Lundi soir, j’entendais ma petite sœur discuter de l’école avec ma mère : « Mardi, il y a une journée collège désert dans mon établissement. » Alors que Xavier Darcos, le ministre de l’éducation nationale, a affirmé qu’il ne changerait pas de position sur les suppressions de postes pour des causes liées à la démographie, les établissements scolaires, eux, continuent à grogner.

Je me suis rendu mardi à Pierre Brossolette, mon ancien collège à Bondy, aujourd’hui celui de ma petite sœur. J’y ai rencontré son professeur de sport. Celui-ci m’explique les conséquences de la réforme pour la rentrée prochaine : un CPE (conseiller principale d’éducation et non contrat première embauche…) sur deux ne sera sûrement pas remplacé et une classe de 3e sera supprimée alors qu’il n’y a pas de baisse réelle du nombre des élèves.

Autres chose agaçante : les enfants qui arrivent en 6e au collège proviennent d’écoles primaires classés en ZEP (Zone d’éducation prioritaire). Mais Pierre Brossolette n’est pas un collège ZEP, ce qui crée un décalage. Une situation absurde pour le suivi des élèves. J’étais pourtant persuadé que mon ancien collège était classé en ZEP, mais non.

Il y a une dizaine d’année, lorsque j’y étais élève, je me souviens d’un mouvement de grève qui a duré au moins un mois. Tous les matins, on arrivait à l’école pour en repartir aussitôt. Les professeurs poussaient un coup de gueule contre la violence, mais à vrai dire je ne me rappelle plus très bien quelle était la motivation de notre mécontentement. Collégien, le plus important quand il y avait grève, était tout simplement d’être absent des cours. Que de souvenirs, donc, en me rendant dans mon ancien établissement.

Le collège servait de défouloir. Les élèves menaient très souvent la vie dure aux professeurs. Je me souviens d’une de mes classes, nous étions au moins une trentaine d’élèves : une vraie classe de champions ! Un peu comme dans le sketch de Jamel Debouzze, qui appelle ça « une classe avec que des derniers de la classe ». En gros, c’était fréquemment le bordel. Beaucoup rencontraient des difficultés scolaires, mais beaucoup d’autres étaient brillants.

L’ambiance qui y régnait faisait que tout le monde s’amusait. Du coup, ceux en difficultés ne pouvaient pas s’en sortir. Il y avait ceux qui participaient au chahut mais qui conservaient de bons résultats. C’était assez pervers pour les autres. Bien entendu, quelques-uns en avaient ras le bol de ce bordel quotidien. Ils essayaient de ne pas calculer les autres pour rester concentrer sur le prof, qui faisait la police. Mais certaines classes avaient des réputations bien pires…

Avec le recul, le collège est certainement la période scolaire la plus violente entre les enfants. Certes, Pierre Brossolette, ce n’est pas non plus le Bronx. Mais si cet établissement n’est pas classé en classé ZEP, à quoi peut bien ressembler un collège ZEP ?

Aujourd’hui, ils sont 23 dans la classe à ma petite sœur, c’est déjà mieux qu’à mon époque. Mais ce n’est certainement pas en supprimant une classe que les conditions de travail déjà assez difficiles vont s’améliorer. Quant à la question de la suppression d’un CPE sur deux, je ne vois vraiment pas comment un seul CPE peut tout gérer tout seul.

En tout cas, le mouvement de protestation continue à enfler et risque d’être aussi fort que celui qu’avait engendré le Contrat première embauche si Xavier Darcos couche sur sa position. Nicolas Sarkozy dans son plan Espoirs banlieue, avait promis des écoles de la deuxième chance. Est-ce le début du processus pour être sûr de les remplir ?

  
College desert
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