Article initialement publié le 12 mars 2021.

Quatre parcelles de terre qui longent le tramway, presque invisibles au premier regard, mais qui deviennent de plus en plus incontournables. À Villetaneuse, chaque mercredi, l’association l’Autre champ et le collectif du Ver Galant organisent des distributions de nourriture à prix libre – pour les habitant.e.s du coin, mais aussi pour les étudiant.e.s, dans un contexte de crise sanitaire et sociale qui renforce l’insécurité alimentaire. “Tous les mercredis, ils et elles vont à Rungis et ramènent des fruits et des légumes”, explique l’un des bénéficiaires.

À Villetaneuse, masque et pelles sont de sortie pour labourer la terre.

“On les trie, et à 14h30, on ouvre », détaille Martine, membre du collectif depuis quatre ans. Au-delà de ces actions de redistribution, qui s’inscrivent également dans « une lutte contre le gaspillage alimentaire », comme le souligne Samuel, l’un des coordinateurs de l’Autre champ, l’association agit sur différents axes. « D’une part on anime des ateliers de jardinage, des travaux d’aménagement, avec les habitantes et habitants du quartier qui viennent nous aider. D’autre part, on fait du cinéma, des ateliers vidéo avec des enfants du quartier, du montage », détaille Fatemeh, étudiante en cinéma et qui fait son service civique à l’Autre champ.

Chaque mercredi, l’association et le collectif organisent des distributions de
fruits et légumes.

Tout a commencé en 2013, par des ateliers-jardins : « On animait des ateliers pédagogiques dans un centre socio-culturel de la ville », raconte Samuel. « On avait déjà nos premières pratiques de récoltes de graines, de fabrication de nos propres semis. »

Face à l’engouement suscité par ces activités, la municipalité de l’époque propose d’animer ces ateliers de jardinage sur une friche récupérée dans la commune : des terres sur lesquelles se trouvait une ancienne maison abandonnée par ses propriétaires et qu’il a alors s’agit de transformer et de revaloriser.

« On ne pouvait pas assurer ça avec les seul.e.s membres de l’association, alors on a fait appel aux habitant.e.s. », explique l’un des membres.  L’association souhaite faire de ce lieu un jardin collectif ; le collectif d’habitant.e.s du Ver Galant s’est donc créé « pour s’approprier ce lieu, le transformer, décider ce qui allait en être fait. »

Une parcelle laissée à l’abandon dans la commune est devenue jardin solidaire à Villetaneuse.

Un lieu de solidarité

Avec les trois serres, la mare, le poulailler, les piscines à légumes et le mandala de plantes aromatiques, les jardins offrent un espace de convivialité. « Il y a des liens qui se créent ici. Les gens font connaissance », dépeint Saïda, membre de l’association l’Autre champ dont elle est salariée depuis trois mois.

Fatma, du collectif du Ver Galant et qui participait ce jour-là à la distribution de paniers alimentaires renchérit : « C’est un endroit convivial où tout le monde est le ou la bienvenu.e. On fait des repas partagés. Au début je ne connaissais personne et puis à force de venir au jardin, je me suis fait des ami.e.s. ». « C’est aussi un endroit où les gens racontent leurs problèmes, leur stress de la vie actuelle. Ça me fait chaud au coeur », confie Martine.

Pour les unes et les autres, les jardins ont une signification particulière. « J’apprends plein de choses,” déclare Fatemeh. “Au niveau du cinéma, même si j’ai déjà fait des films. Et j’apprends du jardinage, du bricolage. Ça m’aide vraiment moralement, j’aime bien mettre les mains dans la terre, aider les gens. »

Saïda développe : « Ça m’apporte plein de choses : un bien-être, déjà ; le lien avec la nature, aussi. Et la majorité de ma famille est loin, alors ici, c’est comme une deuxième famille. » Et Fatma ajoute : « Mes deux fils ont grandi, mon mari travaille ; à la maison, c’est un peu la routine. Alors je viens au jardin : j’aime bien jardiner, parler aux gens, rigoler, il y a une bonne ambiance. Et puis ça me déstresse : j’habite dans une tour, à neuf heures et demi il y a la perceuse, et les machines à laver à minuit. Je suis migraineuse et en venant au jardin, je me sens déjà mieux moralement. »

Une pratique d’écologie sociale et populaire

« C’est l’émancipation et l’autonomie qui guident notre engagement associatif, d’arriver à faire quelque chose de ses mains », confie Samuel. “C’était une autre façon de militer, parce qu’aujourd’hui on a une perte de sens dans le quotidien de chacune et chacun, entre l’aliénation au travail, les conditions sociales difficiles, etc. » 

« Dans les quartiers populaires on aurait besoin de plus d’espaces comme ça, qui soient à la fois des espaces verts et des espaces qui réunissent, pour le bien-être de tout le monde », suggère Fatemeh.

« Le jardin c’est vraiment un outil de lutte, de transformation des rapports sociaux et de transformation du rapport à la ville. Faire un jardin partagé, c’est un acte profondément politique. C’est une remise en mouvement collective des gens, et une reconnexion à des choses essentielles dont la culture du marché capitaliste nous déconnecte », appuie Samuel.

Un festival à venir en septembre prochain

En septembre prochain, si les conditions sanitaires le permettent, la seconde édition du festival Plein champ doit avoir lieu. Un événement qui mêle cinéma et agro-écologie urbaine. En septembre dernier, pendant trois jours, il avait été le théâtre de tables rondes, notamment, mais aussi de projections de film, de discussions collectives et de divers ateliers agricoles.

En attendant un éventuel festival, le 14 mars 2021, comme chaque année, l’Autre champ ouvrira ses portes pour une distribution de graines biologiques de la grainothèque du collectif et de l’association, pour continuer de semer l’espoir et la solidarité à Villetaneuse.

Eva Fontenelle 

Articles liés

  • Les hijabeuses sur tous les terrains pour jouer au foot librement

    #BestOfBB Depuis un an les Hijabeuses se battent pour pouvoir jouer en compétition officielle. Alors que la Fifa autorise le voile sur le terrain depuis 2014, la Fédération Française de Football le refuse. Reportage.

    Par Mejdaline Mhiri
    Le 02/08/2021
  • La première maison d’écologie populaire de France est à Bagnolet

    #BestOfBB Le mouvement citoyen pour le climat Alternatiba et l'organisation Front de Mères inaugurent un lieu inédit à Bagnolet : Verdragon, la première maison d'écologie populaire de France. Situés dans le quartier populaire de la Noue, les locaux abriteront un projet d’écologie populaire, avec l’ambition d’un fort ancrage politique et citoyen accessible aux enfants et aux familles. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 30/07/2021
  • L’urgence d’apprendre à nager en Seine-Saint-Denis

    Dans le cadre de l'opération "savoir-nager", quatre bassins éphémères vont se relayer tout l'été dans différentes communes de Seine-Saint-Denis pour enseigner la natation dans le département le plus carencé en infrastructure, où un élève sur deux ne sait pas nager en entrant au collège. Reportage.

    Par Meline Escrihuela
    Le 28/07/2021