« Quand on voyage, le monde devient plus petit alors il fait moins peur » chante Youssoupha, le lyriciste Bantou dans son dernier album. Au lycée Paul Eluard, cela fait près d’une décennie que l’on prend acte de ce principe, pour le plus grand plaisir des élèves. Lors des neuf dernières années, huit classes de premières ES ont pu jouer les globes-trotters dans le cadre de voyages scolaires autrement plus exotiques qu’une sortie-journée à Palavas les flots. Les destinations font rêver : Irlande, Etats Unis, Afrique du Sud, Guatemala, Inde, Brésil, Madagascar et Nouvelle Calédonie… Un bonheur pour ceux qui en ont profité.
À l’origine de cela, Jean Pierre Aurieres, professeur d’histoire géographie à Paul Eluard depuis 25 ans, et Martin Cayrel qui lui enseigne l’anglais et a travaillé dans cet établissement de 2004 à 2010. Lorsque le premier passe derrière le micro, il est accueilli en rockstar. La salle est debout, et on entend même salle une élève déclarer « ah, voilà le plus beau ! ». En présence de Mathieu Hanotin, député de la 2ème circonscription de Seine-Saint-Denis, qui tape dans sa réserve parlementaire pour soutenir ces voyages et devant certains mécènes, il peine à cacher son émotion.
Ce quinqua souriant, à l’accent chantant du sud, prend quelques instants pour expliquer : « après les émeutes de 2005, je me suis demandé : que peut-on faire d’original pour les élèves de banlieue ? ». L’idée des voyages vient rapidement sur le tapis, « pour apprendre le vivre ensemble ». « Le premier séjour a lieu en Irlande, pour travailler sur la paix entre les catholiques et les protestants ». Démarche pédagogique oblige, ils mettent en place un petit blog. « Quand on a vu l’effet sur les élèves, on a voulu continuer ». Depuis, le modèle perdure, et il est possible de suivre les aventures des jeunes sur le blog de l’association « Au bout de la route ». Ces derniers s’en souviennent, même plusieurs années après.
Des avis unanimes
Jessica Da Silva, 23 ans, suit aujourd’hui un master dans le domaine des transports et de la logistique, et se rappelle avec plaisir du voyage en Afrique du Sud effectué en première. « On a balayé le pays du nord au sud, on a pu voir le big five ». Son ancienne camarade, Hawa Doucouré, 24 ans confirme. Elle qui étudie actuellement les LLCE (Langue, Littérature et Civilisations Etrangères) à Diderot, a préféré l’humain : « c’est surtout le contact avec les gens qui m’a touchée. En France, chacun vit sa vie de son côté, mais là bas, les gens sont super ouverts ! ». De là à y voir les prémisses de sa vocation pour l’étude des civilisations…
Mêmes réactions chez les autres voyageurs. Pour Mohamed Azi, 19 printemps, étudiant en STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives) à Bobigny et boxeur Thaï à ses heures perdues, la visite de Madagascar fut riche en émotions. « C’était inoubliable. Les gens sont accueillants, malgré la précarité. Ils sont pauvres matériellement, mais riches du cœur ! ». Le timide Souleymane Niangane, quand à lui, élève en terminale à Paul Eluard, a pu fouler l’an dernier le sol Calédonien. C’est le « séjour en tribu » qui l’a le plus marqué, et « l’accueil avec les chants ». « Lorsque les anciens ont pris la parole, j’étais très ému », raconte-t-il.
« De telles histoires, 184 élèves peuvent en raconter », selon Jean Pierre Aurieres. Malgré les aides de mécènes comme Olivier Pelat, le président d’Européquipement, présent pour cette réunion et acclamé chaleureusement, le voyage n’est pas gratuit. « Il coûte 300 euros pour les familles, et les entreprises privées qui nous soutiennent complètent. Il est possible d’échelonner le paiement, et nous avons quelquefois mis en place un fond social au sein du lycée ». Le professeur assure : « aucun élève n’est pas parti pour raisons financières ».
Comme il aime à le dire, voyager permet de vivre « des moments qui valent des dizaines d’heure d’éducation civique ». Peut-être que finalement, c’est cela apprendre la citoyenneté.
Mathieu BLARD

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