Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

À la veille des grandes vacances, le spectacle de fin d’année de la maternelle Nanteuil à Montreuil (Seine-Saint-Denis) n’était pas promis à une telle exposition médiatique. Dimanche 7 juin, les familles et le personnel de cette maternelle découvrent avec stupéfaction leurs enfants, âgés de 3 à 4 ans, jetés en pâture sur les réseaux sociaux.

Sur la plateforme X (anciennement Twitter), une vidéo de 47 secondes montre de jeunes élèves déguisés avec des blouses de camouflage militaire, des bandeaux sur le front, des lunettes de soleil et des pistolets à eau. Les bambins se dandinent sur le tube “Charger” du groupe Triangle des Bermudes. La partie de la vidéo où les enfants font tomber la blouse pour exposer des t-shirts au logo « peace and love » a opportunément été coupée au montage.

Quand la machine s’emballe

Cet extrait tronqué a été mis en ligne par le compte Jugé coupable, qui compte 26 000 followers sur X, sans même que les visages de ces enfants soient floutés. La vidéo, accompagnée du commentaire « Balance ton antisémite », a massivement été partagée, engendrant une avalanche de messages haineux.

Dans la même journée, le ministre de l’Éducation nationale a réagi sur X en dénonçant des images « choquantes » et en demandant « au recteur de l’académie de Créteil d’établir sans délai les conditions dans lesquelles cet événement a été organisé ». Dix enseignants ainsi que la directrice de la maternelle ont ainsi été convoqués devant le rectorat de Créteil en dépit des enquêtes de Libération et de Mediapart qui ont débunké cette polémique.

Un rassemblement en soutien au personnel et aux familles

À l’appel de l’association de parents FCPE 93, un rassemblement s’est tenu jeudi 11 juin devant l’établissement pour soutenir le personnel et les familles. « On s’acharne sur des enfants de quatre ans ! Ce n’est pas normal qu’aujourd’hui la fachosphère utilise ce genre de vidéos », s’indigne Mariama Diop, mère d’une enfant scolarisée à Nanteuil et membre de la FCPE. « Le spectacle s’intitulait “voyage dans le temps” et faisait uniquement la promotion de la paix dans le monde », tient-elle à rappeler.

« 
C’est une double violence de ne pas flouter les visages des enfants », renchérit Sarah, elle aussi membre de la FCPE. La parent d’élève fustige également la réaction du ministre de l’Éducation nationale qui a réagi sans vérification préalable. « Il fait le jeu des dynamiques d’extrême droite », condamne-t-elle, encore estomaquée que le ministre ait pris des « directives » suite à une polémique montée en épingle par des « influenceurs d’extrême droite ».

La colère d’un département laissé pour compte

Les syndicats réclament le retrait de la vidéo et la suspension de l’enquête administrative. « On attend des excuses de notre ministre, on a fait un communiqué pour exiger que le ministre rétropédale sur ce qu’il a dit », ajoute Julien Régnier, membre de la CGT Action 93 et enseignant. Depuis dimanche, le ministre n’est pas revenu sur cette affaire. En revanche, la procédure a été enclenchée avec une célérité rare. L’académie a ouvert une enquête administrative, et a convoqué, en moins d’une semaine, les dix enseignantes titulaires de l’école maternelle, ainsi que la directrice.

Un empressement qui laisse le personnel éducatif songeur. « Ça fait trois ans qu’on réclame un plan d’urgence pour l’éducation dans le 93 », rappelle Julien Régnier. « Le département connaît une rupture d’égalité, ici un élève coûte 30 % moins cher à l’État qu’un élève parisien ou du reste de la France », pointe le syndicaliste en appuyant la problématique des professeurs non remplacés et la pénurie d’AESH.

À un an de la présidentielle, cette polémique montre à quel point l’extrême droite est organisée

Élue chargée de l’éducation à la mairie de Montreuil, Haby Ka s’est jointe au rassemblement en solidarité avec le personnel et les familles de l’école maternelle. « On aurait souhaité que le ministre de l’Éducation nationale apporte son soutien à la communauté éducative dont les photos circulent sur les réseaux sociaux et qui a aussi été menacée par l’extrême droite », regrette l’adjointe au maire.

Des menaces ont en effet été reçues par le personnel sur la boîte mail de l’école. «
À un an de la présidentielle, cette polémique montre à quel point l’extrême droite est organisée. Des faux comptes parviennent à créer des polémiques de toutes pièces et embarquent avec eux des médias et des politiques. C’est inquiétant… »

Thidiane Louisfert et Héléna Berkaoui 

Articles liés

  • Étudiants ultramarins : une rentrée à des milliers de kilomètres de chez eux

    Étudier dans l’Hexagone implique, pour de nombreux jeunes ultramarins, de partir à des milliers de kilomètres de chez eux. En 2023, 39 700 étudiants ayant obtenu leur baccalauréat dans une académie ultramarine poursuivaient leurs études dans l’Hexagone. Entre offre de formation limitée, éloignement familial et découverte d’un nouveau quotidien, cette mobilité impose une double adaptation.

    Par Iris Pastel
    Le 25/09/2026
  • Affaire Emmodem : l’Algérienne qu’on croyait connaître

    Une mère voilée, un père sous OQTF, du « sang DZ » et de l’islamophobie : il n’en fallait pas beaucoup pour donner vie à l’alter ego algérien inventé par la streameuse Emmodem. Une affaire qui en dit peut-être autant sur son autrice que sur les clichés qui ont permis d’y croire.

    Par Sofiane Zerouala
    Le 28/08/2026
  • Racisme au travail : ces violences qui abîment la santé mentale

    Au printemps, l'Institut d'études et d'actions citoyennes (IEAC) organisait un colloque consacré aux discriminations raciales au travail et à leurs conséquences sur la santé mentale. Professionnel·les de santé mentale, juristes, représentant·es syndicaux et salarié·es se sont retrouvés pour mieux reconnaître et combattre ces violences.

    Par Farah Rhimi
    Le 06/08/2026