Au Petit-Nanterre, l’association Nahda organise des ateliers d’apprentissage de langue française pour les femmes du quartier. Sonia a assisté à l’un d’eux. Reportage.

Le Petit-Nanterre, ce quartier vivant et rempli d’histoire, l’ancrage de la mémoire algérienne, les bidonvilles, ont été remplacés par des barres et des tours en rénovation. J’ai soif de connaître l’évolution de ce lieu où des familles entières vivaient atrocement, ces habitants des bidonvilles que l’on reconnaissait par leurs chaussures pleines de boues. Aujourd’hui, le quartier du Petit-Nanterre a gardé son côté chaleureux, convivial et solidaire, son tissu associatif en témoigne.  La mémoire est toujours dans chacune des personnes que j’ai rencontrées, cependant, les habitants vont de l’avant et nombreux sont ceux qui sont très attachés à leur quartier.

L’association Nahda a pour objectif de maintenir et renforcer le lien social, au travers de permanence et d’accès aux droits. Elle intervient sur le foyer des travailleurs, devenu aujourd’hui le foyer des anciens-travailleurs. Elle les aide administrativement, les accompagne. Sa porte est toujours ouverte pour apporter un soutien à ceux qui n’arrivent pas à surmonter les difficultés liées au choc culturel. Elle apporte une aide de proximité aux habitants dans leurs démarches d’insertion, organise des animations festives et culturelles afin de lutter contre l’illettrisme et développer le lien social. Et, surtout, ce qui retient mon attention, c’est qu’elle propose des ateliers sociolinguistiques.
J’ai assisté à l’un  de ses ateliers sociolinguistique dans une salle municipale du quartier.  J’ai ai rencontré Maria, la professeure ainsi que des habitantes désireuses d’apprendre à lire le français. Ce qui fait la particularité de ce cours, c’est aussi l’apprentissage des codes sociaux, des attentes, des droits, des devoirs de la société française. De l’avis de Maria, « la langue est un moyen de comprendre l’environnement dans lequel on se trouve, ce n’est pas l’objet principal du cours. »

Aussi, l’année dernière elles sont allées découvrir Istanbul et ses monuments, cet atelier proposé par Nahda permet à ces femmes de rompre avec l’isolement.
Nahda qui signifie « renaissance » porte très bien son nom. En effet, les femmes rencontrées lors de l’atelier sont des mères de famille ayant pour la plupart fait passer le bonheur de leurs maris et enfants avant le leur. Avec cet atelier,elles tentent de s’extérioriser et prennent un peu de temps pour elles.

Maria accompagne les femmes dans leur apprentissage, leur propose des activités, des sorties. « Le public n’est pas toujours le même, parfois ce sont des jeunes femmes actives venant avec un but professionnel où des femmes plus âgées qui veulent rompre avec l’isolement et la barrière de la langue. »

Maria propose toujours des astuces pratiques aux femmes, comme lorsqu’elle leur montre le « cheb », la pierre d’Alun, leur explique qu’il se trouve en pharmacie et que c’est le même qu’en Algérie. « Avec l’été on ne peut s’en passer pour vaincre la transpiration ». Elle sait faire le lien entre le cours sur les 5 sens, l’été et le petit plus pratique.

La fin du cours approche.  Elle se clôt par des chansons qu’elles ont apprises et qu’elles veulent me faire écouter : la Marseillaise et Les Champs-Elysées de Joe Dassin.

Sonia Bektou

Articles liés

  • Grève des sans-papiers : « On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! »

    En Île-de-France, près de 300 travailleurs sans-papiers ont entamé une grève face à un système d'emploi qui pousse à l'exploitation durable sans régularisation. Une main d'oeuvre pas chère, qui subit des cadences toujours plus difficiles dans des secteurs clés de la vie quotidienne. Reportage.

    Par Olorin Maquindus
    Le 27/10/2021
  • Thérapie de conversion : du discours religieux à la psychanalyse

    Alors que le Parlement se penche depuis ce mois d'octobre sur l'interdiction des thérapies de conversion, Miguel Shema s'est penché sur le documentaire 'Pray Away'. Film documentaire qui fait la lumière sur l'entreprise américaine Exodus, qui pendant des années à promis à des milliers de membres de la communauté LGBTQI+ de changer d'orientation sexuelle. Des pratiques qui passent par l'usage d'une sémantique psychologique et non religieuse. Analyse.

    Par Miguel Shema
    Le 26/10/2021
  • La Brigade des mamans contre les amendes abusives de leurs enfants

    Dans de nombreux quartiers, les jeunes sont victimes d'une nouvelle arme sur-utilisée par les agents de police : les amendes. Parfois lancées sans même avoir rencontré les jeunes. Un phénomène à l'origine du surendettement de nombreuses familles. Pour se prémunir de ce fléau, à Belleville (Paris), des mamans veillent et sortent dans la rue jusque tard pour protéger leurs enfants. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 22/10/2021