« Le temps d’un rêve », c’est le nom du hammam de Jahida Hameurlaine, ouvert à Bondy depuis maintenant trois mois. Ce sont aussi quatre mots qui résonnent dans ma petite tête avant d’y aller. Un nom pareil, ça fait rêver. Et ça interpelle : un peu vendeur, peut-être ? J’appréhende donc le moment où j’y mettrai un doigt de pied. En ressortirai-je purifiée, zénifiée, avec les joues roses d’un bébé ? Le jour où je m’y rends, en tout cas, je suis lessivée par une semaine intense de travail.

J’entre. Me voilà dans ce que l’on pourrait appeler le nouvel « institut de beauté » de Bondy. Inspection des lieux : un mini-salon de coiffure, une salle des massages pas du tout faite pour les pudiques, une pièce immense qui fait office de salle de cours de danse orientale et de sport (et pourquoi pas de salle de mariage : la pluridisciplinarité, c’est bon pour le business).

Je n’oublie pas que je suis venue essentiellement pour tester le hammam et ses bienfaits. Je raffole des instituts de beauté où l’on vous bichonne, où l’on vous dit de vous laisser aller d’un inévitable et précieux « je s’occupe de tout, tu s’occupes de rien ». J’ai d’abord l’impression d’être une extraterrestre face à ces femmes qui prennent les choses en main. J’avais oublié que j’étais à Bondy, et que le hammam de Jahida s’inspirait surtout des établissements du bled. Alors, la formule « peignoir, serviette, gant, rhassoul* », tout ça, je devais oublier.

La jeune fille à l’accueil me propose d’entrer directement dans le hammam. En gros de me débrouiller toute seule. Ok. Pas de panique. Moi qui n’ai jamais voulu entrer dans un hammam du bled, j’ai le sentiment qu’en voilà un qui m’a poursuivi jusqu’en France ! La vapeur, les mamans qui passent un agréable moment entre amies, qui rient : l’ambiance que je trouve au « Temps d’un rêve » m’étonne et m’amuse à la fois. J’ai l’impression d’être à Casa, ou à Alger.

Après avoir fait le tour de l’institut, parlé un peu avec les mamans, on me signale qu’avant de faire mon gommage, il serait bien d’aller préparer ma peau au hammam. En bonne cliente, je m’exécute. J’entre dans une petite salle, où je resterai une demi-heure (en comptant les entrées-sorties toutes les cinq minutes à cause de la chaleur peu supportable). Cela dit, avec la musique et les lumières verte, bleue et roses, je me serais presque endormie. Une dame de l’accueil vient me chercher, me demandant si je suis prête pour le gommage, la deuxième étape.

Je la suis et pénètre dans la salle prévue à cet effet. Je m’allonge sur le dos. « La mama », comme elle m’a demandé de l’appeler, m’enlève toutes les peaux mortes et après un petit passage sous une douche fraiche, ma peau est plus belle que jamais. Troisième étape : relaxation. Mais étant arrivée un peu trop tard, je n’ai pas droit au massage. Je profite pour aller me détendre au sauna.

Je ressors du Hammam ornée de « joues roses », ma peau encore empreinte de la chaleur apaisante. Certes, l’accueil n’était pas digne des instituts de beauté parisiens, cependant, ce hammam change la vie de beaucoup de Bondynoises, c’est sûr ! « Il nous manquait vraiment un hammam dans le coin, de temps en temps on a besoin de se ressourcer », s’exclame l’une d’entre elles. Les prix sont plutôt abordables : comptez 13 euros le hammam tout seul, 35 euros la formule « hammam, gommage, massage ».

Petit changement par rapport à la promo d’avant ouverture : Jahida Hameurlaine avait annoncé que le hammam serait aussi ouvert aux hommes, à des horaires spécifiques pour eux, elle en a finalement décidé autrement. « Le temps d’un rêve » est exclusivement féminin. Désolé, messieurs.

Zineb Mirad

*Le rhassoul ou ghassoul est une argile minérale naturelle utilisée par les femmes orientales pour leurs soins capillaires et corporels, extraite des seuls gisements connus dans le monde, situés en bordure de moyen Atlas au Maroc. Composée également de très fines particules, cette pâte absorbe les impuretés et les graisses comme un buvard. Elles s’éliminent ensuite au rinçage.

Zineb Mirad

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