En février dernier, les premiers coups de pelleteuse ont marqué le début de la destruction de la cité Danielle Casanova, vieille de plus de 50 ans, au Blanc-Mesnil. Au fils du temps, la cité a vu bon nombre de familles partir. Elles ne croyaient plus aux promesses de réhabilitation du quartier, faites à chaque élection municipale. Quand, en 2006, un projet de rénovation a réellement pris forme, les habitants ont pu entrevoir un avenir pour leur cité, en mauvaise état, comme le confie Liliane, 76 ans, installée à Casanova depuis 1958.

« La rénovation, ici, c’est nous qui l’avons commencée, dans nos appartements », dit-elle. En effet, à l’extérieur il n’y a plus que du vieux goudron, des trous dans les trottoirs et quelques espaces verts si on peut les appeler ainsi, que la chaussée défraîchie à laissé apparaitre. « Pendant quelques temps, même les lampadaires n’éclairaient plus les allées de Casanova », raconte Catherine, une autre habitante du lieu.

Catherine, ça fait 39 ans qu’elle habite la cité, « depuis l’âge de deux ans ». C’est dire si elle sait de quoi elle parle. Aujourd’hui représentante de l’amicale des locataires, elle avoue souvent être désemparée face à la passivité des habitants, dès qu’elle tente de mettre en place une simple réunion d’information ou de trouver un début de solution aux multiples problèmes. « Parfois, j’abandonne, je n’organise plus de réunion, il n’y aurait personne de toute façon », déplore-t-elle.

Liliane constate également que la convivialité entre résidents à quelque peu disparu. Elle et Catherine reconnaissent toutefois qu’entre le travail, les enfants et les difficultés en général auxquelles les gens font face, très peu d’entre eux trouvent la force de venir aux réunions. « Je les comprends quand même, dit Catherine, bien que ce soit eux qui réclament à chaque fois des rencontres et notamment pour la question du relogement. »

« La rénovation de la cité va se faire en plusieurs étapes », explique Christophe, un employé de l’Opievoy – le bailleur. Pour l’instant, trois bâtiments ont été détruits, environ 33 familles ont quitté la cité. « Une la rénovation terminée, elles reviendront habiter dans la cité », précise-t-il. La plupart des familles voulaient être relogées au Blanc-Mesnil et plus particulièrement dans « leur » quartier sud. Ce souhait a été entendu, chose très rare dans ce type de situation. « Généralement, poursuit l’employé de l’Opievoy, les familles sont relogées dans la région, un peu là où il y a de la place. » Mais les familles ont été très claires sur ce point, alors, elles ont été accompagnées dans leurs démarches de relogement par le bailleur.

La plupart des familles demandent en effet à être relogées au même endroit, pour garder leurs petites habitudes et la convivialité qu’elles ont connue. La peur d’être rejeté, la peur des autres expliquent cet attachement, d’autant plus que des tensions avec des cités voisines sont apparues.

Quoi qu’en dise l’Opievoy, il serait très étonnant que les loyers n’augmentent pas après la réhabilitation des logements. Le bailleur promet un rééquilibrage entre les charges et le loyer pour que les habitants n’aient pas à subir une hausse significative de ce dernier. Il faudra bien, pourtant, amortir le coût de la reconstruction. Pour l’instant, les habitants ne semblent pas conscients de ce risque, alors que c’est dès à présent qu’ils devraient s’en inquiéter. « Normalement, croit savoir Catherine, il n’y aura pas de hausse des loyers, c’est ce que l’Opievoy nous à dit. On verra bien. »

Axelle Adjanahoun

Axelle Adjanohoun

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