L’alcool au lycée, c’est la mode du moment. Dans les cartables ? Une trousse, quelques feuilles de papier pour donner le change, sa carte de lycéen, sinon l’entrée dans l’établissement est interdite. Et puis, mêlés aux fournitures scolaires, une bouteille de Smirnoff ou de Jack Daniels, nommé aussi le petit « bébé ». Se balader avec son shoot d’alcool, il n’y a pas plus cool. Certains jeunes trouvent drôle de voir leurs camarades ivres, déambuler dans les couloirs en se rendant à leur cours de français. J’ai assisté à l’une des ces scènes.

Deux de mes camarades de seconde débarquent assez pompettes en classe. Ils s’assoient au premier rang et rigolent à gorge déployée sans raison particulière. Je me dis qu’ils se chuchotent des blagues à l’oreille, jusqu’à ce que l’un d’eux envoie à la face du professeur : « Ta gueule, le moustachu ! » Choqué, ce dernier rétorque : « Dégage de mon cours ! T’es viré ! » A peine la porte s’ouvre, qu’une flaque géante de Rosé s’étale au sol ! Tout droit sortie de l’estomac du viré. Beurk… J’ai l’impression d’être au rayon « alcools » d’Attac, le supermarché du coin, où des ivrognes complètement saouls font tomber sur le carrelage la bouteille dont ils viennent de se saisir.

Ce jeune est donc venu ivre mort en cours et a régurgité la demi-bouteille de rosé et le flacon de rhum 50 degrés qu’il avait avalés en guise de repas de midi. C’est paraît-il la faute de sa mère : elle n’avait rien laissé à manger pour son fiston… Alors, rongé par la faim, il s’est dirigé vers le minibar du salon. Résultat ? Trois jours d’exclusion du lycée ! Son camarade était un peu moins ivre, mais à la récréation, il s’est éclipsé en douce de l’établissement pour revenir sobre le lendemain matin, sans se souvenir de ce qui s’était passé la veille. Il a peut-être rencontré des Men in Black sur sa route, avec leur petit laser magique qui effacent la mémoire. Mais quelque jour plu tard, tout lui est revenu à l’esprit. Il avait honte.

Le constat que je fais, d’autres l’ont fait aussi : l’« apprentissage » de l’alcool est de plus en plus précoce chez les jeunes, la consommation régulière augmente et l’ivresse se banalise. Chaque année, les ados paient un lourd tribut à leur passion. Accidents de la route, comportements violents, rapports sexuels non protégés, échec scolaire sont bien souvent la conséquence d’un verre de trop. A moins que le verre de trop ne soit chez certains la conséquence d’un profond malaise.

J’ai 18 ans et je n’ai jamais éprouvé l’envie de boire de l’alcool. Non pour une question religieuse, mais tout simplement parce que l’odeur ne m’attire pas. Ne buvant pas, on m’a fait des blagues un peu nulles. Le jour de l’An, on a versé de la Vodka dans la bouteille d’Oasis et je me suis fait avoir. Toute la nuit, je me suis fait insulter de « bouffonne » parce que je ne voulais pas boire. Désolée, mais je préfère un bon jus de raisin à un verre de vin. Ou le jus de pomme au cidre. Et toc !

Inès El laboudy

Inès El laboudy

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