Retour sur une complainte lancinante d’un mâle dominant qui, sous couvert d’anti-puritanisme et à l’aide d’une plume alerte, fait en réalité le jeu de la culture du viol.

Sœurs humaines qui après d’autres, mouillez, je me demande comment vous vous sentez quand votre féminité désirante est tour à tour glorifiée par la domination masculine et épinglée au mur de la honte comme l’apanage de la frivolité, et qu’il faut vous dépatouiller d’une suspicion généralisée, forcément infondée, d’avoir cherché les agressions et diverses formes de harcèlement dont vous êtes quotidiennement victimes de la part du sexe fort mâle intentionné.

Depuis l’affaire Baupin et depuis bien avant, je me suis passé à la question. Et la réponse est sans appel. Oui, nous, les porteurs de pénis, nous sommes tous des crocodiles. Structurellement. Un coup d’œil dans le métro sur une jupe et notre construction sociale nous pousse à chercher le regard de l’intéressée, que l’on ne retient qu’à grand renfort de conscience politique, là où cette dernière baisse les yeux par crainte. Un verre dans le pif et les vannes graveleuses dans l’entre soi viril et aviné reviennent au galop. Mais rien de naturel la dedans, que des phéromones encouragés par une société où l’érection de la culture du viol en modèle social et sexuel est la norme. Qui fait du lieu de travail l’espace privilégié de l’exercice de la domination masculine au sens Bourdieusien, du plafond de verre pour ces dames au fantasme de la secrétaire coquine. On peut aussi se demander pourquoi j’ai si naturellement choisi de citer un comparse masculin, aussi brillant soit-il, là où les œuvres de Simone de Beauvoir, Olympe de Gouges ou Annie Ernaux me tendaient les bras. Je plaide coupable.

Effectivement, examen de conscience ne veut pas dire auto-flagellation. Pour autant, faut-il nier notre part de responsabilité dans la lubricité unilatérale ambiante ? Aller à confesse avec un peu d’honnêteté intellectuelle n’implique pas de jouer les pères la pudeur ou les grenouilles de bénitier. Ni même de se dénoncer soi-même à la police des mœurs. Que l’éditorialiste talentueux se rassure, je suis le plus favorable du monde aux partouzes joyeuses et polysexuelles entre adultes consentants. Cela ne permet simplement pas le rentre dedans scandaleux de certains vieux libidineux autoproclamés libérés sexuellement.

La vie de bureau ne se compliquera en rien dans les jours qui viennent. Car c’est précisément ce qui est dénoncé aujourd’hui qui la complique. L’idéal d’égalité et de mixité est l’inverse de l’enfermement du désir et de son expression. C’est dans ce cadre sain que nos hormones et fluides se mélangent au contraire pour le mieux. C’est même l’erlenmeyer de nos sexualités retrouvées. Puisqu’une fois libéré(e)s des angoisses et injonctions contradictoires, l’homme et la femme pourront jeter leurs slips par-dessus bord du bateau de la luxure pour se jeter goulûment et sans crainte les uns sur les autres.

Judiciariser les marivaudages ? Je dis oui, lorsque les Marivaux amateurs se transforment en prédateurs sexuels professionnels. Les dragouilleurs invétérés de plage et de bureau aux velléités beaufisantes apprendront certainement à comprendre la signification des deux plus simples termes de la langue de Molière que le journaliste aime tant : oui et non.

Gauloiseries et vieilles dentelles

DSK n’est pas un mélange de Sade et de Don Juan. DSK est un homme qui a,des années durant, profité  de sa position de dominant pour assouvir ses instincts primaires, moyennant finance ou non. Un obsédé des dentelles de sous-vêtements. C’est aussi le Richie Mccaw des mœurs – toujours accusé, jamais sanctionné – comme le rugbyman Néo-Zélandais, on l’espère, en moins bourrin. Il n’est pas possible de l’accuser de viol, il n’a jamais été condamné. On peut cependant le dépeindre comme un gérontocrate salace et sexiste et éviter d’en faire une figure littéraire de l’exception franchouillarde sans risquer les poursuites pour diffamation.

La victoire du féminin… Si seulement !

Je serai ravi que l’affaire Baupin permette d’en finir avec la galanterie imbécile et les bouquets de fleurs de la Journée de la femme qui autorisent les tripoteurs monomaniaques à flanquer des mains aux fesses à la vue des premières jupes estivales, au bureau, en politique, ou dans le métro. Mais hélas, je ne pense pas qu’un scandale, aussi twitté soit-il, suffise à faire cesser les sifflements de députés et les agressions sexuelles. Ni à l’inverse qu’il plonge l’hexagone dans le puritanisme.

Aujourd’hui, 84 000 viols ou tentatives de viol sont perpétrés en moyenne chaque année en France. Dans un sondage Ipsos réalisé entre le 25 novembre et le 2 décembre 2015 pour l’association Mémoire traumatique et victimologie, relayé par Libération, pour 27% des sondés, la responsabilité du violeur est moindre si la victime s’est montrée séductrice, si elle a flirté ou s’est rendue seule chez un inconnu.

L’affaire Baupin ne renvoie pas les humains à leurs différences. Elle met en lumière des inégalités structurelles d’une société malade jusque dans ses sous-vêtements, qui a construit le mâle comme un violeur en puissance et la femelle comme une mère et/ou un objet de luxure. Il faut en effet que l’homme et la femme aient à leur guise accès au féminin et au masculin. Et pour cela, il faut poursuivre chaque acte de harcèlement sexuel en justice, et cesser de faire du « marivaudage » lourdingue et à sens unique de photocopieuse et des attouchements de machine à café des anecdotes, même si cela angoisse les coquelets et les poulettes dépeint(e)s par la plume de Libé.

Mathieu Blard

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