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Comme chaque été, après un passage obligé chez mes parents dans le vieux quartier du Caire de Shobra, je me rends à Hurghada, une ville de la Mer Rouge, connue pour ses excursions de plongée sous-marine. Et cette année encore, je loge à l’hôtel Regina Style. En passant la porte vitrée, on rejoint l’atmosphère paisible de la grande réception climatisée au carrelage vernis, son jardin magnifique, ses grands palmiers pleins de dattes, les buissons taillés sous différentes formes ! Sans compter l’accueil réservé aux habitués : « Inès ! Comment vas-tu ? Tu nous as tellement manqué ! Bienvenue en Egypte ! »

Puis on m’apporte une boisson que je déguste sur la plage, près de l’hôtel, au rythme du clapotis des vagues et des rires des vacanciers. Un cadre idyllique qui cache en réalité bien des souffrances. Certes le client est « chouchouté », mais au prix d’une exploitation cachée.

Je m’explique : toute cette verdure, ces fleurs parfaites et ces grands palmiers admirablement entretenus sont sous la responsabilité d’une vingtaine d’hommes qui travaillent de 7 heures du matin jusqu’à parfois 21 heures, sans manger ni boire. Sous un soleil de plomb : 45° C au-dessus de leur tête. Un seul uniforme pour toute l’année ! Et ce, sept jours sur sept, pour une paie de 300 livres égyptiennes par mois, soit 37,50 €. L’équipe de plage travaille quant à elle de 7 heures à 19 heures, sans pause, pour un salaire de 400 livres, soit 50 €.

Un mercredi après-midi, j’étais allongée sur mon transat en train de siroter un jus d’orange. J’entends des cris et vois un jeune serveur partir en pleurant. Lorsque que je demande à son collègue ce qui se passe, celui-ci me répond : « Il a bu le fond d’un verre de Fanta qu’une cliente avait laissé sur le bar en partant et le supérieur l’a vu. Il vient de lui déduire 40 livres de son salaire ! Le pauvre… »

S’il accepte de subir ça, c’est pour nourrir sa famille restée au Caire.  Ce n’est pas un cas isolé : « Une semaine avant que vous veniez, toi et ta famille, le chef qui s’occupe du bar-restaurant de la plage s’est évanoui car il faisait très chaud et les fours qui sont en marche toute la journée l’ont mis dans un état pas possible. » Selon ses dires, ses supérieurs en voyant le chef évanoui l’installèrent sur un transat, devant les fours, le temps qu’il reprenne ses esprits. Aussitôt réveillé, il se remit à faire ses pizzas !

L’équipe du restaurant de l’hôtel s’occupe pour le même salaire de trois services : de 7 à 11 heures, de 12 à 14 heures et de 19 à 23 heures. Leur tâche consiste en la mise place des tables, le nettoyage du restaurant, la « plonge » et le service, etc.

Ainsi, en tant que vacancier venu d’Europe ou d’ailleurs, habitué à être servi dans un hôtel, on ne se doute pas une seconde de ce qui se cache derrière tout cela. Ils sont tous tellement souriants, joyeux et amusants qu’on ne peut imaginer une telle exploitation.

Inès el Laboudy

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