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Je pousse à nouveau la porte des pompes funèbres musulmanes Obsèques France Méditerranée. Enfin! Je commençais à désespérer. Emergeant de derrière le comptoir, le patron, Monsieur Mahi est un homme très jovial pour un croque-mort.

Il me donne enfin l’explication du faible nombre de Musulmans qui l’on trouve dans les cimetières de la ville: « Il y a environ 90% des défunts qui se font rapatrier au pays. C’est maintenant des représentants de la première génération d’immigrés qui décèdent. Sans doute à partir de la troisième génération, les gens voudront se faire enterrer sur place. »

D’accord, mais s’agit-il seulement d’une question de génération? Je lui fait part du commentaire d’un lecteur du blog: « La mort et l’inhumation en terre impie sont des malédictions ajoutées à une existence immigrée (interdiction théorique pour un musulman de vivre en territoire du kufr sauf en cas d’absolue nécessité qui ne doit être que temporaire)« . Mais M. Mahi balaie l’argument, sans entrer dans les détails: « Non, non, cela ne correspond pas à la réalité. »

Une chose est certaine, les affaires vont très bien pour son entreprise. « On ne peut pas se plaindre » dit-il avec un large sourire. Dame! Voilà qui tranche avec les affaires plutôt moroses des autres sociétés de pompes funèbres de Bondy. Depuis l’ouverture de son établissement en 1998, M. Mahi a apparemment attiré une bonne partie de la clientèle musulmane qui allait chez ses concurrents. Et comme cela représente peut-être « 30 à 40% de la population » selon le patron, le marché est considérable.

L’établissement de M. Mahi semble aussi profiter d’une rumeur (fondée ou pas) selon laquelle dans le passé, certains défunts musulmans auraient été rapatriés sans toilette rituelle. Depuis les clients préfèrent son établissement plutôt que les autres maisons identifiées comme « catholiques ou athées ».

Ce qui me frappe à travers mon enquête sur les morts de Bondy, c’est que les croque-morts français de souche que j’ai rencontré ont tous insisté sur leur identité laïque: « Nous enterrons n’importe qui, quelque soit sa religion. ». Apparemment en vain, car de l’autre côté, la communauté musulmane semble continuer à les considérer comme « catholiques ou athées ». Je peux me tromper, mais j’ai l’impression qu’il y a là quelque chose d’important. La France républicaine pense pouvoir faire abstraction du facteur religieux. Une sorte de déni de réalité, car devant la mort, ce dernier pèse beaucoup plus que le souci de laïcité.

Par Pierre Nebel

Pierre Nebel –

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