La pétition a déjà recueilli plus de 8 000 signatures. Lancée sur Internet le 17 janvier par Chloé Séguret, une mère de famille du XXe arrondissement parisien, elle demande le maintien des « Vacances Arc-en-ciel » à Anne Hidalgo, la maire de Paris.

Les parents ont découvert la fin de ce dispositif quand ils ont voulu inscrire leurs enfants pour l’été 2018. Accessible à tous sans conditions de ressources, il offrait des séjours de 5 à 12 jours en juillet-août, pour les enfants âgés de 4 à 16 ans. Le tout à des prix très attractifs, qui variaient selon le quotient familial, de seulement 2,12 euros par jour à 57,74 euros.

« On va devoir se sacrifier financièrement »

Pour certaines familles, la disparition de ce dispositif est un coup dur. Il garantissait de vraies vacances aux enfants, loin de la capitale. « J’espère qu’on va trouver une autre solution », déclare déçue la maman d’un garçon de 13 ans, logée dans un hôtel du XVIIIe arrondissement par le Samu Social. « Les colonies des Vacances Arc-en-ciel, c’est super. On fait des randonnées magnifiques à la montagne. C’est mieux que d’être à Paris sur notre portable ou devant la télé », assure plein d’enthousiasme son fils Abdel Wahab.

La mère de Mehdy-Mathieu, un enfant handicapé de 13 ans, ne cache pas son inquiétude. « On va devoir se sacrifier financièrement pour l’envoyer en colonie. Ces vacances lui permettaient de grandir et de gagner en autonomie. Il pouvait s’épanouir en faisant du théâtre, du chant ou de la danse », explique-elle.

Soupçon de coupe budgétaire

Pour Chloé Séguret, la suppression de ce dispositif vieux de plus de 20 ans est « scandaleuse« . « Nous, nous préférons les colos aux JO », clame-t-elle. Comme d’autres parents, elle soupçonne un abandon du dispositif en raison de restrictions budgétaires. Un motif balayé par la Ville de Paris, qui met en avant « l’érosion continue de la fréquentation ». Elle indique une baisse de 39 % en 10 ans, pour tomber à 4 200 bénéficiaires en 2017.

Mais ces chiffres ne convainquent guère les familles. « C’est très étrange, quand on sait que des enfants sont mis sur liste d’attente », estime Juliette Urbain, chargée des maternelles et des primaires à la FCPE de Paris. « Ma fille n’avait pas pu partir en 2016. On cherchait une colonie pour début juillet et il n’y avait plus de place », souligne quant à elle Béatrice de Mondenard, habitante du XIIe arrondissement. Face à cet argumentaire, la Ville de Paris répond que « des familles préféraient refuser certains séjours pour candidater à d’autres, en liste d’attente ». La demande se serait donc parfois concentrée sur des lieux et des activités en particulier, quand d’autres rencontraient moins de succès.

« Un remaniement, pas une suppression »

La Ville de Paris reconnaît néanmoins « un couac dans la communication ». Dans un premier temps, les Vacances Arc-en-ciel ont été supprimées sans explication. Puis un nouveau dispositif a été annoncé sans plus de détails, si ce n’est qu’il ciblerait en priorité « les publics les plus en difficulté ». Et notamment les 700 enfants qui, selon la mairie, étaient orientés par les services sociaux vers les Vacances Arc-en-ciel. Finalement, la Ville de Paris a décidé de changer son fusil d’épaule. Elle travaillerait à présent sur différentes solutions alternatives, avec « un dispositif élargi à tout le monde », comme l’étaient les Vacances Arc-en-ciel. « Il ne s’agit pas d’une suppression mais d’un remaniement », nous précise-t-on.

Après la suppression des Vacances Arc en Ciel, la Mairie de Paris a d’abord annoncé un nouveau dispositif qui ciblerait en priorité « les publics les plus en difficulté »…

… pour finalement présenter « un dispositif élargi à tout le monde ».

La mairie semble donc avoir entendu la colère des familles. Au-delà de la crainte pour certains que leurs enfants ne puissent pas du tout partir en vacances, des parents ont pointé leur attachement à un dispositif ouvert à tous. « Les Vacances Arc-en-ciel permettent une vraie mixité sociale, comme il n’y en a pas en centre de loisirs », souligne Marilyn Portier, mère de deux filles de 8 et 12 ans. « Mes enfants ont bénéficié pendant trois ans de ce dispositif et restent en contact avec les jeunes qu’elles ont rencontrés », poursuit-elle.

D’autres offres déjà existantes… qui ne manquent pas de demandes

Dans le cadre des Vacances Arc-en-ciel, les parents pouvaient choisir un séjour pour leur enfant lors d’un rendez-vous, dont la date était tirée au sort. Or, plus cette date était lointaine, plus ils voyaient le choix se restreindre. Le nouveau dispositif mettra vraisemblablement de côté ce fonctionnement, jugé « injuste » par la Ville de Paris. La solution retenue devrait être opérationnelle dès cette année, pour permettre à des enfants de partir en vacances cet été.

La mairie a par ailleurs rappelé sur son site les dispositifs déjà existants pour les enfants dans la Capitale. « Une offre très diversifiée de séjours », qui aurait fortement concurrencé les Vacances Arc-en-ciel et expliquerait la baisse de leur fréquentation. Reste qu’en dehors des colonies proposées par les Caisses des écoles, ni les centres de loisirs, ni les divers équipements et animations mis en place l’été dans Paris ne permettent véritablement de changer d’air. Et le souci, c’est que la demande est déjà forte pour les séjours suggérés par les Caisses des écoles. « Nous ne pouvons pas augmenter notre offre qui se limite à deux cents places. Nous n’avons pas le budget », avance-t-on du côté de la Caisse du XIIIe arrondissement. Les Caisses des XIXe et XXe arrondissements indiquent également avoir tout juste de quoi satisfaire la demande. Leur cœur de métier est d’ailleurs la restauration collective, et non les colonies de vacances.

Pas de quoi rassurer les parents inquiets de la suppression des Vacances Arc-en-ciel. Le nouveau dispositif sera-t-il à la hauteur de leurs espérances ? Réponse peut-être très prochainement : Patrick Bloche, l’adjoint à la maire de Paris en charge de l’Éducation, de la petite enfance et de la famille, devrait faire une annonce à ce sujet dans les prochains jours.

Thomas CHENEL

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