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Vite, c’est bientôt l’heure du Ftour (rupture du jeûne), aux fourneaux ! Tous les ans, c’est le même refrain. Chorba, harira, bricks, el ben, pains, zlabya… Le Ramadan, chez les musulmans, est le mois où la nourriture remplit le réfrigérateur à foison. Un peu paradoxal quand on sait que le but de ces trente jours de jeûne est avant tout la piété… Mais ce n’est pas le sujet.

Parlons cuisine. La brick, cette feuille farcie de viande ou de poisson, d’œufs, de légumes, etc. est, tenez-vous bien, un sujet de discorde. Quel pays du Maghreb a le copyright dessus ? Quelle forme est l’authentique ? En triangle, en rectangle, en carré ? Sachez que le grand classique du genre, viande hachée, persil, épices, est devenu ringard. On cherche donc à inventer de nouvelles recettes. Ma tante est une toque de la cuisine créative. Elle m’a fait déguster une brick au thon façon tandoori, avec sa couleur rouge et ses minuscules dés de poivrons. Un régal, je ne vous dis pas !

Autour de moi, de nombreuses filles cherchent à se démarquer de la rituelle brick à la viande hachée. J’ai fouiné dans les cuisines de mes voisines ou amies et j’ai découvert de sacrés mélanges. Une brick au surimi émietté avec de la « Vache qui rit ». Ça paraît louche mais une fois frite dans l’huile puis mangée chaude, on en oubli la tradi. J’ai également goûté « blanc de poulet et curry », très agréable en bouche.

On innove donc, en incorporant aux bricks des légumes comme la courgette, l’aubergine, le concombre, l’artichaut ou encore la carotte. Les voisines se font des concours de dégustation, elles s’invitent les unes chez les autres avec pour prétexte la rupture du jeûne en format grande famille, mais en réalité, c’est pour faire partager leurs inventions. Pour montrer qu’on a de l’idée et plus que sa voisine.

Au supermarché, des femmes demandent à d’autres quel est le plat du soir, histoire de piquer des recettes. Les grandes sœurs soutirent des renseignements aux petites : « Qu’est-ce que ta grande sœur prépare ce soir ? Des bricks à quoi ? Pas très diététiques, tu lui diras que j’en fais des lights, moi ! » Voilà la grande au courant. Mais « lights », ça veut dire quoi ?

Ces demoiselles sont évidemment au régime et confectionnent des bricks lights (qui vont frire dans l’huile !), y mettant du blanc de poulet mariné dans le citron avec de la courgette grillée et du persil, ou encore du thon en miettes avec de la tomate. Ça a l’air pas mal du tout. Et quand on aime la bonne nourriture comme moi, on ne se prive pas. Mes hanches en témoignent. Après les bricks, parions que la vague du renouveau atteindra d’ici peu les sacro-saintes chorba et harira.

Il reste quelques jours de jeûne et les bricks font place peu à peu aux gâteaux. Ah ! Ces gâteaux si délicieux qui font prendre deux kilos en une soirée. Ils sont à la même enseigne que les bricks : les femmes rivalisent d’ingéniosité, c’est à qui se démarquera de l’autre. Sur la forme, la taille, l’ingrédient principal ou encore la couleur. Chez moi, on n’en fera pas. Marre de se casser la tête pendant des jours pour faire des gâteaux qui atterriront dans la bouche des voisines. Cette année, c’est break sur les gâteaux, mais pas sur les bricks.

Inès El Laboudy

Inès El laboudy

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