Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Il flotte comme un air de dépit dans le grand hall de la gare du Nord. Plus personne ne prête attention à la déco « coupe du monde de rugby ». Tout le monde se prépare pour la grande mêlée dans les transports ce jeudi. Les syndicats annoncent une mobilisation sans précédent depuis 12 ans contre la réforme des régimes spéciaux de retraites, le gouvernement reste droit dans ses bottes, les usagers font contre mauvaise fortune bon cœur. Pressé de prendre le RER B, un usager lâche ces quelques mots : « Cette réforme est le début d’une remise en cause du régime général, avec en ligne de mire la baisse des pensions de tous les salariés, je crains que tout cela ne passe comme une lettre à la poste. » Les images de décembre 95 remontent à la surface.

Le financement des retraites n’est pas assuré pour les générations futures. Tout le monde est d’accord sur ce constat, mais pas sur les solutions de financement. Pas question pour les syndicats de faire payer les salariés. Bonnet beige sur la tête et un Twix à la main, un employé de la RATP consent à donner son sentiment sur cette grève. Il lève les yeux au ciel, avale vite fait son caramel et s’empare du micro pour tacler les députés : ratp.mp3
 

Les escalators débitent des voyageurs en permanence. Devant le kiosque à journaux, des usagers parlent de cette journée de grève. Chacun évoque son système D. Tout y passe : RTT, covoiturage, hôtel pris en charge par l’employeur, matelas chez des amis, Vélib, taxi.  L’anticipation a été de mise pour beaucoup. L’habitude de la galère dans les transports aide à relativiser les prévisions catastrophiques annoncées : temoins.mp3
 

Un peu à l’écart, Sankri lit un journal sur le quai de la ligne 4 du métro. Lui aussi a un souci, il est convoqué à la préfecture pour ses papiers et cette grève tombe vraiment au mauvais moment : rdv.mp3
 

A la gare du Nord, les usagers jugent cette journée avec philosophie et lassitude. Entre les syndicats et le gouvernement, ce jeudi aura valeur de test pour les semaines à venir.

Nordine Nabili

Articles liés

  • Affaire Emmodem : l’Algérienne qu’on croyait connaître

    Une mère voilée, un père sous OQTF, du « sang DZ » et de l’islamophobie : il n’en fallait pas beaucoup pour donner vie à l’alter ego algérien inventé par la streameuse Emmodem. Une affaire qui en dit peut-être autant sur son autrice que sur les clichés qui ont permis d’y croire.

    Par Sofiane Zerouala
    Le 28/08/2026
  • Racisme au travail : ces violences qui abîment la santé mentale

    Au printemps, l'Institut d'études et d'actions citoyennes (IEAC) organisait un colloque consacré aux discriminations raciales au travail et à leurs conséquences sur la santé mentale. Professionnel·les de santé mentale, juristes, représentant·es syndicaux et salarié·es se sont retrouvés pour mieux reconnaître et combattre ces violences.

    Par Farah Rhimi
    Le 06/08/2026
  • Peut-on encore aimer cette Coupe du monde ?

    Passionnés de football, ils ont grandi au rythme des Coupes du monde et des exploits de leur sélection. Mais cette édition les place face à un dilemme : continuer à vibrer pour leur équipe ou prendre leurs distances avec une compétition débordée par les enjeux politiques, économiques et sociaux. Entre boycott, culpabilité et plaisir contrarié, ils racontent leurs tiraillements.

    Par Aya Alkhiyari
    Le 14/07/2026