Tous les samedis, telle une fourmi léthargique, je zonais sur le canapé. J’avais fini le paquet de Kinder Bueno, seule activité de la journée. Mais depuis peu, chaque week-end, je me lève très tôt. Fini les moments où, du lit je trainais vers le canapé, pour entamer une deuxième nuit sur le coup de midi. Désormais, je saute de ma couche en plein forme, je cours vers la douche. Vingt minutes plus tard, je suis prêt pour mon rendez vous : avec ma console de salon. Dans le jargon, ma Xbox 360.

Ma déesse vénérée se dresse comme une statue au milieu du salon. Personne n’a le droit de la toucher, elle est sacrée. Avec elle, je suis quelqu’un. Le samedi, je suis un aventurier qui ne craint pas les dinosaures en pleine foret amazonienne. Le dimanche, j’arrive à battre Schumacher avec sa propre Ferrari. Mais le rêve à ses limites. Surtout quand il commence à titiller le porte-monnaie. Parce que pour se prendre pour un agent 007 ou un assassin au charme ravageur, il faut quand même délier sa bourse : 70 euros le jeu ! Sans compter l’achat de la console : 290 euros. C’est là le prix, ma foi.

Alors, comment assouvir son manque, quand la carte bleue est en berne et que le compte bancaire est à l’agonie ? Car ces dernières années, le jeu vidéo est devenu une vraie drogue. Même la télé s’y met, avec des émissions comme le « Le journal des Jeux vidéo », sur Canal plus.

De temps en temps, on peut se rabattre sur les jeux d’occasion, ils sont souvent à moitié prix, voire moins : 29,99 euros. On peut se les procurer à Micromania où chez Games. Des magasins spécialisés. Sinon, c’est un peu partout : Fnac, Carrefour, etc. La concurrence entre les enseignes est rude. C’est un vrai business. Avec des stratégies marketings et de communication redoutables. Games, par exemple, propose un jeu à 24,99 euros dès sa sortie, en échange d’un autre jeu sorti dans le mois. Quant à la Fnac, c’est 10 euros d’avoir à partir de 50 euros d’achat sur les jeux vidéo.

Les vendeurs s’y entendent pour vous éviter la longue attente entre la sortie du jeu et sa promotion. Si longue qu’on a tout le temps de tisser des toiles d’araignée dans tout l’appart. Une idée diabolique à germé dans une des têtes du service marketing de Micromania et Games : vous achetez le jeu dés sa sortie à 70 euros et au bout de quinze jours, l’enseigne vous le reprend en vous remboursant 50 euros. On se dit, super ! Mais vaseline quand tu nous tiens : vous avez loué votre jeu 20 euros les deux semaines.

Pour ne pas se ruiner, il faut remercier l’inventeur d’Internet. Que Dieu l’accueille dans le paradis du web, amen. Sur la Toile – pas l’arachnéenne, la technologique –, on peut trouver le dernier jeu, par exemple, RESIDENT EVIL 5, où le principe consiste à massacrer, tuer, vider les chargeurs de ses uzis… Heu, je me perds, là. On peut donc se procurer ce jeu pour seulement 34, 99 livres sterling sur Amazon.co.uk (marchand web anglais), ce qui nous fait (3 fois 6, j’en retiens 1) 42,46 euros, au lieu de 70 euros. Eh bien sûr, tout neuf ! Et si vous patientez un peu, le temps que l’attrait de la nouveauté s’estompe, vous pouvez l’avoir encore moins cher chez les rosbifs que chez les frogs.

Mais parfois, le pays des Gaulois vous réserve de bonnes surprises : pour ses 10 ans d’offre commerciale dans le secteur, la FNAC a mis en vente flash, des consoles de jeux de salon « Playstation 3 » à 299 euros ! Oui, ce n’est pas vos yeux qui vous jouent des tours et ce n’est pas la peine de taper sur l’écran de votre ordi. Une Playstation 3 coûte en général 399 euros. Crise où pas, c’est parti aussi rapidement qu’un champ de blé offert à l’appétit vorace d’un nuage de sauterelles. En quelques secondes !

Je pourrais renier ma déesse, ma folie et prendre un livre, ça me couterait moins cher, et au passage me remettre plus sérieusement à faire le ménage et voir les amis, comme les gens font chaque week-end. Mais comment l’expliquer ? Quand je suis avec elle, c’est comme dans la chanson de Brel : « Et je n’aime plus personne/Et plus personne ne m’aime/On ne m’attend nulle part/ Je n’attends que le hasard/Je suis bien /Je m’invente des jardins/Écrasés de roses grises/Je suis bien… »

Nicolas Fassouli

Nicolas Fassouli

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