Fait nouveau dans  la grève des enseignants du public : le privé est entré dans le mouvement. Mardi 27 septembre, ils étaient plus de 165 000 à manifester dans toute la France, dont 45 000 à Paris, selon une première estimation de la FSU et de l’UNSA-Éducation. Tous ont la même revendication : halte aux suppressions d’emplois qui se multiplient, comme les 16 000 prévues pour la rentrée prochaine. Dans le même temps, le nombre d’élèves par classe grossi.

Je me suis rendue à la manifestation qui s’est déroulée à Paris partant du jardin du Luxembourg. En attendant le RER, je croise du personnel du lycée professionnel Alfred Costes, à Bobigny. Il s’agit d’anciens collègues. De l’époque où j’étais surveillante. Béatrice est agent de service et se trouve là pour soutenir les professeurs et dénoncer les suppressions de poste causées parce qu’ « ils regroupent tous les élèves dans une même salle. Aujourd’hui ils en ont 25 et c’est déjà beaucoup mais ils en prévoient 35 pour la prochaine rentrée et il faut savoir les gérer » précise-t-elle. Pour elle, la situation de l’éducation nationale en Seine-Saint-Denis, « est partout pareille. » « Pour les profs, quand il y a vraiment trop d’élèves, y en a qui pètent un câble » poursuit-elle. Nos chemins se séparent à Saint-Michel, autre point de ralliement de la manifestation.

L’ambiance est festive à Luxembourg. Enseignants, enfants, parents et même grands-parents sont là pour défendre l’éducation d’aujourd’hui et de demain. Une jeune femme attire mon attention quelques mètres plus loin. Debout toute droite sur le côté, des inscriptions inscrites sur son visage : « Knowledge », « savoir » en anglais.

Prof d’anglais dans le 17e et le 16e à Paris, elle fait partie de ces enseignants du privé qui ont choisi de se joindre aux revendications du public. Elle souligne que c’est la première fois que les syndicats du privé appellent à la grève depuis 1984. « C’est très important qu’on soit là aujourd’hui pour défendre public et privé, ce métier qu’on aime. On fait ça pour nos élèves, pour qu’ils ne soient pas entassés à 38 par classe. Leur avenir mérite mieux que ça et nos emplois aussi. » dit-elle. Les cours de langues peuvent aller en effet jusqu’à 38 élèves par classe dans l’un des établissements où elle enseigne, « moi j’en ai 34 dans ma classe, alors je ne sais pas, c’est une expérience nouvelle » ironise-t-elle. Pourquoi le privé n’arrive-t-il qu’aujourd’hui dans la grève ? « Cela ne nous a pas empêché de manifester avant mais là il y a un appel des syndicats privés et on répond à leur appel aussi. Je pense qu’il faut qu’on arrive vraiment à zéro suppression de postes pour 2012 que ce soit dans le public ou le privé. Aujourd’hui il n’y a pas de clivage, on manifeste vraiment de façon anonyme. » Elle ajoute que « les enfants de Luc Châtel sont scolarisés dans l’établissement où j’enseigne, dans le 16e arrondissement, et c’est un désaveu que le ministre de l’Éducation lui-même place ses enfants dans le privé. S’il croyait vraiment à ses réformes, ce ne serait pas le cas ! »

Une autre enseignante, professeur des écoles dans le public est venue dénoncer « la dégradation de tout le système éducatif qui ne fait que s’amplifier, les suppressions de postes, y compris les postes de soutien, des psychologues. On manque de moyens personnels et de structures, d’organisation. Les jeunes professeurs ne sont pas assez soutenus. Ils sont lâchés sur le terrain dans des conditions qui font qu’ils ont une perte d’autorité par rapport aux élèves, une difficulté de mettre en place des cours, et donc la dégradation s’accélère. »

Les enseignants ne sont pas les seuls à s’inquiéter du sort de l’éducation des élèves. Notamment cette grand-mère qui fêtera bientôt ses 70 ans. Henriette, tout de rouge vêtue ne passe pas inaperçue avec sa pancarte où l’on peut lire « Sarkozy, sAIgneur du peuple ». Elle qui a « côtisé pendant 46 ans » s’inquiète aujourd’hui de l’avenir de ses petits enfants. « C’est dramatique ce qui se passe,  je suis attachée à l’école publique. J’ai entendu ce matin notre président, parce que c’est malheureusement aussi mon président, qui critiquait les manifestants d’aujourd’hui. Qu’il allait dans les usines, car c’était là de vrais travailleurs. Et que les enseignants ne doivent pas craindre pour leur poste, alors qu’il en supprime 6 000 tous les ans. Je suis révoltée. »

Professeurs, public, privé, parents, des jeunes comme des moins jeunes, enfants, révoltés, indignés, tous semblent se rassembler pour la même cause : celle de l’avenir de l’éducation qui va être laissée aux générations futures.

Chahira Bakhtaoui.

Voir la vidéo de Chahira Bakhtaoui :

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