Beaucoup de mots auraient pu être élus « mots de l’année », mais s’il y en a un qui m’a particulièrement concerné, c’est bien le blocus. Je pense évidemment aux blocus dans les lycées suite à la réforme des retraites, en octobre dernier. Si ce mot me vient subitement à l’esprit c’est sûrement parce que j’étais en plein dedans. « Blokus », c’est ainsi que les lycéens l’écrivaient partout, sur les banderoles, les murs, les tracts, tout y passait. Au début c’était cool. A l’heure où commençaient nos cours, avec quelques camarades nous allions vérifier si le lycée était bloqué. S’il y avait moyen de rentrer, nous allions en cours. Mais si c’était bloqué, on refaisait le chemin inverse pour rentrer chez nous, au chaud parce que c’était la période où faire le pied de grue dehors pouvait s’avérer dangereux car il commençait à faire sérieusement froid.

Je me souviens très bien d’un jeudi à 7h50. Une dizaine de lycéens baraqués bloquent la grille. On avait décidé d’attendre pour voir si la situation se débloquerait. Erreur ! Ça allait en s’empirant : de plus en plus de monde s’amassait devant les grilles pour aller en cours. Eh oui les cours de 8h30, 9 heures, 9h30… arrivaient à grands pas et restaient bloqués tout comme nous. C’était un de ces matins d’octobre où les poubelles brûlent, des banderoles sont accrochées et des cris de guerres sont lancés. Et le tout décliné en rime avec le mot « blocus ». Je considère que blocus est un synonyme de blocage. Même si je sais que mon professeur de français ne serait peut-être pas complètement d’accord avec moi, il faut se rendre à l’évidence : on bloque un lycée, on bloque une usine, on bloque une route, on bloque un aéroport …

Mais plus récemment, ce mot ne vous certainement pas échappé. Souvenez-vous, en décembre une grande vague de neige et de froid s’abat sur la France et là encore, les gens sont « bloqués » dans leurs voitures, sur leur lieu de travail, dans les aéroports, les gares et même chez eux. Après être rentré chez soi, à l’abri du froid, on allume sa télé, c’est l’heure du journal télévisé. Alors que le mot blocus nous soit sorti de l’esprit, un reportage sur France 2 annonce qu’une majorité des jeunes issus de banlieue aurait davantage de mal à trouver un emploi fixe en raison de leurs origines. Comme quoi le mot blocus, finit par nous rattraper, même de manière détournée.

Sarah Ichou

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