En repensant à ma dernière année de collège – oui, je suis déjà nostalgique – j’ai le sourire aux lèvres. Que de bons souvenirs : l’esprit d’équipe lors d’une interro surprise, le trafic de malabars et les disputes entre Anissa et Amélie… La belle époque ! Je me rappelle  que beaucoup de mes amis parlaient l’arabe. Enfin, des bribes d’arabe. Et pas l’arabe littéraire, mais celui qu’on pourrait qualifier « de rue ». Ces camarades-là n’avaient pourtant pas d’origines maghrébines. Je repense à Sugernan, Luis, Killian, Laurie et Sephora.

Quelques mots par-ci par-là, parce qu’ils n’étaient pas prêts à faire de longs discours. Dans une discussion il était normal d’entendre un « hmar » (âne en arabe), « wallah » (je te jure) et « bsartek » (félicitations ou bravo)… Des expressions courantes, si je puis dire. Qui, dans le monde adulte, n’a pas déjà entendu à la machine à café Jean-Pierre ou Mariama dire : « Ça te dit un petit cahroi (café) » ou « choukran (merci) » ou encore, « nous irons à Marseille pour les prochaines vacances, inchallah (si Dieu le veut). »

Les copains ne prenaient pas de cours. Pas besoins. Ce vocabulaire rudimentaire, ils l’avaient assimilé au contact de leurs camarades ayant des origines maghrébines – eh oui, l’esprit d’équipe, ça marchait dans tous les sens. Ces derniers jouaient en quelques sortes les « profs ». Les « apprentis », quant à eux, ne se contentaient que de les imiter, ils posaient des questions : « Comment on dit… ? », dans un esprit bon enfant.

Un jour, en cours d’anglais, alors que nous étions peu nombreux (en raison d’un tournoi), la prof, elle-même d’origine kabyle, a accepté, à la demande d’un élève, de faire son cours en deux langues : arabe et anglais. Ainsi, durant l’appel, les prénoms arabes étaient prononcés avec l’accent arabe. Sugernan nous avait fait une démonstration de ses capacités de chanteur en nous interprétant un morceau de raï… Le cours se terminera par un « good bye and beslama (salut et va en paix) ».

Personne n’a loupé la polémique suite aux propos de Florent Pagny sur Chérie FM : « Un jour ton môme il rentre à la maison et se met à parler rebeu. C’est pas possible (…) Le verlan encore, tout va bien, mais là il n’y a pas de raison. » C’est pourquoi, explique-t-il, il a choisi de vivre avec sa petite famille à Miami, pour que le « rebeu » reste éloigné des oreilles de ses enfants. Le chanteur pensait certainement au langage wesh-zyva, et non à la langue arabe proprement dite. Enfin, je suppose.

Il faut que je vous explique : dans ma classe en 3e, c’était verlan ET arabe. Désolée, Florent, complètement à l’ouest, nous, c’est ça ? « L’arabe, c’est la langue du futur pour le métier de journaliste, vous verrez dans quelques années… », nous avait dit Michel Moutot, journaliste à l’AFP, il y a deux ans lors d’une séance de l’Ecole du blog. J’ai plutôt tendance à le croire…

Sarah Ichou

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