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En ces soirs d’automne, des scènes se répètent, ces corps parfumés, dégoulinant de sueur, collés les uns aux les autres. Non, je ne suis pas en train de vous décrire une scène d’amour mais bien les wagons du RER E, aux heures de pointe. Vous n’êtes pas sans savoir qu’en ces jours de grève et de combat social que nous venons de traversés, le populo s’entasse dans les transports publics. Cette hyper-proximité est propice à des rencontres surprenantes, qui égaient notre voyage.

Dans ce méli-mélo humain, il faut savoir être souple et enchaîner les acrobaties. Pas de chance, je bouscule un homme en essayant de laisser passer une jolie dame. Je m’excuse. L’homme me paraît plutôt fringuant, il a l’air sympathique et me répond : « Pas de quoi. » Nous engageons la conversation. Il vient d’une petite ville située à coté de Saint-Louis du Sénégal. « J’y ai passé trois ans, pour le boulot », raconte-t-il. C’est drôle comme un rien peut vous rapprocher d’un inconnu. « Moi aussi, j’ai séjourné à Dakar pendant quelques jours avec ma classe », lui dis-je. Il se souvient avec bonheur de la mentalité des gens avec qui il a vécu là-bas, une mentalité qui consiste à être joyeux, à avoir le sourire, à ne pas stresser pour un rien. « C’est une philosophie de vie qui me manque, j’ai hâte d’y retourner », ajoute-t-il. Je le comprends.

Trouvant le personnage intéressant, je lui pose d’autres questions. « Que faites-vous comme travail ? – Je suis ingénieur. » Ingénieur ? Je regarde cet homme de bas en haut. He bien, vous auriez vu comment il était habillé, comme moi, vous ne l’auriez pas cru, tant il était habillé d’une façon décontractée, à mille lieues du cliché de l’ingénieur en costume, propre sur lui et donnant des ordres. « J’ai fait une filière pro, j’ai travaillé directement, ensuite j’ai été obligé de prendre des cours du soir aux Arts et métiers. J’ai 67 ans, et 40 ans de carrière derrière moi, m’explique-t-il. – Vous ne les faites pas », lui dis-je. « Je suis l’un des derniers ingénieurs pas spécialisés, je suis capable de toucher à tout », dit-il.

Cet homme blanc a une gueule et une voix rauque qu’on ne peut oublier. Ses traits et ses rides n’ont pas les mêmes reflets que ceux des autres personnes de son âge. Le soleil fait du bien au visage, cette personne dégage une certaine sensibilité. Il mâche un chewing-gum.  Il dégage une certaine décontraction. Je sens que la mentalité sénégalaise est entrée en lui.

J’ai vu une lueur de joie et de mélancolie dans l’œil de ce monsieur.

 Amine Benmouhoub

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