La place de la Basilique, à Saint-Denis, est pratiquement déserte en ce matin frileux du 1er décembre. Des touristes ont dégainé leurs appareils photo prêts à mitrailler la dernière demeure des rois de France. C’est un peu plus loin, sur la grande place Victor Hugo, qu’a fait halte le bus Dalo, en plein tour de France, un dispositif porté par plusieurs associations (Enfants de Don Quichotte, Secours catholique ainsi que la Fondation Abbé Pierre), destiné à sensibiliser l’opinion sur la loi du même nom, instaurant un droit opposable au logement, adoptée le 7 mars 2007.

Je voulais être présente à 9h30, à l’ouverture du bus. Mais évidemment, avec ma mère qui m’accompagne, j’arrive trois-quarts d’heure plus tard. Une petite masse s’est formée à proximité du véhicule. Quelques curieux mais surtout des personnes venues trouver des éléments d’information. Le président du Secours catholique de la Seine-Saint-Denis s’empare du micro : « 36% des logements sont des HLM en Seine-Saint-Denis, la moyenne de l’Île-de-France est de 25%. » Puis il revient sur les motivations du Bus Dalo : « A la suite de l’opération des Enfants de Don Quichotte, il y a déjà bientôt deux ans, un certain nombre d’associations à l’échelon national se sont regroupées pour faire pression sur les pouvoirs publics et cela a débouché sur le vote de la loi. C’est une véritable révolution culturelle car c’est un droit réel. »

« Nous avons constaté que très peu de personnes étaient informées sur le droit au logement, remarque Charlotte, du département Personnes à la rue et hébergement au Secours catholique. Cela va bientôt faire un an que les commissions de médiation sont ouvertes et que les gens peuvent faire des recours. » Des passants intrigués s’arrêtent devant le bus. Certains d’entre eux n’osent pas s’en approcher. Un couple s’avance. « Je voudrais savoir comment les associations avec ce bus font bien connaître le droit au logement opposable », interroge un homme coiffé d’un chapeau. Je lui demande s’il est concerné. « Non, pas personnellement. Je trouve que tout le monde est concerné parce que tout le monde devrait être convaincu que c’est un droit. » Puis il poursuit la conversation avec un des bénévoles resté à l’extérieur ainsi qu’avec ma mère.

Le bus comporte deux étages. Au premier, des chaises pliables, un chien couché sur le parquet, un homme lisant tranquillement son magazine de motos et une vidéo qui passe en boucle sur un écran de télévision avec des mal-logés comme protagonistes. « En haut, c’est vraiment pour ceux qui ont apporté leurs documents », rappelle à l’ordre une des responsables techniques aux bénévoles. A l’issue de son entretien, une femme venue sans ses documents rentre alors chez elle les récupérer.

Ici, les bénévoles reçoivent les personnes qui souhaitent remplir un dossier. Quelque peu intimidées par l’appareil photo, elles se renvoient la balle pour ne pas être questionnées. C’est finalement Véronique Tondera, animatrice au logement au Secours catholique à Rosny-sous-Bois, qui s’y colle. « En plus, elle est passée sur France 3 hier ! » argumente fièrement une de ses collègues. Véronique peigne avec ses doigts ses cheveux châtains foncés pour plaisanter avant de se lancer : « Les personnes qui peuvent remplir le dossier Dalo sont celles qui sont dépourvues de logement, menacées d’expulsion, logées dans un logement insalubre, handicapées, et celles qui ont déposé une demande de logement depuis longtemps, c’est-à-dire au moins trois ans. »

Mais le bus ne s’est pas arrêté dans la ville de Saint-Denis par hasard, poursuit-elle : « C’est un lieu un peu symbolique, car c’est une des villes où il y a le plus de recours en Île-de-France. » Elle se met alors à chercher les chiffres officiels dans ses documents. La feuille est datée du 24 novembre 2008. « Sur 5316 recours, 571 ont été acceptés, indique-t-elle en parcourant la feuille de son index. On se demande si c’est parce que les gens remplissent mal les dossiers, s’ils sont mal informés ou s’ils ne rentrent pas dans les conditions du Dalo, qu’il y a autant de rejets. »

« Le département de la Seine-Saint-Denis est le deuxième 115 de France après celui de Paris, informe Philippe Martel, président Interlogement93 qui regroupe une quarantaine d’associations sur la thématique du droit au logement. Le numéro d’urgence reçoit quotidiennement entre 400 et 600 appels de sans abris pour un hébergement d’urgence. Nous n’avons aujourd’hui dans le département quasiment aucune place en centre d’hébergement disponible. Tous les hébergements se réalisent en hôtel, c’est-à-dire que tous les deniers de l’Etat et des départements viennent enrichir les hôteliers. C’est absolument scandaleux pour ces familles notamment qui ne peuvent pas vivre correctement dans une chambre d’hôtel. »

« On est là pour se substituer aux pouvoirs publics », lance d’emblée Augustin Legrand (photo du haut, debout, à droite), co-fondateur des Enfants de Don Quichotte. « La loi a été promulguée il y a un an, mais on a plutôt parlé de la loi contre la clope, très peu de la loi Dalo qui concerne 600 000 ménages et 1 300 000 personnes, s’indigne-t-il. Ça sert à quelque chose de faire ce recours, parce que c’est faire reconnaître ses droits, faire condamner l’Etat et faire en sorte que peut-être un jour, la crise du logement sera réellement rendue visible aux pouvoirs publics pour les obliger à mettre en place une réelle politique du logement. Comme disait l’Abbé Pierre, la misère ne se gère, pas elle se combat. »

Mathy Mendy

Le bus finit en ce moment son tour de France. Le secours Catholique recherche actuellement des bénévoles pour l’accompagnement des personnes hébergées dans des logements passerelles à Bondy. Contact: veronique-tondera@secours-catholique.org.

Mathy Mendy

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