Je n’ai pas embrassé le sol du Grand Pressigny pour cause de timing, mais j’y ai pensé très fort ! Enfin, ce lundi, nous sommes arrivés. Après quatre longues heures de train depuis Paris pour rejoindre la gare de Châtellerault avec un express, au lieu d’une heure en TGV ! Tous ça pour bénéficier d’un tarif moins cher, que de fatigue et de temps perdu, merci la SNCF on pensera à voyager écolo la prochaine fois !

Un incident devait bien arrivé dans le train et c’est Tarek qui le raconte : « Nadia, ses deux enfants et moi étions debout entre deux wagons, faute de places assises. Un contrôleur arrive, inspecte nos billets et ceux d’Idriss et Abdel qui étaient assis un peu plus loin devant. Nadia se chamaille avec le contrôleur, lui disant qu’elle n’a pas payé six billets de train pour voyager debout. Nadia avait bien précisé que les deux jeunes assis plus loin faisaient partie de notre groupe. Pourtant, il a trouvé le moyen de douter d’Idriss et d’Abdel. Ils ont lutté en essayant de semer le contrôleur qui leur courait derrière en claquant les portes sur lui. Quand ils nous ont rejoints, Nadia a dû remontrer les billets. Abdel qui était furieux a déclamé: « C’est sa mère qui empoche les bénéfices des amendes ou quoi ! » »

Enfin nous y voilà, dès notre arrivée, nous avons trouvé Pierre Murcia sur le quai qui nous attendait avec Jojo, un de ses amis venus pour conduire toute la troupe jusqu’au camping du Grand Pressigny. Finalement, Chakir n’est pas venu, on en a parlé dimanche soir, il a trop de « choses » à régler à Paris. Il m’avait prévenue : « Si tu me vois pas à 8 heures en bas de chez toi, c’est que je viens pas. » Hier matin (lundi ndlr), il n’était pas là, on est donc parti sans lui. Il voulait venir au Grand Pressigny pour trouver un emploi, je me renseignerai pour lui malgré tout. Il se dit prêt à quitter son quartier et Paris s’il a un travail, où que ce soit. Ce qui fait que je me retrouve avec un groupe de trois jeunes qui sont Idriss, Abdel et Tarek.

Les bagages déposés, j’ai à peine le temps de me retourner qu’il n’y a plus personne. Les gars sont allés taper du ballon avec d’autres jeunes dans le stade qu’ils ont repéré dès notre arrivée et qui se trouve en face du camping à la sortie du village. Ils finissent quand même par revenir une demi-heure plus tard car on a rendez-vous avec le maire, qui doit nous recevoir et nous remettre les clés des caravanes qu’il a fait installer à notre intention. Nous devons aussi parler des détails de l’organisation de la semaine afin d’introduire les jeunes dans le festival de théâtre et y organiser les rencontres.

Sur le chemin de la mairie, Abdel se rend compte qu’il a oublié sa sacoche au stade avec ses papiers d’identité et son argent à l’intérieur. Il repart en courant, disant : « C’est mort, je vais pas la retrouver, surtout avec l’argent qu’il y a dedans. » Mais lorsqu’il nous rejoint, il a non seulement retrouvé sa sacoche mais aussi son argent. Il crie alors : « A Paris, je l’aurais jamais revue, alors qu’ici c’est « Johnny Hallyday cheveux longs » qui l’a trouvée et l’a mise dans sa toile de tente en attendant que je repasse! » C’est vrai que moi-même je n’ai pas fermé la caravane à clef, une attitude impossible à Paris, je dois bien le reconnaître. Les effets de la campagne commencent à se faire sentir, on dirait.

Au village, la mairie était fermée lundi après-midi, nous avons trouvé François-Nicolas Joannès, le maire (photo du haut avec Idriss), dans sa pharmacie en pleine discussion avec un de ses clients. Puis il nous a accueillis en nous montrant nos caravanes et en nous donnant rendez-vous pour une interview filmée dans la soirée.

Pendant que j’écris, les grands, épuisés, se sont endormis.

Nadia Méhouri

Si vous avez manqué le début :

Episode 1 :
http://20minutes.bondyblog.fr/news/200807181300/a-la-rencontre-de-ce-pays-qui-est-le-mien

Episode 2 :
http://20minutes.bondyblog.fr/news/200807200002/tout-ne-tient-qu-a-un-fil

Nadia Méhouri

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