Il y a les diagnostics que l’actualité nous rappelle à coups de reportages, de rapports et d’études internationales. Mais quelles solutions pour en finir avec les inégalités à l’école ? Le Bondy Blog a planché sur la question et vous expose huit propositions.

En quelques semaines à peine, le système éducatif français a subi deux claques retentissantes dont l’écho a résonné un peu partout en Europe : d’abord, l’étude internationale TIMSS  a révélé le niveau déplorable en maths et en sciences de nos jeunes écoliers, particulièrement ceux des milieux défavorisés. Puis, c’est l’enquête PISA qui a mis ostensiblement le doigt, une nouvelle fois, sur les inégalités scolaires, là où c’est le plus douloureux.

Ces deux enquêtes possèdent leurs biais statistiques et culturels, créent un principe de compétition malvenu et inspirent des récupérations politiques hâtives souvent absurdes. Mais qu’importe, elles mettent en lumière une évidence que répètent chercheurs et acteurs sur le terrain depuis des décennies  :  le milieu socio-économique reste l’un des principaux facteurs qui influencent la performance des élèves en France.

Les parents d’élèves s’indignent et les experts tentent de déceler les raisons d’un tel échec. La droite, si volontaire lorsqu’il s’agit de supprimer des postes d’enseignants ou de réduire l’école à une question de voile et de cantine, accuse bêtement la gauche. La gauche, comme pour voiler sa pénurie de courage, pointe la responsabilité de la droite. Et dans ce tumulte des reproches, les propositions de solutions peinent à être entendues.

Au Bondy Blog, nous rêvons d’une école juste, forte, capable de redistribuer les positions sociales entre les générations. Nous voulons passer du constat unanime au débat concernant les moyens concrets pour renverser la tendance. Nous avons listé huit propositions simples que nous estimons capables de transformer radicalement des destinées. Elles nécessitent des moyens, et donc un courage politique comme nous n’en voyons plus.

1 – Des professeurs surnuméraires spécialisés à temps plein dans toutes les écoles primaires défavorisées

La première mesure que nous proposons est la plus accessible car elle est plus ou moins déjà en place et ne demande qu’à être développée. Les RASED (Réseau d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté) existent depuis 1990. Leur mission : fournir des aides spécialisées à des élèves en difficulté dans les écoles primaires en les prenant à part, dans leurs propres classes ou à côté. Les maîtres E sont chargés des aides à dominante pédagogique tandis que les maîtres G prennent en charge les aides réeducatives. Même avec une réglementation absurde qui leur laissait trop peu de temps devant les élèves, les RASED avaient montré leur efficacité avant que Nicolas Sarkozy n’en réduise brutalement les effectifs durant son mandat.
Depuis 2012, leur nombre est stabilisé mais il reste extrêmement insuffisant. Avec un enseignant RASED à temps plein dans chaque établissement qui serait soulagé des tâches administratives, les professeurs des écoles disposeraient d’une arme redoutable pour lutter contre les difficultés scolaires dès leurs prémices.

2 – Un psychologue scolaire à temps plein dans tous les établissements défavorisés

On sait depuis Aristote que le désir d’apprendre est naturel. Mais on sait aussi que quand les pensées obscures encombrent l’esprit, accumuler des connaissances, lire, ou même se concentrer devant un film exigeant demandent un détachement de soi qui relève de l’art martial.
Du fait de leur environnement social, les élèves issus des milieux défavorisés traînent bien souvent derrière eux un charriot de problèmes dont ils n’arrivent pas à se défaire. Pour toutes ces matinées ou un mal être les accompagne, une heure passée devant un psychologue est plus efficace qu’une dizaine au sein d’une classe.
Ces professionnels peuvent, par ailleurs, déceler et traiter au plus tôt les troubles du comportement ou de conduite qui perturbent gravement la socialisation et l’accès aux apprentissages.

3 – Des assistants d’éducation dans les écoles primaires

La Finlande brille par les performances moyennes de ses élèves, mais pas seulement. C’est surtout le pays où l’impact des conditions socio-économiques est le mieux corrigé.
Il y aurait beaucoup à plagier sur la copie rendue par les Finlandais. Une disposition est particulièrement intéressante  : la présence d’assistants d’éducation, en nombre conséquent dans chaque école. Ils peuvent s’occuper de petits groupes d’élèves dans la classe, les emmener en salle informatique ou au CDI.
Ce personnel existe en France. Ce sont ceux qu’on appelle communément les « surveillants ». Ils n’existent qu’à partir du collège et bien souvent, on ne leur donne que des missions de surveillance à coups de contrats précaires. L’exemple finlandais nous montre que réévaluer leur importance et leur ouvrir les portes de l’école élémentaire donne des résultats.

4 – Réduire considérablement les effectifs par classe

Sur la base d’une étude de la scolarité des élèves entrés en CP en 1997, Thomas Piketty a prouvé en 2004 l’impact très positif de la réduction des effectifs sur la réussite scolaire. D’autant plus quand les élèves concernés sont issus de milieux défavorisés. Un rapport de l’OCDE sur l’organisation scolaire montre que la France est l’un des pays d’Europe qui comptent le plus d’élèves par classe. Pour y remédier, l’équation est simple  : il faut recruter davantage de professeurs.

5 – Que les inégalités soient au centre de la formation dans les ESPE

Ils se disent souvent surpris, les nouveaux enseignants qui découvrent le métier en milieu défavorisé. Mais homme surpris est à moitié pris comme dit le proverbe. Les ESPE doivent former leurs étudiants comme s’ils allaient exercer en REP+ (Réseaux d’Éducation Prioritaire) durant toute leur carrière. Le recrutement des formateurs doit être fait dans ce sens, les unités d’enseignement et les stages à effectuer doivent être dirigés vers la lutte contre les inégalités scolaires.  Et dans cette optique, on ne peut faire l’économie d’inviter la sociologie, la psychologie de l’enfance et les sciences politiques dans la formation. Par ailleurs, aujourd’hui, un étudiant qui souhaite devenir enseignant ne débute sa formation qu’après la licence car il n’existe aucun débouché post-bac qui prépare directement au métier d’enseignant, comme si le métier de professeur n’était pas une vocation mais une voie de réconfort. Une licence des métiers de l’enseignement doit être créée.

6 – Institutionnaliser le lien entre l’école et les éducateurs de rue

Toutes les études et la recherche convergent pour signaler que des liens riches, resserrés, durables avec les parents contribuent à la meilleure réussite de leurs enfants. Mais dans certains quartiers, les éducateurs de rue possèdent des liens forts avec les élèves et établissent des relations de confiance dont dispose rarement l’enseignant. Ces agents de la fonction publique territoriale connaissent les familles et peuvent façonner, réparer ou sinon compenser le contact entre l’école et l’environnement extérieur de l’élève. Les inviter dans les établissements et institutionnaliser le lien avec eux, avec des heures consacrées et rémunérées, ne peut offrir que de bons résultats.

7 – Des centres sociaux plus nombreux et mieux financés

Crées à l’origine pour permettre l’intégration de la classe ouvrière dans le milieu urbain, ces centres rassemblent aujourd’hui des oreilles attentives pour écouter les problèmes des habitants et des mains fortes pour tenter d’y remédier. Les plus âgés aident des plus jeunes à faire leurs devoirs tandis que des interventions sociales contribuent à la vie des quartiers. Mais ces établissements sont menacés de fermeture dans certaines municipalités notamment celle dirigées par le Front national tant leurs subventions ont été drastiquement revues à la baisse. Si au contraire, nous leur accordions plus de moyens, ils pourraient représenter un véritable lieu supplémentaire d’accès à l’éducation comme les enfants des quartiers en manquent cruellement.

8 – Des médiathèques attractives dans les quartiers

On s’en doutait, mais selon une étude de l’Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV), la démocratisation culturelle voulue par André Malraux n’est toujours qu’un rêve. Un chiffre est particulièrement parlant : 19% des enfants qui fréquentent une école REP déclarent n’avoir aucun livre à la maison. Or, on sait que l’accès à la culture offre une passerelle évidente vers la réussite scolaire.
A Sarcelles, en 2015, l’association Bibliothèques Sans Frontières (BSF) a tenté le pari d’emmener la culture au cœur des quartiers populaires : près de 700 enfants ont été séduits par la médiathèque en kit construite par le créateur Philippe Starck. Développer de telles actions de façon durable, à l’échelle nationale, avec du personnel dédié, permettrait sans doute de compenser les inégalités d’accès à la culture.

Pour ne délaisser aucun enfant, se tenir loin des politiques du chiffre

Dès le début du siècle, les Etats-Unis ont réalisé la nécessité de  relever  le défi de l’iniquité scolaire et George W. Bush vote alors une loi dont l’appellation laisse rêveur : No Child Left Behind (NCLB). Dans les faits, c’est sans doute ce qu’il pouvait arriver de pire aux écoles des milieux défavorisés puisque la loi consistait à sanctionner financièrement les établissements dont les élèves ne réussissaient pas suffisamment à des tests standardisés. L’éducation ne doit obéir à aucune espèce de logique de profit, de rentabilité ou d’austérité. La lutte contre les inégalités scolaires est une question de moyens autant que de volonté.

« Les hommes naissent égaux. Dès le lendemain, ils ne le sont plus », disait Jules Renard. L’école est justement ce qui doit permettre qu’ils le demeurent. A défaut de nous reproduire les  méthodes américaines absurdes, nous ferions bien de nous inspirer de leur ambition initiale  : voter une loi révolutionnaire qui nous donnerait les moyens de ne plus laisser aucun enfant sur le bord de la route. Il en va de cet idéal Républicain dont beaucoup se réclament. C’est dans l’école qu’il doit en priorité s’illustrer.

Rachid ZERROUKI

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