Vendredi soir, place de la mairie de Bagnolet (93), deuxième mi-temps du match France-Uruguay. Une voiture de police stationne sur les clous devant la boulangerie. Une demi-douzaine de gardiens de la paix est réunie. On ne saurait dire s’ils sont venus pour regarder le match ou pour assurer le calme. Les deux sûrement. La place de la mairie est peu animée, ça ronronne en ce début de weekend, un peu à l’image du match de l’équipe de France dans cette entame de mondial sud-africain.

Foule clairsemée, ambiance familiale, détendue. Des enfants courent enveloppés qui dans le drapeau de l’Algérie, qui dans le maillot de l’équipe de France, du Brésil ou de l’Argentine, et jouent au ballon ou à chat ; les fillettes ne sont pas en reste. Chez les adultes, les sportifs de fauteuil en jogging claquettes-chaussettes côtoient ceux qui sortent du boulot et les non-footeux attirés par la lumière.

Les yeux des papas ne quittent pas l’écran géant installé spécialement pour l’événement, les mamans discutent, surveillent les enfants et jettent un coup d’œil de temps en temps à l’écran, avec un commentaire sur les joueurs : « Il est mignon celui-là avec ses yeux clairs et son teint mat ! » Certains ont apporté leurs chaises, d’autres s’assoient sur des bancs, des grilles, des poubelles, comme cette douzaine de personnes. Seine-Saint-Denis style oblige !

L’entrée de Thierry Henry est saluée par des cris enthousiastes, tout comme celle de Malouda. Un petit qui passe en courant approuve d’un « sheh ! » (bien fait !) carton rouge adressé par l’arbitre japonais à l’Uruguayen Lodeiro. Mais même à 11 contre 10, avec des corners et des coups francs, de belles actions offensives, les buts (un seul suffirait au point où nous en sommes) ne sont pas au rendez-vous.

Durant les dix dernières minutes, les spectateurs de la place de la Mairie trépignent, des voix graves résonnent quand le ballon se rapproche de but de la Céleste. Et à chaque fois, des râles de déception. Des enfants se tassent au plus près de l’écran, sautent au rythme de « Allez les bleus, allez les bleus ». Ils pensent qu’il va se passer quelque chose. Mais ces jeunes supporters, avec les couleurs de la France peintes sur les joues, repartiront déçus. 0-0.

Personne ne traîne pour refaire le match. On s’attendait au pire compte tenu des derniers exploits de l’équipe de France. Maigre consolation. La foule se disperse tranquillement d’autant que de grosses gouttes de pluie frappent l’asphalte. Un petit demande à son père : « C’est quand le prochain match ? » Qui lui répond : « France-Mexique, c’est jeudi prochain à 20h30, on reviendra si tu veux. »

Juliette Joachim

Juliette Joachim

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