Ils veulent créer une télévision locale: Mohamed Bakhtaoui, Bangaly Fofana (président de l’association), Fatmata Soukouna, Julie Nautet, Abdou Youcef, Mohamend Moghrani (de g. à dr.), Michael Charles et Lazare Petit (en bas), dans les bureaux de la société Abeille Trans, leur lieu de réunion provisoire.

D’entrée, le président de l’association audiovisuelle créée il y a six mois par des jeunes de Bondy avertit: «Nous sommes un peu fâchés avec les médias français; dans les banlieues, il n’y a pas que des mecs qui ne savent pas parler et des voitures qui brûlent.» Lui-même prépare un master en publicité, a adopté le look étudiant-chic et parle un langage choisi. « Nous avons dans notre association des personnes qui sont dans les deux mondes, poursuit-il. Nous pourrions être une sorte de pont qui les relie. »

Chaque membre de l’association a une spécialité: l’un écrit des scénarios, l’autre filme, le troisième est un as du photomontage; celui-ci est étudiant-réalisateur et celui-là autodidacte. Avant, expliquent-ils, chacun faisait les choses dans son coin, mais ils ont décidé de mettre leurs passions en commun dans le but de monter, à terme, une télévision locale. «Avant les émeutes», soulignent-ils.

Ils savent que cet objectif est ambitieux et se donnent deux ou trois ans pour y parvenir, peut-être davantage. La banlieue a besoin de cela, car les médias sont généralement dans la caricature lorsqu’ils parlent des banlieues. «Il y a même une chaîne américaine, assurent-ils, qui a triché pour faire des images.» On raconte que la chaîne en question a payé des jeunes de la cité de Delattre pour qu’ils mettent des cagoules et se postent derrière les voitures en flammes pour faire croire qu’ils étaient à l’origine de l’incendie, alors que leurs vrais auteurs avaient déguerpi, depuis des plombes. C’était sur la Nationale 3, entre Bondy-Nord et Bondy-Sud.

Selon eux, de nombreux médias français ne cherchent qu’à conforter les clichés et il serait fréquent qu’un jeune des cité qui parlerait trop bien soit coupé au montage. Cette incompréhension est malsaine. «Quand nous avons créé l’association, le 13 août 2005, nous disions ne pas avoir le temps d’attendre, mais là, on est l’urgence!», s’enflamme Bangaly Fofana. De fait, ils se réunissent toujours des locaux provisoires: ceux de l’entreprise de transport Abeille Trans, située à Bondy-Sud, alors que la plupart viennent de Bondy-Nord.

Leur premier projet sera un documentaire consacré au monde des SDF. Ils ont également discuté avec le maire, qui leur a promis qu’il pourraient filmer des événements organisés par ses services et il les soutiendrait, au lieu de mandater des entreprises privées.

– En quoi les médias traditionnels ne répondent-ils pas à vos attentes?

– Il vaudrait mieux nous demander en quoi ils répondent à nos attentes, rétorque le président de l’association.

– Très bien, alors allons-y.

Tous me regardent comme si j’étais un extraterrestre. «C’est simple: rien», conclut Bangaly Fofana.

Par Titus Plattner

Titus Plattner

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