du collège où je travaille vivent leur dernière journée d’école avant… nouvel ordre. Que se passe-t-il dans la tête des enfants, premiers concernés par cette mesure ? Que se passe t-il dans la tête des adultes ? Les enseignant-es, les travailleuses de la cantine, les surveillant-e-s (AED), les personnel-le-s, tout-e-s n’ont pas les mêmes inquiétudes.

A l’arrivée au collège, tout le monde parle du coronavirus, tout le monde se demande ce qu’il va se passer les prochains jours et les prochaines semaines. Alors que pour Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, « nous y sommes préparés », la principale adjointe, surprise de cette annonce de fermeture, rappelle que « (jeudi) matin, le ministre disait encore que ça n’allait pas fermer, donc on n’a pas de précision ». Sur le terrain, nous sommes tout-e-s un peu perdu-e-s. Ce qu’il se passe est inédit et historique, c’est la première fois que tous les établissements scolaires sont fermés en France.

Les questionnements se posent aussi pour les salarié-e-s qui travaillent au sein de l’établissement mais pour une entreprise privée. C’est le cas des personnelles de cantine, à majorité féminine, qui craignent de perdre leur salaire. Au cours de la journée, nous apprendrons qu’elles seront dispensées de venir au travail et seront payées.

Tu vas être à la retraite ?

Quant aux élèves, beaucoup sont heureux-se-s de cette décision, disant que « c’est les vacances » mais chacun à son mot à dire sur la question. Les garçons de 6e prévoient déjà de jouer à Fortnite. En 4e, c’est mitigé, une fille me dit qu’elle « vit [sa] meilleure vie », et une autre se rend déjà compte que l’école leur permettait (aussi) de voir leur ami-e-s, malgré les contraintes : « Ça me saoûle, on va rester chez nous. On va faire quoi ? ».

Certain-e-s élèves se sont inquiétés pour moi, me demandant comment j’allais faire pour être payé ou me demandant si j’étais « à la retraite ». D’autres encore donnent leur avis sur les stratégies politiques du gouvernement, précisant qu’ils « auraient dû fermer les frontières ». C’est un bouleversement dans la vie de ces collégien-ne-s dont plusieurs disent vouloir aller au « bled » car « au moins là-bas, il n’y a pas de malade ». Le « bled » n’a jamais été une destination aussi convoitée, alors même que le Maroc vient de décréter la fermeture des frontières avec la France.

Au fur et à mesure de la journée, les annonces du gouvernement tombent au collège. Alors que pour les enseignant-e-s la « continuité pédagogique » était invoquée pour organiser du travail à distance, pour les surveillant-e-s c’est plutôt le flou artistique et les montagnes russes.

La première annonce de fermeture devient au cours de la journée une obligation de venir faire un travail « administratif » sur des horaires aménagés, puis viennent les instructions surprises du recteur : « Les établissements restent ouverts et les écoles et les collèges doivent être en capacité d’accueillir dès lundi les enfants des personnels de santé ».

En contact avec des AED d’autres établissements, loin d’être prêts, je lis que les directions décident au cas par cas. Certain-e-s surveillant-e-s arrêtent le travail, d’autres font la garderie des enfants de soignant-e-s, d’autres sont en réunion lundi… Pour nous, rien n’est encore décidé. Loin de la légèreté des vacances, ce dernier jour rimait en fait avec incertitude.

Anissa RAMI

 

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