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Si un jour je devais me faire insulter de « sale Français », cela aurait moins d’impact sur moi que de me faire traiter de « sale Chinois ». Dans mon esprit, en effet, le Français, de par son histoire, est de culture chrétienne et de type caucasien. Alors que moi, le « Chinois » qui vit en France, je suis, par mes origines, de culture bouddhiste et de type mongoloïde. Un Norvégien, « grand, blond aux yeux bleus », aura beau grandir au Japon, y vivre et l’aimer toute sa vie, il s’apercevra qu’il n’est pas à proprement parler nippon. Et pourtant, avec ou sans la nationalité japonaise, cela ne l’empêchera pas de se fondre dans la masse. Eh bien moi je me sens en France comme ce Norvégien au Japon.

Il existe pourtant des personnes qui, bien qu’ayant la nationalité française et vécu sur sol français, renient la France. Dommage. Je connais par exemple de gens qui, entre eux, disent : « Cambodge en force, c’est mon bled, la France c’est pourri ! » Mais dès lors qu’ils auront un souci avec un « Blanc », ils diront : « Non je suis un Français comme vous. » J’en vois beaucoup qui ne se gênent pas pour cracher sur la France. Mais comme d’habitude, selon les circonstances, ils sortiront leur carte d’identité pour prouver qu’ils sont « français ». Marrant, ce changement de casquette. Crise d’identité, hypocrisie, immaturité ? Chacun ses raisons.

Pour ma part, je sais d’où je viens, cela se voit dans certains traits de mon caractère mais surtout sur mon visage. Je sais aussi où j’ai grandi, en France. Ce pays a accueilli mes parents, qui ont survécu au génocide des Khmers rouges, au Cambodge, et je ne me plains pas d’avoir atterri ici. Quand je vais à l’étranger je suis fier de dire « I am from France ». C’est classe et ça te rend plus intéressant auprès des gens. Même si parfois on me rétorque : « Mais pourtant t’as pas une tête de Français… » Ce n’est pas grave, I am French ! Une fois de retour en France, au pays, je me sens comme un poisson dans l’eau. J’y ai mes habitudes, mes amis.

En ces temps de crise, et c’est préoccupant, on classe les habitants de France en « Français » et « étrangers ». On distingue même les Français de « souche » et ceux de « papiers ». Et c’est là que je bloque, je ne me retrouve dans aucun de ces deux choix. J’ai conscience que je ne suis pas un Français dit « de souche », mais je refuse d’être automatiquement rangé dans la catégorie « Français de papiers ».

Je suis avant tout un Français de « cœur ». Oui de cœur, ce troisième choix qui devrait exister dans l’opinion publique. Nous sommes beaucoup, descendants de Polonais, de Tunisiens, de Congolais ou de Vietnamiens, à nous reconnaître dans cette forme d’appartenance. Nous sommes beaucoup à aimer notre patrie d’origine comme un père et notre patrie de cœur comme une mère. Il y a ceux aussi, qui sont métissés, ils n’ont pas demandé à naître « mélangés », pourtant ils se sentent légitimement français.

Etre français de cœur, pour moi, ne signifie pas oublier ses racines, au contraire, c’est les garder tout en étant respectueux de la terre et du peuple qui vous accueillent. Je ne vous parle pas d’être aliéné ou déraciné. Je vous parle juste d’aimer.

Prosith Kong

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