Une préparation qui s’est plutôt bien passée pour les Bleus avec, dimanche soir, une victoire 8 à 0 contre la Jamaïque dans un match qui s’est plus apparenté à du baby-foot. Un groupe plutôt simple qui fait dire aux plus pessimistes que l’équipe de France atteindra au moins les huitièmes de finale. Sans compter le soutien des supporters que ces éléments rendent assez confiants.

Reste que dans l’entourage des Bleus on se méfie de la « versatilité » du public français. Un public qui garde en tête le désastre sud-africain qui a considérablement terni l’image de l’équipe de France, une image que Stéphane Beaud tente de réhabiliter dans son ouvrage Affreux, riches et méchants ? Un autre regard sur les Bleus.

Stéphane Beaud démontre comment il est difficile de ne pas perdre pied lorsque l’on dit à un tout jeune adolescent, comme Hatem Ben Arfa, qu’il est le meilleur et que l’argent afflue tout d’un coup alors qu’on habite en banlieue et que la période du plein emploi est depuis longtemps révolue. Comment il est difficile de s’en aller, loin de chez soi, lorsqu’on n’est pas encore tout à fait stable et structuré. C’est tout cela qui caractérise la génération 1987, tellement raillée et critiquée comme étant une génération de jeunes gens imbus d’eux-mêmes et sans-gênes.

Electre_978-2-7071-8203-6_9782707182036
Tout ce qui n’a pas caractérisé les joueurs qui ont gagné la coupe du monde en 1998, qui, pour une grande majorité, venaient des mêmes classes sociales que la génération 1987 mais qui ont été formés à une époque où après sa formation, on jouait en France, pendant quelques années, avant d’être vraiment bons et de prétendre pouvoir voler de ses propres ailes à l’étranger. À une époque, par ailleurs, où le nombre de joueurs étrangers autorisés à jouer dans les championnats nationaux étaient limité, ou l’argent ne coulait pas encore, autant, à flots.

Et pour Stéphane Beaud, cela a un impact sur la carrière. Ainsi, lorsqu’il compare des histoires proches, comme celles de Zinédine Zidane et de Samir Nasri. Il note que le premier a bénéficié d’un cadre, d’un temps de « maturation » et de formation qui ne fut pas tout aussi important pour le second. Il faut également prendre en compte que les années 90 ne sont pas les années 2000-2010, où la mode du luxe ostentatoire est devenue encore plus prégnante. Dès lors, certaines personnes préconisent la présence de psychologues auprès des jeunes joueurs … comme pour quelqu’un qui vient de gagner au loto.

Au-delà des origines sociales, il y a eu les déclarations, toutes aussi virulentes les unes que les autres par des spécialistes du genre au moment de la grève de Knysna qui, lorsqu’on les relit dans cet ouvrage, paraissent quasiment surréalistes. Du discours de Roselyne Bachelot à l’Assemblée nationale à la chronique d’Éric Zemmour. Chacun y est allé de sa petite analyse alors que malgré tout, malgré toutes les études, le monde du foot reste opaque, les vestiaires ne sont ouverts qu’en cas de victoire, les petits secrets sont bien gardés comme celui de la non-sélection de Samir Nasri pour cette coupe du monde.

Mais au moins, cet ouvrage met les mots et offre une analyse sociologique sur ce que certains n’osaient pas vraiment dire sérieusement, comme les fautes de français de Franck Ribéry, les revendications cultuelles au sein du groupe, la difficulté de gérer les différences sociales entre joueurs issus de classes modestes et ceux issus de classe plus aisée ou encore la peur des sélectionneurs français de voir de jeunes joueurs talentueux et binationaux faire le choix de leur pays d’origine. Choix qui s’explique par le fait que ces joueurs ne supportent plus d’être des Français seulement lorsqu’ils marquent et des perturbateurs venant de banlieue en cas de défaite. Et que cela ne choque personne que Karim Benzema ait eu à dire « oui j’aime la France et l’équipe de France ».

C’est ainsi que la victoire balaie tout, l’accent de banlieue, les parties fines, les excès de vitesse et même pour certain le trop plein de joueurs bronzés. Alors, faites-nous vibrer. Faites-nous rêver. Davantage que vos millions, vos belles montres, les chaussures de vos femmes et leur plastique irréprochable ne le feront jamais. Allez quoi !

Latifa Oulkouir

 

Articles liés

  • Des jeunes surendettés à cause des amendes du couvre-feu dans les quartiers

    Des familles entières se retrouvent endettées à cause de salves de contraventions liées aux mesures sanitaires. Des associations dénoncent un « phénomène d’ampleur grandissante » et « une application disproportionnée et discriminatoire des mesures ». Une enquête en partenariat avec Mediapart.

    Par Anissa Rami
    Le 26/07/2021
  • La cantine des femmes battantes : solidarité féminine, ambition et cuisine

    #BestOfBB Lancée en fin 2019, l’association dionysienne La cantine des femmes battantes vise l’émancipation des femmes précaires grâce à la cuisine. Tous les weekends, Aminata, Mariame, Maïté et Fatou se réunissent pour cuisiner, vendre et livrer une cinquantaine de plats à Paris et en Seine Saint Denis. Issues de parcours compliqués, ces cuisinières ont décidé de monter l’association dont elles avaient besoin, afin d’aider, par la suite, les femmes qui leur ressemblent. Reportage.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 26/07/2021
  • Le blues des petites mains du monde de la nuit

    Après 16 mois de fermeture administrative, les discothèques ont rouvert leurs portes le 9 juillet dernier. Mais alors que l’épidémie repart, l'étau se ressert déjà pour bon nombre de professionnels partagés entre la colère des derniers mois sans activité, et le doute concernant le futur. Nous avons rencontré quelques petites mains du milieu, qui racontent la précarité des derniers mois.

    Par Lucas Dru
    Le 22/07/2021