Les étudiants algériens de Seine-Saint-Denis ont manifesté ce jeudi après-midi devant la préfecture de Bobigny. Leur principale revendication : obtenir des explications concernant les refus de changement de statut et les Obligations de quitter le territoire français (OQTF) qu’ils reçoivent depuis plusieurs mois.

Des banderoles sous les flocons. Ils étaient une petite centaine d’étudiants à avoir bravé le froid pour montrer leur solidarité avec leur camarades algériens, dont le changement de statut « d’étudiant » à « salarié » ou « commerçant » est systématiquement rejeté depuis le mois de novembre. Contactée à plusieurs reprises, la préfecture du 93 n’a jamais fourni d’explications claires et l’Union des étudiants algériens de France (UEAF) a décidé de passer à l’action.

Dans la situation la plus favorable, les étudiants qui sollicitaient un changement de statut se sont vus refuser de prendre rendez-vous pour lancer les démarches. Dans le pire des cas, certains ont reçu des Obligations de quitter le territoire français (OQTF) d’un délai d’un mois. Malgré l’engagement d’une procédure judiciaire qui gèle l’application de cette mesure, ces derniers vivent dans l’appréhension permanente et aucun n’a osé venir manifester jeudi après-midi.

Une situation d’autant plus embarrassante qu’elle ne concerne que le 93* et qu’elle s’est déclenchée soudainement, sans aucune modification des textes qui leur permettaient jusque-là de bénéficier d’un changement de statut quasi-automatique. Une possibilité qui résulterait cependant davantage d’une acceptation de fait, les accords franco-algériens de 1968 ne garantissant pas explicitement ce droit. Sur cette vidéo, Boualem Kachi, juriste spécialisé dans le statut juridique des Algériens de France, souligne l’ambiguïté du texte :

httpv://www.youtube.com/watch?v=lmi1z1gJDh8&feature=youtu.be

« Aucune circulaire officielle n’a néanmoins été mise en avant par les préfectures pour justifier leur position. On ne sait donc pas quel est le fondement juridique de cette mesure d’exception », complète M.Kachi.

Le flou entretenu autour de cette décision n’est pourtant pas dénué de conséquences. A défaut de titre de séjour de travail valable, Yakoub Chikhi a dû par exemple décliner le contrat qu’il venait de décrocher dans un grand cabinet de conseil. A 27 ans, ce jeune diplômé a été contraint de reprendre une formation pour pouvoir rester sur le sol français. Pour lui, commencer sa carrière professionnelle en France est incontournable pour qui veut valider ses acquis universitaires :

Même si aujourd’hui seulement quelques dizaines d’individus n’ont pas obtenu leur changement de statut, à terme c’est l’ensemble des 2 000 étudiants algériens de Seine-Saint-Denis -voire des quelques 20 000 en France- qui sont concernés. Après le choc, un sentiment d’injustice et d’incrédulité prédomine. « On voit bien que le marché de l’emploi est en crise avec 3,5 millions de chômeurs, mais je suis convaincu que des profils qualifiés comme les nôtres sont également recherchés », conclut Aghiles Aït Mammar, représentant de l’UEAF à Paris-VIII.

Thibault Bluy

*un premier cas a été enregistré à Paris ces derniers jours.

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