Le boxeur Franco-Camerounais Hassan N’dam a été défait aux points par le guerrier Québécois David Lemieux à Montréal dans la nuit du 20 au 21 juin pour le Championnat du monde IBF des poids moyens (-72,5 kg). Les juges ont rendu une décision unanime et méritée. Un combat dans lequel le courageux tricolore a été quatre fois au tapis.
Le noble art aime les oppositions de style. Il a été servi cette nuit, au centre Bell, sous les yeux des légendes Oscar de La Hoya et Bernard Hopkins. L’élégance de l’ex-champion du monde WBA et WBO des poids moyens « el fenomeno » Hassan N’dam N’jikam (31 victoires – 2 défaites et 18 Ko’s) faisait face à la puissance destructrice du jeune puncheur David Lemieux (34 victoires – 2 défaites et 31 Ko’s), 26 ans, dans un combat qui a fait des étincelles. Pas de round d’observation entre les adversaires. Dès que le gong retentit, Lemieux joue franc jeu et met carte sur table. Il se jette sur son opposant. Ce dernier bouge bien et contre avec intelligence. Sa vista et son coup d’œil le rendent difficile à cadrer.
Cela ne dure qu’un round. Dès la seconde reprise, l’agressivité du Québécois qui boxe en marche avant fait mouche. Un énorme crochet du gauche envoie N’dam au tapis. Le Franco-Camerounais se relève avant que l’arbitre ne compte dix mais semble ébranlé. Il survit sous une pluie de coups jusqu’à la sonnerie. Dans les deux reprises suivantes, il se refait grâce à son jeu de jambes et parvient à toucher en contre. Malgré tout le Québécois qui ne semble pas savoir reculer domine et continue son travail de sape au corps et à la tête. Dans la cinquième reprise, alors qu’« el fenomeno » semblait avoir récupéré, il se fait de nouveau cueillir par le crochet gauche dévastateur de David Lemieux.
Deux fois dans les trois minutes, il finit au sol et compté par l’arbitre. Courageux, orgueilleux, N’dam refuse ce qui pourrait être le premier K-O de sa carrière et parvient à la pause. Le round suivant, dominé, il parvient tout de même à envoyer quelques séries à distance qui finissent pour la plupart dans les gants de son adversaire. Dans la 7e, à trente secondes de la fin, nouveau crochet gauche, nouveau knock-down. Le Franco-Camerounais prouve qu’il a du cœur. La fin du combat est à l’avantage du boxeur local, mais Hassan N’dam montre qu’il est toujours là et parvient encore à toucher. Dominé, il va au bout des douze reprises et gratifie même le public d’un superbe dernier round, en baroud d’honneur. À noter également un grand respect entre les deux hommes, qui fait honneur à la boxe.
Hassan N’dam plie, mais ne rompt pas
« El fenomeno » perd donc ce combat aux points. Ce combat ressemble à s’y méprendre à sa défaite en 2012 face à Peter Quilin au cours de laquelle il avait déjà été au tapis à six reprises. La boxe hexagonale attend toujours sa ceinture mondiale. Malgré tout, au vu de l’affrontement, elle a déjà son champion. Bien peu de boxeurs, parmi les meilleurs mondiaux, atteignent la limite en allant quatre fois au sol contre un puncheur aussi agressif. Tous n’ont pas non plus cette classe dans la défaite. Hassan N’dam plie, mais ne rompt pas, c’est déjà la deuxième fois qu’il le démontre. Espérons que le boxeur de 31 ans reviendra et aura de nouveau une chance mondiale.
Les deux pugilistes peuvent être fiers. Ce n’est pas la première opposition de style de l’année. La dernière en date, coûteuse et décevante, avait été présentée comme le « combat du siècle », entre Floyd Mayweather et Manny Pacquiao. Ce championnat du monde, bien que magnifique n’a pas cette prétention. Hassan N’dam n’a d’ailleurs touché que 45 000 euros pour combattre, « ce qui est moins qu’un championnat de France » selon son entraîneur qui a qualifié ce chèque de « bourse de la honte ». En revanche, on peut miser qu’il sera en lice pour le titre honorifique de « combat de l’année 2015 » décerné par Ring magazine.
À noter enfin que quelques heures plus tôt dans la même soirée, à Milan, l’excellent pugiliste français Michel Soro a décroché la ceinture européenne de la catégorie face à l’Italien Emmanuele Blandamura sur un spectaculaire K-O au huitième round. Actuellement, à défaut de champions du monde, cinq combattant(e)s Francais(e)s sont les meilleurs d’Europe dont une femme, Maïva Hamadouche.
Mathieu Blard

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