« AVIS DE RECHERCHE : Jeune maman d’un petit garçon de 10 mois recherche autre famille monoparentale pour habiter ensemble. » C’est le type d’annonce qu’aurait pu placarder à tous les coins de rue Elvira si l’ère d’Internet n’en était pas à son paroxysme. D’origine espagnole, cette « maman solo » comme elle aime à se qualifier elle-même, est arrivée en France il y a deux ans pour trouver du travail. Tout d’abord hébergée par une amie, elle a ensuite loué un appartement : 750 euros par mois de loyer pour 1600 euros net de salaire. Kinésithérapeute de métier, elle gagne à l’heure actuelle 1450 euros net. Inutile de préciser qu’avec son enfant de 10 mois, les fins de mois sont encore plus difficiles. « J’habite avec le père de mon fils pour le moment mais la relation est difficile. »

Le succès fulgurant de la toile permet heureusement de voir naître de très belles initiatives, de celles qui rapprochent. C’est le cas avec le site www.colocation-monoparentale.fr. A l’heure où 20% des femmes en situation monoparentale vivraient en dessous du seuil de pauvreté, cette idée tombe à pic.

Diplômée en master Administration de l’économie sociale « Gestion associations, mutuelles, coopératives » en septembre dernier, Anne-Marie Philippe est la créatrice de ce site, son bébé prodige. « Dans le cadre de mon cursus, j’ai été très sensible aux cas des personnes âgées. Je désirais à l’origine, créer une association colocation intergénérationnelle », dit-elle.

Suite à un reportage à la télé, l’idée de la colocation monoparentale la séduit d’autant plus qu’elle lui a fait défaut durant son enfance. « Ayant moi-même grandi dans une famille monoparentale j’ai voulu créer ce site Internet trouvant l’idée géniale. Si, à l’époque, ma mère et moi avions pu co-louer un logement, cela aurait peut-être été d’une grande aide pour notre famille, financièrement et moralement. Nous avons passé des moments difficiles et je veux pouvoir aider ces mères et pères qui vivent ce que j’ai vécu étant enfant. »

Grâce à une amie qui lui a fait découvrir le site d’Anne-Marie, Elvira y a déposé une annonce récemment. Elle a très rapidement rencontré Pauline, 32 ans, maman solo d’une fille de 11 ans et d’un bout de chou de 2 mois et demi. Elles envisagent toutes les deux de vivre ensemble, n’ayant « pas de temps à perdre ».

« Je suis une vraie maman solo : j’assume seule l’éducation de ma fille depuis sa naissance, le papa n’ayant hélas été présent que très sporadiquement, raconte Pauline. Pour l’instant, je suis en congé parental car mon fils n’a que 2 mois et demi ; je veux profiter le plus possible de mon bébé mais j’ai aussi envie de retravailler assez rapidement. Je suis actuellement hébergée chez une de mes meilleures amies, ex-colocataire. » Appréciant surfer sur le net, Pauline diffuse l’information de l’existence du site autour d’elle. « Beaucoup de mamans y pensent mais elles sont hésitantes, elles n’osent pas. »

Ayant connu deux expériences très enrichissantes en matière de colocation (avec des amies n’ayant pas d’enfants), Pauline, elle, a foncé. « C’est plus pratique sur le plan financier : on ne paye pas forcément moins de loyer mais on peut prétendre à un appartement plus grand. On peut aussi partager d’autres charges telles que la garde des enfants, les courses, le chauffage… » Pauline n’a qu’une exigence : « Je ne veux pas qu’on interfère dans l’éducation de mes enfants. »

Elvira et Pauline sont toutes les deux d’accord pour dire que lorsque la colocation monoparentale se passe bien, celle-ci présente de nombreux avantages. « La colocation permet d’ouvrir des horizons, les contacts humains et sociaux sont bénéfiques autant pour les mamans solos que nous sommes que pour nos enfants, l’aspect pratique est non négligeable et ça évite la solitude du parent, on peut organiser des activités en commun, ça pousse à bouger plus avec les enfants et peut-être mieux. » Elles déclarent avoir été séduites d’emblée par le fait que leurs enfants ont à peu près le même âge. Pauline concède cependant qu’elle doit représenter « le cauchemar des propriétaires : pas de mari, pas de salaire, deux enfants, française mais métisse ».

Elvira a aussi remarqué que son accent prononcé est source d’occasions manquées. Pauline n’est pas complètement contre la colocation avec un homme. « Hétéro ou homo peu importe, dit-elle. Je viens d’une grande famille avec des figures masculines positives, celles de mes oncles. Une présence masculine est dans ce cas favorable au bon développement d’un enfant, elle ne doit pas nécessairement être celle du père. Il faut juste que les choses soient claires dès le départ : je ne recherche pas un partenaire… Mais de toute façon, je ne connais pas de papa vraiment solo, je n’ai dans mon entourage que des papas « week-ends ». » Elvira, quant à elle, n’a pas envie de « voir un homme chez elle. Je ne pourrais pas sortir de la douche en serviette, je me comporterais différemment. Et puis, je suis plus à l’aise avec une femme ».

Pauline aimerait avoir plus d’informations sur la manière dont sont traités les dossiers de colocations monoparentales auprès des organismes sociaux : « La mère célibataire ne semble pas prioritaire ni dans le privé ni dans le HLM ; je reste très dubitative quant aux priorités respectées. On est sans domicile fixe et mère célibataire, on cumule pourtant en principe les priorités. » Elle s’interroge également sur le calcul de l’APL qu’accorde la CAF : « Que se passe-t-il dans le cas d’une coloc mixte : est-on automatiquement classés comme un couple? » Elvira pense qu’ « il faudrait un service en mairie et dans les agences immobilières, dédié aux familles monoparentales ».

La créatrice du site, Anne-Marie Philippe, souhaite ardemment que son site « fasse évoluer la colocation monoparentale, qu’il aide un grand nombre de parents isolés et, pourquoi pas, qu’il soit une réelle référence en France en matière de colocation monoparentale ». Son vœu semble petit à petit se réaliser, puisque même si le site n’existe que depuis deux mois, des médias, dont France 2 et M6, s’y sont d’ores et déjà intéressés.

Stéphanie Varet

Légende photo : Elvira et Pauline (de gauche à droite), avec leur bébé.

Stéphanie Varet

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